‹ Le SaharaChapitre 34 sur 194 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Les Arabes disent : Il y a trois sortes de tissus renommés : le gros bernons des Béni Abbès^ que Pon nomme àbassi et qui est imperméable ; le bemous fin dn Djerid, qui se fabrique à Nefta (Tunisie), et le haïk de Tonggourt. Cependant les jolis haïks du Djerid, pnre soie, ne sont pas moins recherchés par les gens riches que les bemous de cette contrée.

On fabrique aussi à Touggourt des bemous de qualité moyenne, dont les prix varient entre 30 et 40 francs et qui s'exportent principalement vers le Sud; des souliers et d'autres ouvrages en cuir ; des cordes avec les filaments qui recouvrent l'écorce de la partie supérieure des palmiers et que Pon enlève chaque année ; des couffins ou paniers en feuilles de palmier, et de la poterie très-bien faite au tour par les femmes. On y fabrique encore des bracelets et autres ornements par un procédé aussi simple que primitif: l'ouvrier prend une pièce de 5 fr., qu'il bat avec un marteau jusqu'à ce qu'il lui ait donné la forme voulue, après quoi il orne le bijou de dessins grossiers et peu variés ; enfin, on y fabrique des couteaux avec leurs fourreaux en bois recouverts en cuir de Maroc.

Les productions du sol sont : les palmiers, qui produisent des dattes de deux qualités , les Deglet en Nour^ très-estimées, qui se vendent 30 fr. le quintal métrique en moyenne, et les rhars qui valent 20 fr. dans les bonnes années ; ^ l'orge, que l'on cultive en toutes saisons sous les dattiers ; ^ des figuiers, des" grenadiers et quelques vignes qui ne donnent que

* Les dattes sont transportées à Biskra à dos de chameau, et de là on les dirige sur le Tell ; on en vend aussi aux Makhadma et aux Chàamba ; ceux-ci les revendent aux M'zab qui en font le commerce.

* J'ai vu l'orge en épis le 16 janvier.

pour la consommatioQ locale; la carotte, le navet et Foignon sont à peu près les seuls légumes cultivés par les indigènes ; on j récolte aussi des pastèques et des piments rouges. J'ai remarqué, dans le jardin de l'agha, lequel est aussi bien soigné que nos jardins d'Europe, des gommiers, des ricins et de magnifiques plantations de cotonniers qui poussent avec une vigueur remarquable.

Deux qualités de coton ont été-essajées par l'agba : le coton de la province d'Oran, qui a très-bien réussi, et le coton à tige rouge du Soudan dont les résultats ont dépassé toutes les prévisions.

Les terrains salés de l'Oued Rirh conviennent ad* mirablement à cet utile arbuste, qui fut sans doute autrefois cultivé dans ces contrées avant les bouleversements physiques et politiques qui les ont appauvries, car on le retrouve à Tétat sauvage dans quelques oasis. Or^ il existe au nord et au sud de Touggourt d'immenses dépressions, dont les fonds unis et toujours humides, formés d'un mélange d'argile, de sable et de sels, conviendraient parfaitement à la culture du coton. Cette culture, faite sur une grande échelle dans un pays peuplé d'une race laborieuse comme celle des Eouarha, où la main-d'œuvre est peu coûteuse, serait assurément une grande source de richesses pour l'Algérie. Mais comment espérer attirer l'attention de ce côté, lorsqu'il y a encore tant à faire pour la colonisation du Tell !

L'oasis de Touggourt ne renferme pas moins de 72,000 palmiers, imposés à raison de 35 centimes par tête, y compris les centimes additionnels pour l'entretien du makhsen, des courriers, etc. ; chaque palmier rapporte en moyenne 8 fr. par année à son propriétaire ; une fois l'irrigation établie, il ne coûte aucun frais d'entretien.

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La ville de Touggourt seule, dont la population n'est que de ^000 habitants^ paie annuellement à FEtat, tous impôts compris, 22,076 fr., et le village de Nezla, le plus important de Toasis, 10,880 fr. La population totale de l'oasis est de 6000 âmes, payant en tout 66,228 fr.

Comme tous les Kouarha, les Touggourtins cultivent leurs palmiers avec le plus grand soin ; c'est au printemps qu'ils plantent les jeunes pousses qui, au bout de quatre années, commenceront à donner des fruits, et c'est ordinairement au mois de mars qu'ils recueillent le pollen du palmier mâle pour le répandre sur les fleurs du palmier femelle, qui se trouve ainsi fécondé; outre que cette fécondation ne se ferait seule que très-imparfaitement, cette façon de procéder est encore avantageuse en ce qu'il suffit d'un palmier mâle pour féconder une centaine de palmiers femelles. Une pluie persistante, un grand vent qui surviendraient dans les quelques jours qui suivent cette importante opération, porteraient les plus graves préjudices à la récolte.

La principale nourriture des Touggourtins est la datte ; ils mangent aussi de la rouina, sorte de bouillie faite avec de Torge grillée et pilée que Ton délaie dans de l'eau ou du lait et que l'on fait cuire avec des piments et des navets ; les gens du commun, à l'exception toutefois des puisatiers, qui sont obligés de se bien nourrir, ne mangent que très-rarement de la viande, qu'ils font cuire avec la rouina ou bien rôtir à part. Les riches mangent le couscoussi diversement apprêté.

