CHAPITRE XIV
Ali m'ayant fait observer que Tusage exigeait, lorsqu'un voyageur passait pour la première fois près d'un puits, qu'il régalât ses compagnons, je lui dis de faire cuire ce qui me restait de tapioca et de doubler la ration de couscoussi ; il fit, en outre, rôtir à part un gigot de gazelle que je trouvai succulent. Nous fîmes donc, ce soir-là, un véritable festin.
La journée ne fut pas très-chaude ; à 1 heure, par un faible vent du ^d-est, le ciel étant couvert de nuages blancs, le thermomètre ne s'était élevé qu'à 45°, et à 7 heures du soir, le ciel étant le même, il descendit à 12^ 5.
D'après mes propres observations, et surtout d'après les renseignements que je ne cessai de recueillir auprès des nomades, les vents qui dominent dans le Sahara sont : celui du nord-est, toujours frais, qui souffle quelquefois avec assez de violence; vient ensuite le vent du sud-est, qui est frais lorsqu'il rencontre en chemin des courants qui viennent du nord ; les Arabes lui donnent alors le nom de bahari, c'està-dire vent marin; mais ils l'appellent simoum lorsque, soufflant avec violence, il charrie des masses de sable, qu'il ramasse dans les plaines de grès en désagrégation qui se trouvent sur son passage ; ainsi que je l'ai déjà décrit, il est alors si brûlant et le brouillard de sable est parfois si épais, que les malheureux voyageurs qui se trouvent surpris par une semblable tourmente endurent un véritable supplice. Il arrive aussi que des trombes de sables embrasés, produites par le simoum, s'abattent sur des caravanes qui seraient certainement anéanties si le phénomène était de quelque durée ; mais il n'est pas possible, comme l'ont rapporté certains fantaisistes, que des montagnes de sable soient soulevées par la force du vent. La
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sinnjle réalité est déjà bion assez terrible sans que l'on chérie h e encore U l'exagérer.
Il est rare qu'après le sitQoitm le vent ne paese pas au Bud-ouest, d'où viennent surtout les rares ondées qui hnniectent les dunes de l'Erg.
En quatrième rang, il faut ranger loa vente dn nord-oueat qui amènent aussi quelques goutfes de pluie ; puis viennent les vents d'est {chergui) qui transportent parfois du sable, mais surtout du sable blanc, et enfin les vents du sud, qui sont aussi de deux sortes : le vent frais (el gvebU on le méridioiiah, et le vent chaud, brfllant, auquel ou a donné le nom de okikiri, de la racine ckahara, ovr^rir la bouche^ être kaletanf ; le chiliiri apporte aussi des sables dans les déserts de l'Erg, mais en petite quantité. II arrive presque toujours que le vent, de quelque c8té qu'il souffle, tombe le soir avec le soleil, et les nuits sont ordinairement calmes.
Le mercredi 17, nous partîmes à 7 h. 30 de Bir ed Djedid pour achever de traverser la plaine qui, au delà du pnits, porte le nom de Becêbabit, nom contracté qui signifie avec les souliers^ parce que les morceaux, en forme de lames, de calcaire jaune, schisteux, dont elle est couverte, obligent les Arabes à se chausser pour se garantir les pieds.
A 9 h. 30, ayant atteint l'extrémité nord-nord-ouest de la plaine, nous rentrâmes dans les dunes qui, à cet endroit, changent, avec le sol, de natnre et de conlenr. Le grès a disparu et l'on ne foule plus, & partir de là, qu'une croûte sédimentaire supérieure de calcaire gypseux. Aussi la première grosse dune que nous rencontrâmes porte-t-el!e le nom de Zemdet ed Deguig, ce qui veut dire dune de farine.
La démarcation entre les dunes jaunes et les dunes