CHAPITRE n
saYoaraî avec infiniment de plaisir. Sur ce, j'invitai mon compagnon à partager mon sonper qui devait être à base de couscoussi.
Nous étions installés là depuis une demi-heure à peine, quand vint à passer une caravane de 16 cbameaux chargés de dattes de Touggourt pour Biskra. Les gens de cette caravane s'arrêtèrent pour faire leur provision d'eau; il leur en restait encore une petite quantité de celle qu'ils avaient prise à El Merhayer, où as s'étaient arrêtés le matin, et le cadi leur en ayant demandé sous prétexte qu'elle était meilleure que celle de Mahadalou, ils lui en remplirent une gamelle de la contenance d'environ deux litres. Cette eau, passablement magnésienne, était néanmoins trèsfraîche après plusieurs heures de séjour dans les outres.
La caravane s'éloigna après avoir fait sa provision, et bientôt mon compagnon, devenu joyeux comme par enchantement, se mit à causer et à rire avec ses serviteurs pendant que je prenais mes notes.
Ali nous apporta enfin un maître plat de couscoussi couronné de plusieurs tranches de mouton, devant lequel nous nous assîmes très-disposés à lui faire honneur. Il en resta amplement pour régaler ceux de notre suite, qui se jetèrent dessus comme des loups affamés et ne le lâchèrent que lorsque le dernier grain eut disparu.* Nous savourâmes ensuite une seconde tasse de café, puis nous nous allongeâmes sur nos couvertures afin de prendre de nouvelles forces pour la marche du lendemain, qui devait être longue et pénible. Ali et le chamelier restèrent à causer près du feu.
H avait été convenu qu'Ali veillerait le premier jusqu'à minuit et que le chamelier lui succéderait
jusqu'à 2 heures du matin, heure à laquelle je devais prendre la garde à mon tour.
Vers 11 heures, je fus réveillé brusquement par une dispute assez vive dans laquelle je reconnus des voix étrangères; je me levai subitement en armant mon revolver. On me dit que c'étaient deux individus de la caravane qui avait passé avant la nuit, qui revenaient sur leurs pas pour remplir deux outres vides qu'ils avaient oublié de remplir la première fois. Comme ces explications me parurent quelque peu suspectes, je fis reculer ces gens à quelque distance et je dis à l'un des domestiques du cadi d'aller prendre leurs outres pour les remplir. Cela fait, les deux importuns s'éloignèrent en courant et en chantant. Un bruit de voix lointaines, qui se fit entendre bientôt, me • fit supposer que cette caravane était campée à quelque distance, et j'ordonnai de faire bonne garde.
Je me réveillai de nouveau vers 2 heures du matin. Le chamelier, qui veillait en fredonnant un air monotone, me demanda l'heure ; ayant consulté ma montre, je lui répondis qu'il était 2 heures et que j'allais veiller à mon tour. Il alla se coucher à côté de ses chameaux, et je m'assis sur ma couverture, enveloppé dans mes bernons et le revolver au pojng.
La nuit était admirablement belle ; les étoiles scintillaient sous la voûte bleue du ciel, le calme le plus parfait régnait sur la terre, pas un cri de chacal ne troublait au loin le silence majestueux du désert; seule, l'eau qui coulait dans le ruisseau voisin faisait entendre un léger murmure, semblable à une douce musique, comme si quelque génie, caché dans les roseaux, eût voulu charmer ma rêverie en jouant, sur son instrument champêtre, l'air le plus doux et le plus mélancolique qui convienne au silence de la nuit