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CHAPITRE II

Samedi^ 9 janvier. — A 6 heures, je réveillai Ali pour faire le café que nous prenions joyeusement une heure après, et à 7 heures nous nous mettions en marche. Je vis alors, dans le hassin desséché du chott, le phénomène le plus surprenant, le plus merveilleusement heau qu'il soit possible d^imaginer.

Devant moi, du côté de Porient, s'étend un beau lac argenté, uni comme une glace, d'où surgissent deux îlots de verdure ; un peu à gauche, une longue ligne sombre de petites collines semble nager audessus des eaux brillantes ; à droite, sur la ligne vaporeuse de Fhorizon ondulé, trois groupes d'arbres se détachent. Au fur et à mesure que le soleil approche et que le jour grandit, la vision se modifie ; les collines de gauche s'isolent des îles de verdure, qui se multiplient alors en diminuant de proportions; puis, comme dans la vision de la veille, ces îles plongent lentement et disparaissent au sein des ondes qui s'effacent à leur tour.

Bientôt, le soleil se montre au-dessus d'une bande de nuages noirs qui s'étend à l'orient comme un sombre rideau. A peine le disque de l'astre du jour commence-t-il à poindre au-dessus des nuages, qu'une immense cascade, étincelante de mille feux, se précipite d'en haut dans une mer qui surgit au-dessous comme par enchantement, en s'embrasant des mêmes feux, dont mes yeux éblouis ne peuvent supporter l'éclat.

Mais comment pourrais-je décrire ce que je vis alors ? Ni peintres ni poètes ne sauraient le rendre, et comme je ne suis ni peintre ni poète, je préfère y renoncer. Quiconque n'a été témoin d'un pareil spectacle ne peut se faire une idée de sa grandeur majestueuse, et quiconque en a été témoin ne peut le raconter. Dieu est grand dans ses œuvres !

Nous marchâmes ensuite péniblement snr nn terrain couvert de sable blanc gypsenx ; pnis nous entrâmes, pour y marcher quelques instants, dans le lit du ehott dont le sol argileux, recouvert en cet endroit d'une légère couche de sable solidifié par le sel, a été rendu raboteux par le passage journalier des caravanes ; un peu plus loin, vers l'est, oà les caravanes ne s'aventurent pas, le sol, blanc de sel et de mi^;né8ie, est uni comme une glace. Une sorte de presqu'île, aux bords abrupts et p^ élevés, couverte d'arbustes et de grands roseaux, s'avance dans le chott: c'est là que s'est produit le mirage de la veille. Un peu plus loin, sur notre route, le sol s'élève peu à peu et se couvre d'une végétation plus abondante.

A 9 heures Bô, nous aperçâmes devant nous, sur une chaîne de collines peu élevées, la petite oasis de Laurir que nous devions laisser à gauche ; au-dessous de cette oasis, une antre presqu'île, également couverte de végétation, se prolonge dans le chott dont le bassin est absolument à sec: c'est là que s'est produit le mirage du matin. Dans le lointain, du côté de l'est, on croirait toujours apercevoir les eaux tranquilles d'un lac ; mais les rayons du soleil et la couche de sel qui recouvre le sol produisent seuls ces effets trompeurs.

Après avoir laissé à droite plusieurs collines peu élevées et quelques îlots de palmiers, nous arrivâmes sur un plateau d'où, après avoir longé les deux petites oasis de Lourir et de Msiequa^ nous aperçûmes enfin, devant nous, l'oasis tant désirée d^El Merhayer où le cadi m'avait affirmé que nous trouverions un bon déjeuner chez son ami, le cheikh Si Mohammed ben El Hadj. Nous avions alors le chott Melrhir à environ 2 kilomètres sur notre gauche, an-dessous des oasis

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