‹ Le SaharaChapitre 190 sur 194 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

prendre quelques renseignements sur le commerce d'importation de cette ville. Un boutiquier indigène, chez qui je fis quelques achats, m'ayant oflFert une tasse de café, je profitai de la circonstance pour causer assez longuement avec lui.

Il résulte des renseignements recueillis que tous les tissus qui se ^vendent dans le Souf viennent de Tunis par le Djerid ; ces tissus portent tous des marques anglaises; les draps cependant viennent d'Allemagne. Les Souafa ne prennent à Biskra que la bougie, le sucre et le café dont ils font une trèsgrande consommation. Les objets d'art*, les ornements des femmes et jusqu'à la farine dont ils se nourrissent viennent de la Tunisie.

Comme je demandais à ce marchand pourquoi ils ne tiraient pas toutes ces choses d'Algérie, il me répondit: « — Que veux-tu? Après plusieurs essais, nous avons reconnu que nous n'avions affaire qu'à des Juifs qui, non-seulement nous vendaient plus cher que les Tunisiens, mais qui, encore, nous trompaient sur la quantité et sur la qualité des marchandises ! »

J'avoue qu'en entendant de semblables discours, les bras me tombèrent de découragement ; j'eus honte du manque d'énergie de nos vrais négociants et je me demandai s'il serait jamais possible de secouer leur apathique insouciance.

Je me remis en marche le mardi 23, par une splendide matinée, ayant pour chamelier Bel Kacem ben Bachir, qui avait résolu de me conduire jusqu'à Touggourt, et deux de ses parents. Le khalifa, le cadi et plusieurs cheikhs m'accompagnèrent assez loin ; ces braves gens avaient eu soin de bourrer mes tellis, à mon insu pour ainsi dire, d'une quantité de vivres qui aurait été suffisante pour un long voyage.

46'2 DEnZIÈMB PARTIE.

A 1 heure 40, comme uoub prenions quelque nourriture près d'ua puits appelé Bir Mouy d Çdid (Puits de la Petite Eru du Caïd), Ali me fit remarquer plusieurs cavaliers qui se dirigeaient vers nous; ces cavaliers s'arrêtèrent à quelques pas et mirent aussi pied à terre pour prendre leur repas.

C'était Sidi Ali ben Asïoliz, âla du puissant ulitrabout de Netta (Djerid), accompagné de plusieuis persauoages de la zaouïa d'£l Guemar,^ qui, ayant reconnu eu moi un Français, m'ofirit des oranges et mo demanda s'il me plairait de l'avoir pour compagnon de voyage jusqu'i luggourt.

Le soir, je l'invitai a manger le couscoussi avec moi. Nous causâmes longtemps ensuite, et il médit que lorsque je retournerais dans le Sahara, je lai ferais le plus gra,nd plaisir en allant passer queli{Qe« Jours à sa zaouïa."

Le lendemain 24^ comme l'étape était longue et que le rent dn liud-est, en soulevant le sable, rendait la marche très-difficile, mon compagnon préféra camper encore nue nuit dans la plaine; mais coinroe j'avais prévenu l'agha pour le jour même, je résolus d'arriver à tout prix.

Sidi Ali m'ayant offert une excellente mule, jfl laissai avec lui Ali et mes cliameliers, et je paitia seul avec sou guide. Après une course eSréiiée i travers des nuages desable,pendant laquelle je roulai plus de dix fois du haut de ma mule sur les dnaes. j'aperçus, vers les trois heures, une troupe de eaV»liers descendant dans le lit de l'Igharghar, à l'endroit où le ileuve mort se confond avec le chott qui est i l'est de Touggourt.

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