CHAPITRE XV
Oued, Kouinin et El Guemar; viennent ensuite: Amiech, Bou Hermès, Ezgoum, Behima, Tarhzout, Debila et Sidi Aoun ; tous ces centres sont reliés entre eux par une succession de maisons échelonnées sur les routes. Les habitations sont toujours construites sur la hauteur, en dehors des jardins.
Il est d'usage, lorsqu'un Soufi veut se construire une maison, qu'il convoque le ban et l'arrière-ban de ses amis ; tous mettent la main à Tœuvre et la maison, commencée le matin, doit être achevée le soir, sans quoi elle demeurerait inachevée jusqu'à ce que les amis, se sentant suffisamment remis des efforts extraordinaires que leur a coûtés une journée de travail, se décident à secouer de nouveau leur paresse pour achever l'œuvre commencée ; or, il s'écoule souvent une année avant qu'il en soit ainsi, et si, par hasard, la pluie survient dans cet intervalle, tout est à recommencer.
On comprendra que ces maisons sont loin d'être des monuments, et qu'elles sont très- légèrement faites; cependant elles ont généralement, vues de l'extérieur, un certain cachet d'élégance et de propreté, que l'on ne trouve pas dans l'Oued Rirh. Leur longueur est de 7 à 8 mètres, leur largueur de 1 m. 50 à 2 mètres, et leur hauteur est celle d'un homme de moyenne taille ; il faudrait une trop grande somme d'efforts pour dresser un échafaudage, et les Souafa jugent parfaitement inutile de leur donner plus d'élévation que ce qui est nécessaire pour s'y tenir debout ; souvent même ils préfèrent creuser le sol intérieurement, que de construire des murs trop élevés. Ces maisons sont en moellons bruts de calcaire enduits de chaux ; les murs, déjà très-minces à la base, vont encore s'amincissant jusqu'à la toiture, laquelle se compose de trois
DEUXIÈME PABTIE.
OU quatre petits dômes, supportés par des poutres en palmiers ; la porte, très-étroite, peut à peine donner pasRîtge à uu liumme plié en deux; de croisées, point: k moins que l'on ne veuille donner ce uom k an toat petit trou pratiqué à cSté de la porte; du reste, ce troH est plutôt no tuyau de cheminée, puisque c'eat la seule issue par laquelle la tnmée s'échappe. L'ameublement intérieur est des plus simples : k l'une des extrémités, deux ou trois grandes jarres en ncgila, dans lesquelles sont oonscrvées les provisions de dattes et de farine, et quelques piqueta enfoncés dan» la muraille, pour la suspeusiou des liardes et Alt armes. Le sable remplace le pavage, et une nouveli*coudie de sable, ajoutée par la ménagère, suppléa^ au balayage.
Quelques individus ingénieux se font, devant M aulour de tenr maison, une cour enceinte de feuillH de palmiers ; les riches ont deux ou trois maiBons is ce genre, un p^ n plus vaete.s, disposées de façon à ' n carré dont le devant est clôturé arec iss feuilles de palmiers.
El Oued, qui est le principal centime du Souf, est formée d'un millier de petites maisons semblables à telles que je viens de décrire; aussi n'est-il besom que de se lever sur la pointe des pieds pour dominer toute la ville. Les seules constructions remarquables sont la casbah, édifiée par Ali Bey, qui se compose d'une vaste enceinte crénelée, avec deux bastions, et dans laquelle se trouve la maison du khalifa qui est élevée d'nn étage ; plus, une mosquée dont le minaret élancé s'aperçoit de fort loin. Les rues de la ville sont assea larges, mais tortueuses ; le vent se charge d'y maintenir une propreté relative, en y apportant du sablo qui recouvre les ordures de toutes sortes que l'on y jette