CHAPITRE UI
davantage lorsque Veka est claire. Si Mohammed ben Sajab, avec qui j'ai fait ces observations, m'a affirmé avoir vu à Temacin un plongeur demeurer sous Vean 3' 46" ; il est vrai qu'il s'agissait d'un tour de force dans le but d'obtenir une récompense ; la vraie moyenne est de 3 minutes^ ce qui est déjà rai- :8onnable.
Malgré les difficultés du travail et les dangers ter- Tibles auxquels ils sont exposés, ces pauvres gens ne gagnent pas beaucoup : chaque couffin de déblais, <ï'est-à-dire chaque plongeon, ne leur est payé que 35 centimes ; or, comme un homme ne peut faire, dans une journée, que cinq à six plongeons, il résulte qu'il ne gagne que 1 fr. 25 à 2 fr. 10 par jour. Il est vrai qu'il est nourri par les propriétaires, qui lui font, en outre, quelques cadeaux en nature.
Ce travail de récurage, toujours assez long, augmente de 1000 fr. à 1200 fr. le prix de revient d'un puits jaillissant, qui coûte finalement à ses propriétaires de 2500 fr. à 3000 fr.
Cependant, grâce à la sollicitude intelligente de Tagha, le sort de ces intéressants ouvriers va être considérablement amélioré ; Si Mohammed ben Driss a l'intention de faire acheter à Paris, de ses propres deniers, des scaphandres qui leur permettront de faire beaucoup plus de travail avec beaucoup moins de fatigue et de dangers. Munie de ces utiles appareils, la vaillante corporation redoublera d'ardeur, et les déserts arides qui entourent Toasis ne tarderont pas à se transformer en de belles et de fraîches forêts de palmiers.
D'un autre côté, les puisatiers militaires français," qui opèrent dans la saison d'hiver sous l'habile direction de M. le lieutenant de Lillo, vont être munis
d^nn second appareil de sondage. Les résultats obtenus par M. de Lillo qui, à Paide de ses puissant» appareils, peut traverser jusqu'à trois et quatre nappes jaillissantes, sont vraiment merveilleux; mais il ne peut être partout Or, Tinvasion des sables est rapide, et il n'est pas de trop de toutes les bonnes volontés pour arrêter l'ensablement des oasis, et pour rendre à ce pays la fertilité qu'il avait sans doute avant la disparition de ses cours d'eau. .
Dans aucun cas un particulier ne peut faire creu> ser un puits pour son usage propre ; seuls, les chefs de la zaouYa de Temacin jouissent de ce privilège. Chaque puits appartient à plusieurs propriétaires qui se partagent les frais; le travail, qui peut se faire et se fait en toute saison, dure six mois en moyenne, car tous les puits de l'oasis de Touggoort ont la^ même profondeur, à peu de différence près. Ils donnent une moyenne de 4 litres d'eau par seconde, soit â40 litres à la minute ; leur température varie entre 22 et 24 degrés centigrades.
Le coffrage des puits artésiens arabes est en bois de palmier qui passe pour incorruptible ; cependant ils ont essayée depuis Toccupation française, le coffrage en briques qui est plus propre et plus régulier ; mais ils y renoncent aujouni'hoi pour revenir à leur ancien système « panre que les briques se détachent au bout d'un certain temps et diùsïsent par obs> truer la nappe ; pour qa*iui puits ^rami en palmier arrive à se combler^ il taat qu^il se prodube antoor un affaks<ement de terrain^ aix^eat aMdhear«aseiBen( assex liréquent et auquel tous les più^ sout exp^^sês.
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poissons et de coquillages qui sont amenés à la surface par les eaux jaillissantes ; des crabes même sont sortis dans quelques sondages exécutés par M. de Lillo.
Pour se rendre de Temacin à Touggourt, la route traverse une grande dépression à fond d'argile, parfaitement unie et sans végétation aucune, que l'on appelle le chott Bou Yrou ; du côté de l'est, les bords du cbott sont formés de collines assez élevées derrière lesquelles s'étend une grande plaine sablonneuse. Depuis quelques années, les Arabes ont entrepris de creuser^ au pied même de ces collines et avec les faibles moyens dont ils disposent^ des puits artésiens dont le nombre augmente rapidement, grâce aux encouragements de l'agha Si Mohammed ben Driss. Il en existe aujourd'hui une trentaine, espacés les uns des autres de 30 à 40 mètres ; leur profondeur varie entre 40 et 45 mètres, et leur rendement moyen peut être de 2000 litres à la minute. Les eaux de ces puits fécondent une belle et fraîche oasîs^ de création toute récente, dont les palmiers, abondamment arrosés^ commencent à donner des fruits d'excellente qualité.
Le lit du chott Bou Yrou, qui forme une vaste plaine, peut être ainsi fertilisé, pourvu que l'on exécute les mêmes travaux au pied des collines qui le bordent du côté de Touest. L'agha, qui voudrait introduire dans le pays la culture du coton et qui, ainsi que nous l'avons vu, a déjà fait quelques essais très-heureux avec des graines du Soudan, se propose de mettre prochainement la main à l'œuvre pour donner l'exemple.
Si, comme il y a lieu de l'espérer, le succès couronne ses efforts, il aura bien mérité du pays.
108 PRBMIÈRB PARTIE.
En résumé, la population sédentaire des oasis de l'Oued Birh est de 25,000 âmes, dont les deux tiers sont des mulâtres aborigènes ; l'autre tiers se compose d'Arabes qui ont renoncé à la vie nomade et de noirs affranchis.
Quant aux nomades, tout ce que j'en puis dire, c'est qu'ils sont environ 55,000 qui errent au sud de la province de Constantine.
La population sédentaire cultive 600,000 palmiers environ, répartis dans 28 oasis; sur ce nombre 8849, considérés comme biens habbofis^ c'est-à-dire biens des Tnosquèes et des pauvres^ sont loués 6862 fir. 50, soit 79 centimes par tête. Les biens babbous sont exempts d'impôts.
L'instruction est donnée à 814 enfants, dans 43 mosquées- écoles réparties dans les principales oasis. La ville de Touggourt possède à elle seule 8 écoles, le village de Nezla 4 et la grande oasis de Tebesbest 6. L'enseignement y est réduit à sa plus simple expression : il consiste à apprendre aux enfants à lire, à écrire et, pour quelques-uns, à compter.