‹ Le SaharaChapitre 27 sur 194 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Il est hors de doute que le Sahara tout entier fut habité, au temps de sa fertilité, par des peuples mulâtres qui furent plus tard ou presque détruits, ou refoulés vers le sud par les blancs de différentes races qui ont successivement envahi ces contrées.

Du temps de Ptolémée, qui vivait dans le Ile siècle de notre ère, la race des autochthones était encore à peu près la seule maîtresse du pays, car le géographe égyptien, parlant des peuples les plus considérables qui habitaient alors la Libye, cite d'abord les Garamantes et ensuite les Mélanogétules ou Gétules noirs, qui occupaient une contrée dont les limites se rapportent à celles de notre Sahara algérien.

Hérodote, qui écrivait dans le IV^ siècle avant J.-C, raconte le voyage de cinq jeunes gens qui, partant du fond de la Grande Syrte, marchèrent vers Pouest pendant de longs jours à travers des contrées sablonneuses, arrivèrent d'abord dans une plaine où il y avait des arbres dont ils mangèrent des fruits, puis, après avoir traversé des marais d'une grande étendue, dans une ville dont tous les habitants étaient noirs. Près de cette ville passait une grande rivière qui coulait de Touest à l'est, et dans cette rivière il y avait des crocodiles.

Il est permis de supposer qu'en marchant vers l'ouest, les voyageurs arrivèrent près de Touggourt, que les marais qu'ils traversèrent étaient formés par les eaux de l'oued Rirh, et que la ville à laquelle ils aboutirent était Biskra, laquelle n'est, en effet, qu'à une demi-journée de marche au nord de l'oued Djedi qui coule de l'ouest à l'est.

Sans rechercher ici quels sont les peuples de race blanche qui, partant du Nord, ont envahi les premiers le Sahara, je me bornerai à constater que' la

race autochthone a complètement disparu des Zifoan ; mais qu'on peut en étudier les descendants dans Toued Eirh et dans d'autres parties du Sahara, où ils cultivent les palmiers en qualité de khammes^ ou serfs des derniers conquérants, qui sont les Arabes. Les mulâtres habitent les villages, dans les oasis, tandis que les maîtres, préférant encore pour la plupart la vie nomade et pastorale de leurs pères à la vie sédentaire et agricole des vaincus, demeurent campés dans la plaine avec leurs troupeaux, et ne se rapprochent des oasis qu'à l'époque de la récolte des dattes, et pour prendre la part que leur paient les Rouarha (mulâtres de l'oued Hirh), à titre de maîtres et de protecteurs. Cette part est ordinairement le cinquième de la récolte.

Quant aux Nègres que l'on trouve dans tout le Sahara, ce sont des importations du Soudan faites avant la conquête.

Après cette digression, je reviens à mon récit

Le cheikh, qui nous attendait sur sa porte, nous reçut avec le plus grand empressement ; c'est un homme de 45 ans environ, de haute taille, au visage bronzé et à physionomie intelligente. Il nous fit entrer dans une grande salle, au fond de laquelle on étendit, pour le cadi et pour moi, une natte recouverte d'un tapis et, devant nous, une natte nue pour ceux de notre suite. Au milieu de la salle on alluma un grand feu dont la fumée, qui n'avait d'autre issue que la porte, se répandit partout et m'incommoda quelque peu.

J'ai oublié de dire que le cadi avait envoyé un de ses serviteurs en avant pour prévenir son ami de

' Du verbe-racine Ithamatsa qui si^n^fie imposer quel^^n du cinquième de son bien.

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