‹ Le SaharaChapitre 164 sur 194 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Vers midi, nous longeâmes un gros sif appelé Éd Dourtt d Mâmmar on des CercZe9|>Zetn«,età2heures nous traversâmes une grande vallée circulaire de 1500 mètres de diamètre, parfaitement horizontale, où le grès décomposé est complètement dégagé de sable. Cette vallée, qui porte le nom de Bahanx^ est entourée d'oughrpud de 100 mètres d^altitude au plus^ allongés comme des siouf. Les Souafa m'assurèrent que si l'on 7 creusait un puits, on trouverait l'eau à une faible profondeur.

Après avoir passé, à 2 heures 45, à l'ouest du ghourd El Khadem^ où l'on voit la tombe d'une pauvre esclave morte d'épuisement, et, à 4 heures, au lieu appelé El Quebour Cerhar ouïes Petites i^om&e^^nous fîmes halte, à 4 heures 40, près du gros ghourd Ben Aoumar^ au pied duquel se trouvent de gros blocs de grès poreux, détachés sans doute du mamelon sur lequel il s'élève. A droite s'étend une petite plaine circulaire sablonneuse, couverte d'une belle végétation de sfâr.

Dans la journée, Messaoud avait ttTé une gazelle dont il avait ensuite attrapé le faon, âgé de trois ou quatre jours. On avait porté le pauvre petit animal jusqu'au camp, mais comme il étaif trop jeune encore pour vivre sans le secours de sa mère, j'ordonnai à Ali de le tuer sur-le-champ. On le donna ensuite au nègre Belel.qui en fit griller la chair sur des charbons et s'en régala jusqu'au point d'avoir une indigestion.

Dans le parcours de cette journée, les oughroud, assez espacés et élevés seulement de 100 mètres en moyenne, affectent plutôt la forme de gros siouf, et ils sont reliés entre eux par de grosses veines qui traversent les ravins profonds qui les séparent. Le sol est très-tourmenté sous les dunes.

^ DEUXIÈME PABTIE.

l^, i travail de formation des dunes doit être à peu près arrêté de ce cSté, car Nacer ben Rhota^a, qui était enfant À l'époque où se passa l'affaire des Haouamed, n'a pas remarqué qne les oughroud aien^ aeneiblemeot grossi depuis celte époque. Du reste, la végétation, eans être plus fournie, est bien plus ancienne que dans les grandes dnnes du end-ouost. On y remarque Yalfa, espacé mais de belle venue; Valenda doat les fleurs se préparent k sortir ; le helma et le sfâr, très-abondanta lans les vallées ; raaie on remarque surtout, pm» jusque sur les pointes les

plus élevées des oi , de beaux pieds d'âsel, k

doubles on k triples tr i, couverts de leurs jolies fleurs blanches semblab i celles de l'aubépine, dont elles ont aussi la délicieuse odeur. J'en aperçus un dans les rameaux duquel des oiaeatix avaient établi comme une petite fortere^oe, composée de plusieur» nids disposés en cercle et lont les ouvertares regarditient toutes les parties de l'horiBon. Pour donner une idée de la hauteur de ce bel arbrisseau, je dirai qu'en me levant snr la pointe des pieds, j'avais peine à toncher, de ma longue épée targuie, la partie inférieure de ces nids qui, cependant, ne se trouvaient qu'aux deux tiers à pen prés de la hautenr de l'âz«L

Nons nous établîmes, pour passer la nuit, aatotir d'nne grosse touffe d'alenda. Nous avions le plus grand besoin de repos, car ontre les djfficnltéfi de la marche, il avait fait dans la jonmée une cbalenr suffocante; k 9 heures 45, le thermomètre morqawt déjÀ i7o centigrades et il s'était élevé à 5B° k 1 henr&

Le mardi 9 mars, à notre réveil, noua nous trouvâmes entourés d'une multitiiâe de petits gcorpiolu jaunes, qui étaient sortis pendant la nuit des roches poreusesgi nne faible distance desquelles nous étiona

CHAPiTBB xni. 433

campés. Les Eebâïa me dirent que chaque fois que le vent d'est se lève pendant la nuit, les scorpions sortent ainsi en grand nombre ; or ce vent s'était levé la veille, à 6 heures du soir, avec une certaine violence.

