CHAPITRE III
Si DCohampied ben El 9adj ben Driss se distingua au premier siège de Paris, et il fut nommé ohevalier •de la Jjégioa-d'Honi^enr le 8 décembre 1870. Pendant la Commune il se signala de nouveau, fut blessé le 2^ mai 1871, lors de l'entrée des troupes dans la capitale, et fut promu, le 22 juillet, £^u grade de lieutenant.
Le 14 juillet 1872, Si Mohammed rentra en Algérie et fut i^ommé agha d'Ouargla ; là, il se signala -de nouveau par son intelligence et par son énergie à -combattre les ennemis de la France ; sous son habile direction, son frère Saïd parvint^ après une marche inouïe à travers les sables, à capturer le bandit Bou CShoucha, qui était alors la terreur du Sud. Il fut ensuite nommé agha de Touggourt, de l'Oued Ehir et du Souf, avec le grade d'officier de la Légîon-d'Honneur ; Si Saïd, promu chevalier, prit la place de son ^ère à la tête de Paghalîk d'Ouargla.
L'agha de Touggourt n'est pas seulement un guerrier intrépide, c'est encore un administrateur probe et intelligent. Les bonnes relations qu'il entretient avec les Oulad Badjouda^ avec les autorités de !Ehadamès et avec les Touareg; l'estime qu'ont pour lui tous les gens de bien ; le respect qui entoure son nom; la tranquillité dont jouit le Sahara^ depuis qu'il en surveille les tribus remuantes ; enfin les efforts et les sacrifices qu'il fait journellement pour attirer le commerce du Soudan vers l'Algérie, sont autant de titres qui doivent faire désirer qu'il demeure le plus longtemps possible dans le pays qui lui doit sa tranquillité et sa prospérité.
Il faut rendre à M. le général Chanzy la justice qui lui est due : c'est lui qui a choisi Si Mohammed ben El Hadj ben Driss pour le placer au poste
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important qn'il occupe. Puisse Dieu les conserver tous deux pour le bien de l'Algérie !
Après avoir esquissé de mon mieux le portrait de Vagha^ je vais maintenant essayer la description de l'oasis et de la ville de Touggourt, sa résidence habituelle.
L'oasis de Touggourt est située à environ 20Ô kilo* mètres sud de Biskra ; sa plus grande longueur est^ du nord au sud, de 8 kilomètres ; à son extrémité ouest s'élève la ville ; à l'est de celle-ci, dont elle est séparée par une place de forme irrégulière, on remarque la Casbah^ réparée et mise en bon état de défense depuis l'occupation. C'est dans cette forteresse que se trouve la maison de l'agha avec toutes ses dépen* dances, ainsi que la nouvelle caserne des tirailleurs indigènes, isolée des autres habitations par un mur bastionné et crénelé ; c'est en quelque sorte un réduit dans la Casbah.
La place est bordée, du côté de la ville^ de maisons peu élevées dont les toitures reposent sur des arcades irrégulièrement et grossièrement construites.
La plupart des maisons de la ville sont en calcaire jaune du pays ; les autres sont en briques séchées au soleil (thôb) ; mais ces briques, pétries avec de la paille, affectent la forme irrégulière d'un moellon brut La principale rue, étroite et tortueuse, est couverte et par conséquent obscure^ quoique quelques trous aient été ménagés, de distance en distance, pour donner passage à la lumière ; les rues sont assez propres, malgré le nombre considérable de chèvres qui y circulent à volonté . Les maisons n'ont généralement qu'un rez-de-chaussée et sont couvertes de terrasses en palmes garnies d'argile, supportées par des poutres en palmier.
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La ville est ouverte aux deux extrémités de la place qui la sépare de la Casbah ; ailleurs, elle est encore entourée de son vieux mur d'enceinte à moitié miné; le fossé (hakar); autrefois rempli d'eau stagnante, qui défendait les approches de Tenceinte, a été comblé par les soins de l'agha et garni de jeunes plantations.
* Le seul monument remarquable, à part la maison de Pagha, est la grande mosquée (JDjamâ Kebîr)^ construction assez régulière, surmontée d'un dôme et flanquée d'un minaret carré ; trois des côtés de Pédifice, enduits de ciment, sont percés de petites fenêtres à pleins cintres très-élevées au-dessus du sol ; quoique située sur la place, en face de la Casbah, l'entrée de la mosquée se trouve dans une petite rue latérale. *
On pénètre d'abord dans une cour assez vaste, dans laquelle se trouve la vraie façade du monument^ qui regarde l'ouest ;* cette façade est ornée de briques en faïence formant des dessins variés. Sous un péristyle supporté par des colonnes carrées, s'ouvrent les deux portes principales donnant entrée dans la mosquée, qui est assez vaste, et dont la voûte repose sur des piliers carrés qui n'ont rien de remarquable. Le sol est recouvert de nattes sur lesquelles s'installent les fidèles pour faire la prière ; ici comme partout, l'on se déchausse pour entrer dans le lieu saint.
