CHAPITRE X
Il 7 avait alors à la tête de la tribu des Imanghasaten un chef nommé Eg ech Cheikh Mohammed, qui mourut laissant deux sœurs ayant chacune un fils : Paînée, mariée dans la tribu des Imanghasaten, était mère de Younes; Pautre, épouse de Moussa Aguerhâla, des Ouraghan, était mère de Fanaïd, plus âgé que son cousin.
Etait-ce le fils de Patnée des deux soeurs ou bien le plus âgé des deux cousins qui devait succéder à Eg ech Cheikh ?
La question venait à peine de se poser, lorsque le cheikh des Ouraghan, Mohammed Khatina, qui était en même temps bach-cheikh ou chef suprême des Azguer, vint aussi à mourir.
Comme il n'y avait personne, dans cette tribu, qui fût plus âgé qu'El Hadj Khenoukhen, tous les Azguer de Bhât tombèrent d'accord pour le nommer.
Il était dans les usages que toutes les tribus envoyassent des délégués chargés d'offrir au nouvel élu un turban en guise de couronne ; mais cette fois les . Iifianghasaten s'y refusèrent, parce qu'El Hadj Khenoukhen soutenait que Fanaïd, plus âgé que son cousin, devait être reconnu comme chef de leur tribu, tandis qu'El Hadj Djabbour, homme très-influent parmi eux, voulait faire reconnaître Younes.
Il y avait» aussi alors, dans cette même tribu des Imanghasaten, quelques mauvais drôles, tels que Khatama, fils d'El Hadj Djabbour, Ehadjel, fils d'El Hadj Sidi et cousin de Khatama, Mohammed, fils de Brahim, et autres qui, depuis quelque temps, se mettaient à voler les négociants et à leur réclamer des contributions bien plus fortes que celles qu'ils étaient en droit d'exiger. Ces drôles se disaient que si El Had) Khenoukhen, qui était un homme droit.
venait à être recaniiu bach-cheikh, il les empScBerait certainement de continuer leur vilain métier. Ils so rendirent donc à Rhât où, pendant deux années, ils ne cessèrent d'intriguer pour potisser les Ouragban k la révolte; mais ils ne réussirent à gagner que qaelquee Foggas, avec qui ils allèrent s'établir sur les frontières dn Fezzan, d'où ils attaquèrent et tuèrent quelques partisans d'£l Hadj Kbenoukben. Ceux-ci fie réunirent à leur tour pour châtier les agresseurs, à qui ils rbazèrent quelques chameaux.
Le pacUa de Tripoli ayant eu connaissance de ces faits, il manda El Hadj Djabbour et le fit mettre on prison pour le pnair de l'appui qu'il donnait à son fils eeà ceux qui étaient avec lui.
Dès qu'ils apprirent son incarcération, les partisans d'El Hadj Djabbonr, Kbatama et Younea en tête, allèrent camper sous les murs de Khadamès où, pendant deux anuéea, ils travaillèrent k son élargisse- ■MRtrqiiliJs «iMtonnt.'a^ pw l'ttfttrenii*^ dsf.Btwr âuneiiens. .-
Quelques marabouts influents essayèrent ensaite, mais inutilement, d'amener une entente entre les partis.
Au lien d'écouter leurs conseils, Kbatama, qui ne rêvait que vengeance, alla trouver £1 Hadj Ahmed, chef suprême du Hoggar, lui demanda et obtint son alliance et le décida à prendre activement parti pour ïouues contre Fanaïd.
Alors commença, entre Khadamès et le Fezzau, ainsi que sur la route qui est entre Ehfit et le pays d'Aïr, une série de rhazias dans lesquelles nombre de chameaux furent enlevés aux négociants rhadame siens.
Autrefois, lorsqu'il j avait inimitié entre deux
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individus, il ne s'en suivait jamais de vengeance personnelle, c'est-à-dire que l'un des deux ennemis se serait bien gardé de rien prendre à son adversaire, èar dans ce cas il eût été puni par la peine du talion. Si un Ouraghnais, par exemple, se fût laissé emporter par sa haine contre un Imanghasaten au point de lui prendre un chameau, la restitution, de gré ou de force, ne se faisait jamais attendre longtemps. Mais tout le contraire eut lieu après la mort d'Eg ech Cheikh^ et ce fut en vain que quelques sages de différentes tribus essayèrent de calmer les esprits.
Après sa mise en liberté, El Hadj Djabbour alla, à l'exemple de son fils, camper avec les Imangha> saten sous les murs de Rhadamès qui se trouvait alors sans rhazou, ^ à cause de la faiblesse de la petite garnison que le gouvernement y entretenait, et, peu reconnaissant de ce que les Rhadamesiens avaient fait pour obtenir sa mise en liberté, il profita de cette faiblesse momentanée pour exécuter quelques rhazias sur les habitants. Il dépouilla aussi, sur la route de Rhât, El Hadj Makhouran, quelques Djednaren et un autre négociant, Mohammed ech Chi, qui lui payait habituellement contribution.
