CHAPITRE II
précitées, et noui^ apercevions au loin, sur notre droite, trois îlots de palmiers isolés au milieu des sables.
Nous franchîmes encore une chaîne de hauteurs pour arriver sur un autre plateau peu élevé, et nous entrâmes enfin, à midi et demi, dans l'oasis d'£l Merh&jer, fatigués et mourants de faim.
Depuis Poasis de Lourir, où nous avons quitté le petit désert de Morran, plateau aride qui s'étend à l'oueat du chott, nous sommes entrés dans Toued Eirh, large bassin dans lequel coulaient autrefois, pour aller alimenter le lac Tritonide, les eaux réunies de plusieurs grands fleuves qui se dirigeaient du sud vers le nord. Car de même que Poued Djedi et autres cours d'eau se rendaient dans le chott Melrhir par une faible pente partant de la chaîne atlantique, les eaux qui sortaient du versant septentrional de la charpente, formée de plusieurs plateaux, que l'on remarque au centre du Sahara, se rendaient aussi dans l'immense dépression, après avoir creusé leurs lits sinueux à travers des plaines unies et faiblement inclinées vers le nord.
Aujourd'hui, les cours d'eau qui descendent du nord se perdent dans les sables après avoir servi à l'irrigation des oasis des Zibau ; ceux qui venaient du sud sont morts^ disent les Arabes, c'est-à-dire qu'ils sont à sec. Faute d'aliments, le lac Tritohide s'est desséché à son tour, et il ne reste plus, de cette grande mer intérieure, que quelques chotts ou grands marais salés, dont les principaux sont le Melrhir, sur territoire algérien, le Eharnis, coupé par la frontière tunisienne, et le chott el Kebir, en Tunisie. Les sables et les débris de toute nature, apportés surtout par les vents du sud-est, ont produit un comblement lent, et le lit de l'oued Rirh lui-même est à peine re-
connaissable entre les collines sablonneuses qui le bordent.
Cependant les eaux qui remplissaient autrefois ces grands bassins ne sont pas entièrement perdues ; elles ont disparu de la surface, mais on les retrouve, à une faible profondeur, en nappes souterraines superposées, et bien avant que les Français ne vinssent dans ces contrées avec leurs appareils perfectionnés, les gens de l'oued Eirh s'en servaient pour Tirrigation de leurs palmiers ; ils savaient les faire jaillir en creusant, avec un outillage tout à fait rudimentaire, des puits artésiens d'un débit toujours trèsfaible, parce qu'ils étaient obligés de s'arrêter à la première nappe, laquelle est naturellement la moins abondante.
Je me réserve de m'étendre plus longuement, dans le chapitre suivant, sur les puits artésiens de l'oued Eirh.
En entrant dans l'oasis d'El Merhayer, j'admirai, à droite et à gauche, de nombreux jardins soigneusement cultivés et disposés en petits carrés afin de rendre l'irrigation plus facile et plus efficace, car rien ne pousse sans eau dans ce sol argileux qui n'est que très-rarement arrosé par les pluies. ^L'oasis ellemême est divisée en de nombreux enclos tout complantés de beaux palmiers.
Après avoir marché assez longtemps dans un chemin tortueux, entre deux murs en terre, couronnés de palmes, nous arrivâmes au village qui s'élève à l'extrémité sud de l'oasis. Les maisons, très-irrégulièrement disposées, toutes construites en terre, n'ont généralement qu'un rez-de-chaussée et sont couvertes en palmes. La population est un mélange jde blancs, de noirs et de mulâtres ; mais les mulâtres y sont de beaucoup les plus nombreux. .