Deux coupoles ont été ménagées dans la voûte, l'une au centre, de laquelle pend un vieux lustre en fer qui doit être contemporain du Prophète ; l'autre, au-dessus de la chaire de l'iwam, est ornée d'arabesques assez régulières fouillées dans le plâtre et de dessins à couleurs vives.
La chaire de l'imam, adossée à la muraille» ne
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paraît pas moine ancienne que le lustre ,' maie elle a une valeur artistique bien autrement supérieure ; les côtés des gradins par lesquels on j arrive sont garnis de jolies sculptures à jour parfaitement conservées, lesquelles ont pour sujets les principaux versets du Coran. A côté de la chaire existe, ménagée dans l'épaisseur de la muraille, une petite niche dont la voûte s'appuie, à droite et à gauche, sur deux colonnes de marbre dont les fûts ronds et unis sont surmontés de chapiteaux ornés de feuilles de vigne et de raisins artistement sculptés : c'est là que se pla^ce le marabout pour faire la prière.
A part la Djamâ Kebir, il existe à Touggourt dix autres mosquées, dont l'une, celle de Si El Ha^ Saïd^ servit de refuge à trois tirailleurs qui échappé* rent ainsi au massacre de la garnison par Bou Choucha, en 1871. Une autre mosquée, située dans la Casbah^ a été transformée en atelier de maréchalerie ; son minaret était autrefois dominé par celui de la grande mosquée, d'où les ennemis faisaient feu sur la garnison, mais il a été exhaussé depuis et percé de meurtrières.
Le quartier de la Medjarïa^ qui comprend presque la moitié de la ville, est habité par des Israélites convertis par force à l'islam, il y a environ deux siècles. Malgré cette conversion, ces fils d'Israël ont conservé tous les caractères de leur race et ne se marient qu'entre eux ; aussi ne sont-ils guère aimés des Arabes, qui leur reprochent de pratiquer en secret leur ancienne religion. Ils s'occupent de la fabrication des haïks, mais leurs femmes ne font absolument rien, pas même la cuisine, dit-on, et ne sortent jamais.
Dans la plaine sablonneuse qui s'étend au nordouest de la ville, s'élèvent plusieurs petits monuments
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eanrés, d^tcipect tcisez gracieux : ce sont les tombeaux de la famille des Ben Djelab, qui a régné sur le pays jusqu'en 1854. Le dernier sultan, Si Selman ben melab, se réfugia dans la Trîpolitaine après le combat du chott Mgharin, L'un de ses frères est encore M|aard'hui caïd de Temacin, et son fils, âgé de 23 ans seulement et déjà maréchal-des-logis de spahis, peut, B^il sait s'en rendre digne, arriver à une position bien autrement solide que ne l'était la puissance éphémère de ses pères.
L'oasis de Touggourt renferme encore deux villages dont l'un, celui de Nezla^ est presque aussi considérable que la ville elle-même.
Les Arabes sont à Touggourt^ en bien plus grand nombre que dans les autres oasis de l'Oued Eirh; ils forment même ici un bon tiers de la population sédentaire.
Leur costume est celui de tous les Arabes algériens, avec cette différence que les Sahariens se tiennent généralement plus propres que les gens du Tell et qu'ils s'habillent avec plus de recherche. Tous les hommes un peu aisés portent le haïk, fixé autour de la chachia par une corde en poils de chameau, dont la longueur et le volume sont en rapport avec la fortune de l'individu ; les plus pauvres se contentent du turban ordinaire et de la gandoura, ou bien encore d'un haïk commun retenu à la tête par trois ou quatre tours de corde. Presque tous portent par-dessous une large culotte (seroual) en toile de coton; quelques-uns, les plus riches, ont le gilet et la veste maures et des messtt (bottes en maroquin rouge sans semelles) avec des souliers plats.
Les vêtements des femmes sont en toile de coton de couleur blanche, bleue, ou rouge avec des raies
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blanches ; c'est la couleur bleue qui domine, lablan* che estla plus rare.
Leur costume se compose d'une ample robe appelée tnaïkafa^ avec de larges manches ne recouvrant que la partie supérieure des bras ; cette robe est serrée^ au-dessus des hanches, par une ceinture de laine rouge ; autour de leur tête est enroulé un turban en étofPe de Tunis plus ou moins riche ; lorsqu'elles sortent, elles se couvrent d'un voile de même étoffe ou d'un simple foulard en coton, d'autres s'enveloppent dans une sorte de manteau appelé ghansa; la plupart ont les pieds nus.