Le breuvage ordinaire est l'eau des puits, qui contient beaucoup de magnésie en dissolution et qui agit d'une façon désagréable sur ceux qui li'y sont pas

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habitués ; par exception, on boit du lait de ebamelle ou de chèvre.

Les liqueurs ferraentées dn pays sont le lagnd et la mahia^ dont il a été déjà question. Le lagmi s'obtient en coupant radicaleioent la i^t^ dn palmier ; il s'échappe alors du tronc, en grande quantité, un suc d'abord doux, qui s'aigrit dans les vingt-quatre heures par suite de la fermentation ; cette boisson, qui est alors enivrante, ne se conserve pas longtemps. Le palmier ainsi opéré ne revient à son état normal qu'au bout de trois ou quatre ans ; mais on choisit de préférence les vieux sujets, qui périssent généralement ensuite, ou les sujets plus jeunes qui sont atteints par les vers. Quant à la mahia, on l'extrait des dattes absolument comme le kirsch des cerises.

Par suite de la stagnation des eaux dans les parties basses de l'oasis, les habitants de Touggourt sont exposés aux fièvres paludéennes qui régnent dans le pays à Fétat endémique pendant les mois de mai et d'octobre ; ces fièvres portent le nom de tékam* Pour les combattre, on emploie le singulier remède que voici : le malade s'empare d'un chien qu'il tue et dont il mange la chair bouillie en ragoût avec des navets, des carottes, des dattes, de l'ail, des oignons, des piments, etc. ; cela produit forcément une purgation drastique qui le dégage des engorgements viscéraux de la rate et du foie, et le soulage momentanément, mais ne le guérit pas, les causes qui ont produit la maladie ne cessant pas d'exister. Il est bien entendu que ce soulagement momentané est attribué exclusivement à la viande de chien.

Les coliques et les diarrhées, causées par les eaux et par le passage sans transition de la chaleur du jour à la fraîcheur de la nuit, sont aussi très-fré-

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qnentes au printemps et en automne. Pour se guérir, ces bonnes gens se passent, autour du gros orteil, un fil de soie qu'ils serrent fortement et qu'ils conservent jusqu'à complète guérison; ils ajoutent à cela une large ceinture de laine sur le ventre, mais la gnérison est toujours attribuée au fil de soie passé autour du gros' orteil. Si Mobammed ben Sayab, à qui je dois 'ces renseignements, m'a fait remarquer un vieil Arabe qui avait encore, sur les gros doigts de pied, de fortes eccbymoses produites par le fil.

Les maux d'yeux sont aussi très-fréquents, mais seulement dans la ville, où ils sont produits par le passage sans transition de l'obscurité profonde des habitations et des rues à la vive lamière du dehors, et ils sont entretenus par le manque de soins et de propreté.

Dès qu'un Arabe est mordu par un chien, il s'empare de l'animal et lui coupe du poil qu'il applique sur la morsure. Se doute-t-il que le chien est enragé ? il le tue ou le fait tuer, lui ouvre le corps et lui arrache le cœur, qu'il fait griller pour le manger ensuite. Tous les Arabes sont persuadés que ce remède est infaillible.

Ne nous moquons pas trop de ces pauvres gens ; regardons plutôt autour de nous : nous y verrons les mêmes croyances superstitieuses, et ceux qui les pratiquent n'ont pas toujours, comme les Arabes, l'ignorance pour excuse.

Il se tient tous les vendredis, sur la place de Touggourt, un marché auquel se rendent 5 à 600 personnes des différentes oasis de l'Oued Eirh. J*ai remarqué à ce marché des tissus de fabrication italienne et maltaise, venus par Tunis, le Djerid et le Souf ; des soieries de même provenance; des draps

anglais ; quelques étoffes et des foulards de fabrication tunisienne , des papiers français, de l'encre, des crayons, des couteaux, des essences, des pommades, ^ des savons de toilette et autres articles de Paris ; des chachias de Tunis ; des bernous et des baïks du pays et du Djerid ; des bracelets et autres ornements fabriqués dans le pays et surtout à Constantine ; de l'antimoine, de l'encens, des résines ordinaires, de l'indigo et des gommes qui viennent du Soudan, |mais en petite quantité ; du tabac en feuilles de qualité inférieure ; des dattes ; de l'orge et des piments rouges du pays; des racines de violettes en grande quantité; des huiles de Kabylie et des Ziban; des outres en peau de bouc, etc. Malgré toutes mes recherches, je n'ai pu découvrir un seul tissu français.

J'ai aussi remarqué, sur le marché, des quantités de sauterelles étalées sur des nattes; pour cinq centimes, on m'en donna autant qu'un homme peut en cimpoigner avec ses deux mains. On m'apprit que, quelques jours avant mon arrivée, un nuage de ces ortlioptères s'était abattu en dehors de l'oasis, dans la plains de sablo qui s^étend jusqu'^auchottMgharin. Lt>s« Saharions, qui sont tre^ friands des sauterelles, le« rocuoiUfiMU et Icis font bouillir dans de l'ean avec du $eJ; olle$ prennent alors une teinte pins ronge que celle qui leur esst naturelle et« dans cet état, elle* peu\x»ttt se c^^nserver pendant trois on qnatre n^^Nis. r^Nur les man^T^ on leur enlève les pattes et W aUes^

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