‹ Le SaharaChapitre 168 sur 194 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

trop de fatigues si la brise du sud-est, qui s'était élevée vers 8 heures du matin^ ne fût tombée vers midi, iious livrant ainsi à toutes les rigueurs d'un soleil de plomb.

Du reste, la marche fut très-irrégulière parce que les Souafa, gens d'un naturel très-gai, profitant de la commodité relative de la route, qui les dispensait de s'occuper à chaque instant de leurs chameaux, ne firent que chanter et bavarder toute l'après-midi. S'apercevaient-ils tout à coup que les animaux s'écartaient de la direction et se répandaient dans la plaine pour attraper quelques touffes de sfâr, ils les poursuivaient en criant et les poussaient les uns sur les autres ; par suite les chameaux se heurtaient, se pressaient^ se mordaient, et il en résulta des marches en zig-zag qui nous firent perdre un temps considérable.

Le vendredi 12 mars, nous prîmes le café à ô h. du matin. Le thermomètre exposé au nord marquait -f- Ô degrés ; le ciel était nuageux dans toutes ses parties, il faisait un calme absolu, et je remarquai, sur les plantes, une légère rosée.

Nous partîmes à 6 heures pour passer, une heure après, entre deux grosses dunes dont l'une, celle de gauche, porte le nom de ghourd Rouba Châamhïa] ce ghourd, haut de 100 mètres à peine, est pointu, forme que l'on ne trouve plus que rarement dans cette contrée ; il est ainsi appelé du nom d'une femme qui, se rendant à Ehadamès, donna un régime de dattes aux gens de la caravane, à la condition qu'ils lui donneraient son nom.

Non loin de là je remarquai, perchée sur un sif et nous regardant tranquillement passer, une gazelle dont le pelage, naturellement d'un blanc pur, se dora

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d'abord, puis devint comme lumineux sous les rayons du aoleil levant. Les Kebâïa me dirent (jue les mauvais génies prennent ainsi quelquefois la forme d'une gazelle blanche, pour attirer au loin les cliasaeurs et leit faire égarer dans les dunee. Tous les talismans n'ont pas le pouvoir de sauver le chasseur lorsqu'il est BOUS l'empire d'un de ces génies ; il en faut qui soient écrits par des personnages dont la sainteté ne laisse rien à désirer.

Cette histoire me rappela le temps où certain curù de mou village bénissait le plomb que les paysans lui présentaient après la messe, car le plomb béui avait senl la vertu d'atteindre et de faire fuir uu grand cheval blanc (beliche) qui parcourait nos campagnes k partir de la onzième heure de la nuit. — Pauvres gens!

Un peu pins loin, on me fit remarquer une piste d'antilope; cette piste est laseuleque j'aie remarquée sur cette route; mes compagnons me diront que ces animaux ne se rencontrent que très-rarement dans les lieux fréquentée par les caravanes.

. Â 8 h. 15, nous prîmes 35 minutes pour déjeaner non loin d'une grosse dune appelée ghourd es Sêïd, parce qu'on y vit une fois les traces d'an lion qui s'était ^aré dans le Pays de la Soif* en poursuivant des gazelles.

Âll heures 15, après avoir passé entre deux dunes assez élevées qui portent le nom d'oughroud Tangua, nous débouch&mes dans une grande plaine dont la longueur, perpendiculaire à notre route, peut être de 4000 mètres sur une largeur de 3 kilomètres environ.

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