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CHAPITRE XV

Aoun et Messaoud s'excusèrent en me disant que leurs parents, ayant appris leur arrivée, leur avaient «nvoyé des gens pour les conduire au lieu où ils étaient campés dans le désert ; mais Bel Kacem ben Bachir me déclara qu'il viendrait avec moi jusqu'au bout ; il me promit même de s'entendre avec un de ses parents pour me procurer les deux chameaux qui allaient me manquer. Ayant donné une bonne gratification à chacun de mes hommes, ils me quittèrent enchantés, en me priant de ne point chercher d'autres guides qu'eux pour un autre voyage et en m'assurant qu'ils étaient disposés à m'accompagner partout où il me plairait d'aller.

Le soir, il y eut grand dîner chez le khalifa ; le lendemain, ce fut le tour du cadi à me régaler.

Quant à Ali, il profita de ce jour de repos pour aller dans sa famille, à El Guemar, petite ville du Souf, située au nord-ouest d'El Oued ; il devait être de retour le lendemain matin pour le départ.

Mais une pluie torrentielle qui tomba, toute la nuit et la plus grande partie de la matinée, vint mettre obstacle à mon départ que je renvoyai au 23 : j'étais en pays habité et je craignais de me mouiller.

J'employai donc l'après-midi du 22 à visiter la ville et les jardins, dont je ne donnerai ici qu'une courte description; car, outre que je n'ai vu ce singulier pays que superficiellement, je sais qu'il en a été donné plusieurs descriptions fort bien faites. Et puis les touristes, qui commencent déjà à se rendre jusqu'à Touggourt, peuvent tout aussi sûrement aller jusqu'à El Oued.

Cette partie du Sahara algérien est maintenant ouverte aux intrépides, c'est-à-dire à quiconque ne craint pas les petits désagréments d'une nuit à la

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belle étoile, et dont Pestomac est assez bien trempé pour digérer un plat de couscoussi. Quant à ceux qui ne voyagent qu'à la condition de trouver sur leur route le confortable européen, ils ne doivent pas dépasser Biskra. Là, ils pourront encore se régaler de biftecks arrosés d'excellent bordeaux, mais ils ne connaîtront jamais l'âpre beauté, le silence majestueux et la grandeur sublime du désert.

Le Souf est situé entre 4 et 5 degrés de longitude orientale et entre 33 et 34 degrés de latitude septentrionale; ou plus exactement : à 110 kilom. à l'est de l'Oued Kirh, à 185 kilom. sud-sud-est de Biskra, et à 105 kilom. à l'est-nord-est de Touggourt.

Ce pays se compose d'abord d'une étroite vallée, dont la partie méridionale est occupée par le village et les jardins d'Amiech ; elle se bifurque à partir d'H Oued : une brancbe se dirige à gauche vers le nordnord-ouest et l'autre directement au nord; la plus grande longueur de sa partie cultivée ne dépasse pas 30 kilom.

Cette vallée n'est autre que la partie inférieure du bassin de rancien fleuve Triton qui, au dire des anciens géographes, prenait sa source près de la gorge Garamantique (Rhât), traversait le lac Nuba (peutêtre la Sebkha de Rhadamès) et se rendait dans le lac Tritonide. Le lit de cet ancien fleuve a disparu sons les sables, excepté, comme je l'ai dit, dans la partie inférieure de son bassin, qui forme la vallée du Souf, laquelle, quoique considérablement exhaussée par les apports des vents, n'a cependant pas encore été, grâce aux incessants travaux des habitants, recouverte par les dunes, qui se dressent à droite et à gauche comme des vagues sans cesse grossissantes.

D'un côté de la vallée s'élèvent les villes et les villages; de Tautre côté sont creusés les jardins.

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