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CHAPITRE XV

Aussi bien que les autres fleuves du nord de l'Afrique, l'oued Souf a un cours souterrain : dans rOued Eirh, on amène la nappe à la surface au moyen de puits artésiens ; ici, on a imaginé un autre moyen pour tirer partie des eaux.

Pour établir un jardin, on creuse patiemment, dans le sol sablo-gypseux, une fosse profonde de 15 mètres en moyenne, c'est-à-dire jusqu'à la nappe souterraine ; dès que l'on a rencontré cette nappe, on élargit la fosse suivant les proportions que l'on veut donner au jardin, et l'on y plante les palmiers dont les racines plongent constamment dans la nappe liquide, tandis que les têtes se nourrissent d'air et de soleil. Ces palmiers sont donc établis dans les meilleures conditions, puisque, pour qu'ils produisent d'excellents fruits, il faut, disent les Arabes, « qu'ils aient les pieds dans l'eau et la tête dans le feu. » L'on trouve des jardins ainsi établis qui renferment jusqu'à 200 palmiers, et le propriétaire n'a d'autre souci que de faire enlever, après chaque récolte, par ses serviteurs ou ses khammès, les sables que le vent y a charriés dans le courant de l'année ; les déblais qui forment, autour de chaque jardin, des monticules très-élevés, sont fixés au moyen de haies en branches de palmier, dont on garnit aussi les dunes qui bordent la vallée, afin de retenir les sables; ces haies doivent être renouvelées au fur et à mesure que les déblais augmentent de volume et que les dunes grossissent. Ainsi, dans ce curieux pays, l'on n'aperçoit partout que des têtes de palmiers émergeant par groupes plus ou moins nombreux au-dessus des monticules de sable qui semblent vouloir à tout instant les engloutir.

Pour l'évaluation du prix de la propriété, dans le Souf, on se base sur le nombre de palmiers que

renferme un jardin ; or, le cadi d'El Oued m'a dit avoir vendu Tun de ces jardins à raison de 500 fr. par tête de palmier; mais la moyenne est de 300 fr., ce qui est déjà considérable. Chaque tête de palmier paie 35 cent, d'impôt; or, il existe dans le Soaf 136,000 palmiers.

Les palmiers du Souf produisent des dattes de plusieurs espèces; mais les plus estimées sont les Deglet-nour^ qui se vendent en moyenne, à Rhadamès et à Bîskra^ où elles sont transportées à dos de chameaux, 40 fr. le quintal métrique. *

Viennent ensuite les ghars qui sont moins estimées.

A part le palmier, on cultive encore, dans les ja^ dins du Souf, de la garance, du tabac, du henné, de l'orge, des orangers, des figuiers, de la vigne, des abricotiers, dès oignons, des carottes, des pastèques, des pommes de terre, ^ etc.

Ces cultures se font le plus ordinairement dans des jardins à part, en dehors des plantations de palmiers; l'arrosage est ici nécessaire ; aussi un puits est-il toujours creusé à portée d'un ou de plusieurs jardins; on tire l'eau au moyen d'une bascule montée sur une fourche en palmier. L'eau du Souf est excellente.

Le Souf comprend 3 villes principales et 7 autres villes ou villages. Les villes principales sont : El

* Les dattes que nous vendent nos marchands de comestibles ne sont généralement que de mauvais fruits des Ziban, que ces honnêtes et intelligents industriels trempent dans un sirop pour leur donner un goût sucré et une apparence diaphane. Ce sont les mêmes dattes que les Arabes font manger à leurs chameaux.

® C'est une importation nouvelle qui date de deux années ; elle y réussit admirablement bien. J'espère qu'il en sera de même à Rhadamès, où j'ai donné des pommes de terre à deux propriétaires de jardins.

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