CHAPITRE XIV
Il put indiquer aux Eebâïa mes compagnous les différentes directions qu'avaient prises leurs nezlas qui, depuis peu de jours, avaient quitté Poasis et le village d'Amiech pour se répandre dans le désert avec leurs troupeaux.
Ensuite de ces renseignements, il fut décidé que mes trois chameliers m'accompagneraient jusqu'à E! Oued S ouf, tandis que les autres iraient rejoindre leurs nezlas ; mais comme il n'y avait pas mal de choses à partager^ on convint que le partage aurait lieu près d'un puits dont nous n'étions pas bien éloignés.
Nous nous remîmes donc en marche à 10 h. 30 pour arriver, à 11 h. Ô, au puits appelé El Mdah (le salé) Si Moussa^ qui doit son nom au goût détestable de ses eaux. Il est creusé dans une petite dépressioh calcaire (houd) de forme circulaire ; il n'a point de seuil et son coffrage, fait en troncs de merkh et d'àlenda, donne à ses eaux naturellement amères un goût sulfureux très-prononcé ; elles sont à 13 m. de profondeur et leur température est de 21o,8. L'ouverture du puits est de 0"* 60 sur 0™ 40.
Là donc eut lieu le partage au milieu d'une véritable tempête de sable. On tira des tellis de la viande de gazelle séchée au soleil, des dattes, de la farine, des peaux, etc., et tout cela fut jeté pêle-mêle sur le sol, sans que Ton prît le moindre soin pour préserver la farine et les dattes des sables que le vent chassait vers le nord- ouest. On en fit autant de parts qu'il y avait d'individus, puis le plus ancien ayant cité un nombre, 15, par exemple, l'on compta jusqu'à 15 en désignant successivement toutes les parts et celle sur laquelle on s'arrêta échut au plus ancien ; on oon* tinua ainsi jusqu'à la dernière qui éehn^ jeune .
4G0 DECXIÈME PARTIE,
On se sépara ensuite et il ue resta avec moi que mes trois chameliers : Bel Kacem ben Bachir, MessaoTid ben et Bahadi et Aoun ben Menasser, ehez qui j'avais remarqua, en route, une intelligeuce supérieure et d'autres qualitéB vraiment appréciables chez nu homme de sa profession. Du reste, tous ces B,ebâïa avaient été pour moi de boas et joyeux compagnons ; ils n'avaient cessé de me distraire par leurs chansons et leurs intéressantes histoires ; onssi, je les vis partir avec regret. Ue leur côté, ils m'assurèrent que je pourrais toujours compter sur eus dans l'avenir. Le vieillard Nacer ben Rhotaya me dit que jamais Français aussi patient que moi n'avait mis le - pied dansle Sahara, et il me quitta on me souhaitant toutes sortes de bénédictions et en me recommandant bien de ne pas manquer de le rappeler an souvenir de M. Henri Duveyrier, « qu'il avait eu si grand peur de voir mourir de soif dans los dunes. > Oe bon vieillard m'avait demandé à plusieurs reprises combien il y avait de journées de caravane d'El Oued ;i Paris et si Vnn trouvait beaucoup d'eau sur la route. < Si ce n'était pas ai loin, me disait-il, j'y irais tout exprès pour porter une charge de dattes k Sâad ; mais c'est bien loin et je suis bien vienx ! »
Je me remis en marche à midi avec mes trois chameliers. Nous étions encore cinq et, comme nons n'avions plus que trois chameaux, nous aariona pn marcher très-vite si l'étemel simonm, qui n'avait cessé de souMer depuis la veille, n'eût redoublé de violence dans la soirée. Il nous semblait marcher an milieu des nuages ; le sable, chassé d'une dnne à l'antre on soulevé en nuages épais, noua aveuglaitj nous posions souvent les pieds dans le vide et nous roulions dn haut des dunes heureusement peu élevées dans cette partie du désert.
.i^lL,