Les gens de la tribu des Imânan, qui considèrent leur cheikh comme hakem, c'est-à-dire comme lieutenant du chef suprême, étaient jusqu'alors demeurés fidèles à El Hadj Khenoukhen. Ills se rendirent à Rhadamès pour tâcher d'amener une entente entre les révoltés et le bach-cheikh; mais il se trouva qu'à leur arrivée, les Imanghasaten étaient partis pour le Hoggar. Les Imânan voulurent les suivre, mais, comme leurs chameaux étaient fatigués, ils prièrent
^ Ici rhaeou est synonyme de troupe de sortie.
DEDSIËHE P&KTIE.
les Rhadamesiens de leur en prfiter d'autrea, ce k quoi ceus-ci conBentirent, et ils les babillèrent même, dans la conviction qu'ils marchaient dans un but d'intérêt général.
Cependant, touB les Imânau ne partirent pas : quelques-uns demeurèrent campés sous les mura de Ehadamèii, au sein de In plus large hospitalité. Cenx nui étaient partis ayant rencontré, chemin, faisant, une vingtaine de chameaux des Oulad Bon Gif, qui étaient au pâturage, ils les rhazùrent sans plus de
Lorsque les Oulad Boa Cif et les Rhadamesiens apprirent ce fait, ils écrivirent à El Hadj K-henouklion pour le prier de faire restituer ce qui avait été pris; le chef envoya, en effet, des ordres formels pour cela; mais les Imânan a'j refusèrent, en disant qu'ils étaient nass hakema (nation de lieutenants) et qu'en cette qualité ils ne devaient compte à personne de leurs actes.
Alors quelques Onraghan, pour punir les Imfinan de leur désobéissance, enlevèrent quelques charges aux Oulad ben Uoussa qui étaient leurs alliés; mais El Hadj Khenoukhen, loin d'approuver cet acte de vengeance, ordonna à ses partisans de rendre ans Onlad ben Moussa les charges qui leur avaient été enlevée par représaillea.
Lorsque ce fait parvint à la connaiasauce des Imftnan, ils furent trèa-inqniets pour les vingt cluf meanx qu'ils avaient volés aux Oulad Bou Cif; pour les défendre, ils s'allièrent à quelques Djeduaren, puis Us allèrent rejoindre les Imanghasaten au Hoggar ,* mais, an lien de chercher à les ramener à l'obéissance, comme ils s'y étaient engagés à leur départ de Rhadamès, ils firent alliance avec eux, et, tout eo
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feignant de vouloir entrer en pourparlers pour amener une entente générale, ils se préparèrent à la lutte.
Sous les ordres directs d'£l Hadj Ahmed, au nombre de 900 environ, j compris de nombreux auxiliaires arabes et quelques transfuges Châamba, ils tombèrent à Pimproviste sur les gens d'El Hadj Khenoukhen qui n'étaient que 210 réunis sous les murs de Ehât, les battirent sans difficulté et leur prirent tous leurs chameaux.
Furieux d'une pareille trahison, El Hadj Khenoukhen et son jeune protégé Fanaïd se rendirent dans le Fezzan, où ils recrutèrent 400 auxiliaires arabes, auxquels se joignit un rhazou de 300 Azguer fidèles ; ils tombèrent à leur tour sur les gens d'El Hadj Ahmed, qu'ils défirent complètement, et leur prirent tout ce qu'ils possédaient : chameaux, tentes, troupeaux, provisions de toutes sortes et jusqu'à leurs femmes. La panique fut telle que les vaincus jetèrent leurs armes pour se sauver plus vite.
El Hadj Khenoukhen perdit Ô auxiliaires, 2 Imouchar et 3 chevaux. Du côté des Hoggaren, il y eut 70 tués, parmi lesquels le propre fils d'El Hadj Ahmed, Khatama, fils d'El Hadj Djabbour et le fils d'El Hadj Sidi. Younes, le concurrent de Fanaïd, fut pris vivant par ses ennemis qui se disposaient à le mettre à mort, lorsque sa sœur, mariée à un chef azguer, se mît entre la victime et les bourreaux en disant qu'avant de tuer son frère, il faudrait la tuer elle-même. On venait de décider qu'il lui serait fait grâce de la vie, lorsqu'un Arabe dont il avait tué le frère, lui passa sa lance au travers du corps.
Ces faits se passaient dans les derniers jours de 1874 et dans les premiers jours de 1875.
Une lettre du caïmacam de Ehadamès, que j'ai
négociants fio Rliailamès, avait envoyé sur les lieux un officier avec mission de mettre, lion gré mal gré^ J la pais parmi les ImOQcbar et de leur eQJoîndro.j tl'ftvoir à assurer la sécurità des routes et à protéger J les caravanes. Ceus-ei se sont réconciliés, m'écrIt-on, et il y a lieu d'espérer que le commerce, pendant n loogtamps suspendu de ce côté, va reprendre avec
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