‹ Le SaharaChapitre 36 sur 194 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

CHAPITRE in

«ccompagné des khammès des propriétaires, et même des khammès des pins proches voisins, si les antres ne sont pas en nombre suffisant, se ^orte an centre du terrain à irriguer, et commence par creuser un trou de cinq à six mètres de côté sur quatre à cinq mètres de profondeur. Ce trou se remplit aussitôt d'une eau épaisse, appelée d mafessed (eau corrompue), provenant d'une nappe ascendante ^ae l'on rencontre toujours à cette profondeur; la tâche des khammès est surtout [de procéder, aussi rapidement que possible et à Taide de petits seaux en cuir, à l'épuisement, travail qui est souvent rendu fort difficile par l'abondance des eaux.

On procède ensuite au coffrage de l'excavation, au moyen de troncs de palmiers superposés et disposés -en cadre de 80 vcentim êtres de côté. Ce travail achevé et le cadre ayant é^ consolidé par les terres que l'on a eu soin de tasser tout autour, on plante, à droite et à gauche de l'ouverture carrée, ;deux troncs de palmiers inclinés qui se joignent par leurs extrémités supérieures, à 3 mètres environ au-dessus du puits ; ces deux troncs sont en outre reliés, à 1 mètre 50 de hauteur, par une forte traverse horizontale en bois dur, à laquelle est fixée une corde en côtes de feuilles de palmier; à l'une des extrémités de cette corde pend un couffin (panier) en feuilles de palmier ou en cuir, destiné à enlever les déblais.

Ces préparatifs terminés, le puisatier descend dans l'excavation, muni d'un instrument en forme de bêche, appelé /(ûw, et c'est avec ce faible outil, le même qui sert à remuer la terre des jardins, qu'il entreprend de percer la couche de calcaire gypseux qui se rencontre partout, dans cette partie du Sahara, sous la couche d'argile, à des profondeurs très-va-

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riables. Ici, le rôle des khammès consiste à remonter les déblais, ainsi que les eanx provenant des infiltrations^ et à confectionner les cadres en troncs de palmiers refendus, qui sont descendus dans le puits au fur et à mesure des besoins.

Le puisatier, qui travaille sans lumière au fond du puits, n'est pas sans être exposé à de graves dangers : il arrive qu'on le retire asphyxié par des gaz^ délétères ou encore par l'eau qui, dès qu'il a percé 1& couche dure sous laquelle se trouve la nappe jaillissante, se précipite avec une telle violence que le malheureux n'a pas le temps de s'enfuir.

La profondeur moyenne des puits mrahes'de l'oasis de Touggourt est entre 35 et 45 mètres, et lorsque le travail se fait sans obstacles sérieux, le coût varie entre 1500 et 1800 fir. Mais il arrive que le puisatiermineur rencontre des roches très-dures, que son faible instrument ne peut percer ; le puits est «lors abandonné et la dépense perdre. H arrive aussi très-souvent que les sables^ chassés violemment par les eaux jaillissantes^ se tassent an fond dn puits et Tobstraent compléi^ement. Cest ici que le travail des puisatiers devient véritablement pénible et pèrillenx.

J^ai vn le chef de la cdr^^miôn des pnisatiers In^m^me <K>c«ipè« ave< l^an d^ ««ts «nvrieis, à déblav<r le ^Mid d^an pnits; ai^^^àen dèià crM^aé jnsqu à la nappe^ et ^>'b$tniè par le^ «aUes a^oe^dasts. De ce fvnitfs a|>pelè Aïn ht»t IMi^ et d^uie fte^ondeur de 105 t^Midées^ $'ècha|^|«ait nue ewa nrà^ wyamdant à nue ^rra:nâe dkii4aM«e «!»<' t«r9e /»d««r d'Wide cW^iydri^iws. jflynvewttit d^nïîe o^^nche âe Ts^mmx

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en décomposition que Fon avait traversée à une certaine profondeur.

De chaque côté du puits, dont l'ouverture carrée est de 80 centimètres, sont dressés deux troncs de palmiers, disposés comme il a été expliqué plus haut. A la traverse horizontale sont fixées, descendant jusqu'au fond du puits, deux cordes en écorce de palmier ; à Pextrémité de Fune d'elles est attaché un couffin destiné à recevoir les déblais; l'autre, plus forte, mais lisse cependant, sert d'échelle aux plongeurs. Voici comment ces derniers procèdent :

£n arrivant sur le lieu du travail, les plongeurs commencent par allumer un grand feu près duquel ils se déshabillent, ne conservant autour du corps qu'une étroite ceinture ; une fois déshabillés, ils s'asseyent près du feu et se bouchent les oreilles avec de la graisse de chèvre, qu'ils rendent plus malléable en la présentant au feu. Cette importante opération terminée, l'un des plongeurs va s'asseoir sur le bord du puits, les pieds appuyés sur le bord opposé; il prend de Feau dans ses mains, se mouille la tête et la poitrine, puis descend peu à peu, ne s'arrêtant que lorsqu'il a de l'eau jusqu'au cou ; dans cette position il se mouille encore la tête, fait une courte prière mentale, et commence à souffler en allongeant sa respiration ; enfin, ayant fait une grande provision d'air, il disparaît soudain.

Son compagnon se porte alors sur le bord du puits et, tenant dans sa main la corde-échelle, il se tient prêt à obéir aux signaux de détresse qui pourraient, lui être faits d'en bas.

Au bout de trois minutes en moyenne, l'on voit la corde se roidir avec un léger mouvement d'oscillation ; alors un jeune homme, un apprenti ou un ma^

nœuvre, tire vivement la corde à l'extrémité de laquelle pend le couffin rempli de déblais, et l'on ne tarde pas à voir poindre à la surface liquide la tête du plongeur, aussitôt saisie entre les mains de son compagnon. Après avoir respiré fortement pendant une demi-minute, le plongeur se lave encore la tête, replonge jusqu'au cou, et remonte enfin pour aller se sécher près du feu. Au bout de quelques instants, son compagnon se prépare à descendre à son tour. . Les corporations de puisatiers ou de plongeurs pour le creusement des puits artésiens existent, dans les oasis de l'Oued Eirb^ de temps immémorial ; mais il faut être bien constitué pour exercer cette profession difficile.

L'apprenti débute ordinairement à 20 ans ; tout d'abord, il se produit chez lui, deux ou trois fois de suite, des hémoptjsies (crachements de sang) occasionnées par la rupture des vésicules pulmonaires ; ces accidents sont accompagnés d'inflammations dans les oreilles, puis d^un écoulement de sang et enfin d'une suppuration de ces organes qui dure quelques mois. Les cas d'asphyxie sont assez rares et ne se produisent guère que chez les novices, dont quelques-uns sont obligés de renoncer à continuer la profession.

En général, les plongeurs sont prédisposés à la surdité, il est même rare que les vieux ne deviennent pas complètement sourds; mais leur santé ne parait pas autrement altérée; ceux que j'ai vus sont généralement bien constitués et jouissent tous d'une parfaite santé.

Le plongeur que j'ai observé au puit^ d'Aïn bou Dlal est demeuré sous l'eau, montre en main, 2' 45", mais ils peuvent j rester pendant 3 minutes et même

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