A la vue de ces vilaines bêtes, chacun s'empressa de mettre ses souliers, à l'exception de Bel Kacem ben Bachir qui répondit en riant aux observations de ses camarades : « Les scorpions et moi nous nous connaissons ; ce sont mes amis ! » Mais à peine avaitil achevé de parler, qu'il fit un bond en arrière en jetant un grand cri: il venait d'être piqué entre le premier et le second orteil.

Je courus à lui et, ayant reconnu la piqûre, je dis à Messaoud de faire deux entailles en croix avec une lame bien tranchante, pendant que j'allais chercher de quoi paralyser Teffet du venin. Le prévoyant Ali avait déjà tiré d'une caisse ma bouteille d'ammoniaque; lorsque je retournai vers Bel Kacem, je m'aperçus qu'il venait de faire lui-même, avec un mauvais rasoir arabe, l'opération ordonnée. A la contraction des muscles de son visage, je jugeai que cet homme souffrait horriblement. Sans perdre de temps, je brûlai fortement, à plusieurs reprises, avec l'ammoniaque que j'eus bien soin de faire pénétrer dans la plaie ; puis je fis prendre au malade un verre d'eau, dans lequel je versai quelques gouttes du liquide corrosif.

Bel Kacem souffrit beaucoup pendant deux heures ; mais aucune enflure ne se produisit et la douleur alla en diminuant jusqu'au soir.

Les Arabes, lorsqu'ils sont piqués par un scorpion, se contentent d'écraser la bête sur la plaie et de frotter ensuite avec du sable; mais cela ne les

-134 DBITEIÈUB rAKTIB.

empêche pas de succomber quelquefois dans les V in g;t- quatre heures.

 cause de cet accideut, il fut coaTenn que cet endroit s'appellerait à l'arenir MahaUet él Agharé), o'est-à-dire Camji dem scorpions.

Bel Kacem ben Bachir monta sur un chameau, et noua partîmes k 6 heures 35. Â 8 heures 10, non» passâmes au lieu dit Miâad er RebSia., c'est-à-dire Rtndtz-vous des Rebâia, où les délégués de cette tribu se rencontrèrent autrefois avec ceux de Rhadamès, afin de s'entendre sur les moyens de mettre fin k la guerre qui existait depuis longtemps entre eux, au grand préjudice des caravanes rh ad ame siennes qui, alors, se rendaient h Tunis. En com mémo ratios de cette réunion, dans laquelle ils imposèrent leur volonté 4 leurs adversaires, les Bsbâïa ont élevé li cet endroit de petits monuments en pierres bruleâ, en forme de cercles ou de pyramides, qui ont la prétention de représenter les personnages qui figurèrent dans cette ^niâad ; une pyramide, plus élevée que les autres, et vers le sommet de laquelle un morceau de bots a été planté horisontalement, représente le cheikh des Sebfiïa fomant sa pipe.

A 9 heures, nous entrâmes dans une belle vallée unie, décorée du nom peu poétique d'El Fthaïsaa, c'est-àdire des Charognes, Nous nous arrêtâmeB 40 minutes dans cette vallée pour déjeuner: mol, Ali et mes chameliers d'une galette cuite sous la cendre et d'une poignée de dattes, les antres de viande de gazelle rètie la veille sur la braise et de dattes également.

A 10 h. 26, nous fraachtmes le gros st/el Atel, lequel harre la route pour relier deux oughrond qui s'élèvent k droite et k ganche. Là, on voit, épars sur le sable, des crânes et des ossements, ainsi que deux

Page 1