CHAPITRE III
81 Mohammed bon El HacU ben Driss, agha de l'Oued Birh et da Sonf. Touggourt et ses habitants. Les puisatiers et les puits artésiens.
Si Mohammed ben el Hadj ben Driss est un homme de belle taille; sa tête qu'il porte toujours haute, sa démarche pleine de dignité annoncent l'homme du commandement ; son visage bronzé est encadré d'une barbe noire, courte, Msée ; ses traits, fortement et sévèrement accentués, sont une preuve que sa jeunesse ne s'est pas écoulée dans les délices de Capoue.
Les yeux de Si Mohammed, vifs et brillants, sont les véritables réflecteurs des sentiments de son âme : lorsqu'il parle à ses soldats ou qu'il marche à leur tête, l'expression de son regard, alors plein de majesté, ajoute à la noblesse de ses gestes et de son maintien ; en société d'amis ou de personnes qu'il connaît, son air de sévérité disparaît, et les traits de son visage s'adoucissent en même temps que le son de sa voix ; alors il devient homme du monde et sa conversation, qu'il sait rendre intéressante par quelque récit, fait à propos, de ses nombreuses courses
84 PBEMIÈRE PARTIE.
au désert à la poursuite des étemels ennemis de la. paix, captive toujours l'attention de ses auditeurs» Mais se trouve-t-il en présence de quelqu'un qui n'a. pas sa confiance, ou bien s'agit-il de démêler la vérité au fond de quelque affaire ténébreuse et embrouillée comme le sont ordinairement celles des Arabes ; se doute-t-il, enfin, que son interlocuteur cherche à le tromper, sa physionomie prend une expression nouvelle : sa voix devient doucereuse^ languissante même ; sa parole devient traînante ; ses paupières se ferment à demi, et il ne regarde plu& celui à qui il parle qu'à travers le voile de ses longa cils. Il est alors diplomate, et il est rare qu'il n'arrive pas à découvrir la vérité.
Si Mohammed ben El Hadj ben Driss est fils de Driss ben Brahim ben Kharfallah et de Fathma bent Yahia ; son père, chef de bonne tente de la tribu des Sc^ari^ faisait partie du makhsen de Cheikh el Arab ben 6ana, plus connu sous le nom fameux de /Serpent du Désert; il a trois frères dont l'aîné, Si Saïd ben Driss, est à la tête de l'aghalik d'Ouargla ; les deux autres, plus jeunes, font partie de son makhsen.
Si Mohammed e^t né deux années après la prise de Constantine^ c'est-à-dire en 1839 ; il s'engagea aux spahis le lÔ avril 1855, et étudia la langue française sous le sergent Colombo, de la légion étrangère, qui dirigeait déjà avec succès à cette époque l'école arabe-française de Biskra ; ses progrès furent rapides et le grade de sous-lieutenant, qui lui fut accordé le 14 mars 1865, fut la juste récompense de ses travaux.
En même temps que lui, étudiait alors à la même école Si Mohammed ben Gana, aujourd'hui cheikh de Sidi Okba et l'un des chefs les plus distingués du Sud.