Ces filles d'Eve ne le cèdent en rien, pour la coquetterie, à leurs sœurs d'Europe, mais leurs goûts sont un peu moins raffinés. De larges boucles d'oreilles, dont les plus lourdes sont supportées par la chevelure, pendent jusque sur leurs épaules ; la chevelure naturelle disparaît elle-même sous un énorme paquet de fausses tresses en poils de chèvre ; des quantités de bracelets en argent ou en corne cachent la moitié de l'avant-bras ; elles portent, suspendues au cou par de longues chaînes, de larges boîtes en argent dans lesquelles sont conservés les heurouz (talismans), et des tubes de même métal pour mettre le koheul ; quelques-unes ont encore aux jambes des khelakhel^ sorte de bracelets ou plutôt de jambières qui reposent sur le cou-de-pied ; les plus riches, enfin, portent en guise de ceinture une cuirasse en argent, large de 20 centimètres, qui doit les gêner passablement pour se baisser ; quand elles marchent, elles font entendre un bruit semblable à celui que devaient faire les anciens chevaliers revêtus de leurs armures. Toutes se teignent les sourcils et les cils avec le koheul et se jaunissent les mains avec le
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henné. Les femmes des nomades ne sont jamais voilées.
La couleur des habitants de Touggourt varie du blanc pur au noir le plus foncé ; les deux tiers au moins sont des métis provenant du croisement des races blanche -et nègre, ou des mulâtres appartenant^ comme la grande majorité des gens de POued Rirh^ à la race aborigène; ceux-ci se distinguent par un nez gros sans être écrasé, et par des lèvres épaisses qui ne sont pas allongées comme celles des nègres : en un mot, ils se rapprochent, par la régularité de leurs traits, de la race caucasienne.
Les habitants de l'oasis de Touggourt sont naturellement portés à la gaîté, et il ne se passe guère de jours sans que l'on entende des chants et de la musique; je n'ai remarqué chez eux que trois instruments, dont l'un appelé ghaëta a presque la forme et le son du hautbois ; le second, appelé bandir^ ressemble au tambour de basque; le troisième, qui n'a jamais pu charmer que les oreilles des Nègres de pure race, est le thebélj grosse caisse sur laquelle on frappe avec un morceau de bois crochu.
Malheureusement^ la plupart des Touggourtins s'adonnent à l'ivrognerie, et il n'est pas rare de voir deux ou trois individus assis autour d'une bouteille d'absinthe, liqueur qu'ils préfèrent à toutes les autres.
Le vin était connu dans ces contrées bien avant l'occupation française ; il pénétrait dans l'Oued Rirh par la Tunisie et Constantine ; mais comme il coûtait fort cher alors, les riches seuls avaient le privilège de s'enivrer avec.^ Le commun des mortels se contentait
^ Ces renseignements ont été donnés par Si Mâammar, frère da maraboat de Temacin, qui a avoué, en dînant une fois chez l'agha, avoir bu du vin dans sa jeunesse ; il en boit même encore
blanches ; c'est la couleur bleue qui domine, la blanche est'la plus rare.
Leur costume se compose d'une ample robe appelée tnaïkafa^ avec de larges manches ne recouvrant que la partie supérieure des bras ; cette robe est serrée^ au-dessus des hanches^ par une ceinture de laine rouge ; autour de leur tête est enroulé un turban en étoffe de Tunis plus ou moins riche ; lorsqu'elles sortent, elles se couvrent d'un voile de même étoffe ou d'un simple foulard en coton, d'autres s'enveloppent dans une sorte de manteau appelé ghansa; la plupart ont les pieds nus.
Ces filles d'Eve ne le cèdent en rien, pour la coquetterie, à leurs sœurs d'Europe, mais leurs goûts sont un peu moins raffinés. De larges boucles d'oreilles, dont les plus lourdes sont supportées par la chevelure, pendent jusque sur leurs épaules ; la chevelure naturelle disparaît elle-même sous un énorme paquet de fausses tresses en poils de chèvre ; des quantités de bracelets en argent ou en corne cachent la moitié de l'avant-bras ; elles portent, suspendues au cou par de longues chaînes, de larges boîtes en argent dans lesquelles sont conservés les heurova (talismans), et des tubes de même métal pour mettre le koheul ; quelques-unes ont encore aux jambes des khelakhel^ sorte de bracelets ou plutôt de jambières qui reposent sur le cou-de-pied ; les plus riches, enfin, portent en guise de ceinture une cuirasse en argent, large de 20 centimètres, qui doit les gêner passablement pour se baisser ; quand elles marchent, elles font entendre un bruit semblable à celui que devaient faire les anciens chevaliers revêtus de leurs armures. Toutes se teignent les sourcils et les cils avec le koheul et se jaunissent les mains avec le