‹ Le SaharaChapitre 30 sur 194 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

A 1 henre^ nous gravîmes la pente douce d'une colline calcaire, dont la plus grande élévation est de 25 mètres, et qni se dirige, à droite et à gaache, sur une étendue de 2 kilomètres environ, dans une direction perpendiculaire à la route ; nous marchâmes ensuite, pendant près d'un quart d'heure, sur un plateau couvert de grands arbrisseaux de la nature de ceux qne j'avais déjà observés, mais où l'alenda domine.

De l'extrémité sud de ce plateau, l'on jouit d'une vue superbe. Devant nous s'étend une grande plaine unie, sans végétation^ parsemée çà et là de quelques flaques d'eau, réelles cette fois : c'est le chott Mgharm, 1 dans le lit duquel fut livrée en 1854, contre Ben Djelab, le combat qui fit tomber TOued Rirh sons la domination l&ançaise. Deux monticules assez élevés se dressent à une faible distance, dans le lit du chott, de chaque côté de la route. On aperçoit à droite les oasis de Sidi Rached et d'El Henhira^ dont le nom signifie la Purgative] à gauche celle de Sidi SUman^ et en face la grande oasis de Mghar^ dans laquelle nous marchâmes pendant 20 minutes.

Le lit du chott Mgharin est couvert, dans la plupart de ses parties, d'efflorescences de sel et de magnésie de forme conique, creuses et tronquées, élevées quelquefois de 50 millimètres au-dessus du sol ; si l'on marche dessus, elles font entendre, en s'affaissant, un bruit semblable à celui de la neige gelée sous la semelle de la chaussure.

A 3 heures 50, nous franchîmes une petite colline, qui s'élève aussi dans le lit du chott, en travers de la route ; à gauche, coule une source qui arrose quelques palmiers. De ce point élevé, on distingue au loin, en arrière et à gauche de Sidi Sliman, les bords

* Mgkar signifie troUy et Mgharin, lei trous.

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du chott, peu élevés, mais taillés à pic comme ceux de Melrhir.

Nous passâmes pendant Ô minutes près de Foasis de Kbout^ qui s'étend vers Test sur 400 mètres environ ; nous longeâmes ensuite, pendant près d'une heure, la grande et belle oasis de Mgharin] puis, ayant contourné une flaque d'eau qui va baigner la Petite Mgharin^ séparée de la grande par des monticules gypseux, nous gravîmes, à 5 heures et demie, les collines qui bordent le chott du côté de Touggourt. La nuit nous surprit en cet endroit.

Du haut de la dernière colline que nous avions franchie, le chamelier m'avait indiqué, au loin devant nous et à gauche d'une colline plus élevée que les autres, quelques têtes de palmiers, à peine visibles, qu'il m'avait dit appartenir à l'oasis de Touggourt. Ayant alors dirigé ma boussole sur ce point, j'en avais noté la direction ; or, dès Tinstant que la nuit nous cachait la vue de l'oasis, je ne me réglai plus que sur ma boussole, que je consultais de temps en temps à l'aide d'une allumette. Cependant je distinguais assez bien, à une faible distance sur notre gauche, une longue ligne noire, formée par l'immense oasis de Tehesthest^ qui s'étend jusqu'à la hauteur de celle de Touggourt, avec laquelle elle forme un angle droit.

Nous marchâmes ainsi, sur le sable très-épais dans ces parages, au milieu d'une obscurité presque complète, pendant plus d'une heure, n'ayant pour guide que ma boussole, car les traces des chameaux, quoique assez apparentes sur le sable, allaient s'éparpillant dans toutes les directions.

A 4 heures 10, lorsque nous étions encore en face de Toasis de Ksour, j'avais prié le cadi d'envoyer un

CRÂFITBB n. 81

de ses ser vileur» en arant pour prérenir Pagba; le cadî j ajant consenti, j^avais écrit quelques mots an crayon sur nn feuillet enlevé à mon carnet, et le messager était parti. Je pouraîs donc espérer que Fagha enverrait quelqu'un à notre rencontre et mon espoir ne fut pas trompé.

Nous étions encore à une distance de l'oasis que j'évalue à 2 kilomètres, lorsque nous aperçûmes deux Arabes qui se dirigeaient vers nous avec une lanterne allumée ; dès que nous les eûmes rejoints, ils nous firent prendre une direction plus à l'orient. ^ Un peu plus loin,nous entendîmes des Hennissements et des cliquetis d'armes ; bientôt après, nous nous trouvâmes en présence d'une troupe de cavaliers : c'était l'agha lui-même, qui venait à notre rencontre avec Si Mohammed ben Saja, médecin indigène, M. Britcb, maréchal des logis de spahis, son secrétaire français, ses frères et plusieurs autres personnes de sa maison. Malgré l'obscurité qui régnait et mon costume arabe, sous lequel il ne m'avait pas encore vu. Si Mohammed ben Driss me reconnut très-bien, et il m'embrassa cordialement en me souhaitant la bienvenue ; puis il me fit monter sur un cheval tout harnaché, qu'un nègre tenait par la bride et qu'il avait amené exprès pour moi.

Je fis ainsi mon entrée à Touggourt, le 11 janvier 1875, à 7 heures 15 du soir.

J'ai su depuis que Pagha "se mettait à table lorsque le messager lui avait remis mon billet, mais qu'il s'était levé aussitôt pour voler à ma rencontre ; aussi trouvâmes-nous le souper tout prêt. J'y fis le plus grand honneur, ainsi que mon compagnon, qui était presque mort de faim et de lassitude.

* Nous marchions bien vers Toasls, mais la ville se trouve un peu à droite de la direction que nous suivions.

82 pumnikRiB partie.

Noos causâmes encore longtemps ensuite, car nous avions beaucoup de choses à nous dire, puis mon hôte vint m'accompagner jusqu'à la chambre qu'il m'avait fait préparer, et dans laquelle il avait fait Rendre un matelas ^ur un bois de lit en palmier.

Mollement couché, je dormis si bien que le soleil était déjà bien élevé au-dessus de l'horison lorsque je me réveillai le lendemain matin.

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