CHAPITRE IV
L'hospitalité de l'agha. Temacin. La zaouïa de Tamellaht ou d'el Hadj Ali. Les marabouts. Les ordres religieux. El Aïd el Kebir. Les fantazias. El Bahar ed Djadjat. Une noce. Arrivée de mon Cruide. Babah ben Amera. Préparatifs de départ Une nuit à la zaouïa.
Les jours que je passai à Touggourt me parurent bien courts, car Si Mohammed ben Driss ne négligea rien pour me rendre attrayant le séjour de Toasis. Si les occupations de l'agha sont nombreuses, son activité est grande, et il [sait faire profiter ses hôtes des moments de loisir que lui laissent les devoirs de sa charge.
Les premiers rayons du soleil le trouvent toujours debout, occupé à distribuer ses ordres aux employés de sa maison ; c'est aussi l'heure à laquelle se présentent ceux qui ont des réclamations à lui adresser; chacun lui expose ses griefs : celui-ci contre le cheikh de son village, celui-là contre le cadi ,* une femme plaide contre son mari, ou un mari contre sa femme ; ou bien encore un mari contre son voisin et sa femme, mais je dois ajouter, à la louange des dames de l'Oued Kirh, que ce dernier cas est assez rare. L'agha écoute
tout le monde avec patience, iet les jugements quMl rend sont toujours marqués au coin de la plus grande impartialité. Puis, assisté de ses deux secrétaires^ l'un arabe, l*autre français, il fait le dépouillement des courriers et répond aux nombreuses lettres qui lui sont adressées.
J'employais moi-même mes matinées à coordonner mes notes et à faire ma correspondance. Vers 10 b., je recevais la visite de Si Mobammed Sajab qui, ayant, lui aussi, rempli les devoirs de sa profession, venait me prendre pour aller faire une tournée sur la place du marcbé ou dans les rues delà ville. A 11 beures, nous nous rendions cbez l'agba qui, ayant alors expédié ses affaires,' nous attendait et nous recevait avec le franc sourire qui lui est babituel. Après les salutations d'usage, nous nous communiquions nos impressions; et puis, à ce moment-là, l'agba avait toujours quelque joyeuse bistoire à nous raconter.
Nous prenions place ensuite autour d'un appétissant déjeuner, préparé et servi par des Nègres aussi proprement et aussi diligemment que pourraient le faire les domestiques européens les mieux dressés ; ces Nègres soot, pour la plupart, d'anciens esclaves arracbés à la servitude par l'agba lui-même et qui, reconnaissants envers leur libérateur, se sont attacbés à lui et le servent avec une intelligence et un dévouement vraiment admirables.
Autour de la table prenaient place, en même temps que l'agba : Si el Bou Ali, son jeune fils ; Si Mobam med ben Sayab ; le cadi d'El Oued Souf , pendant le temps qu'il demeura à Touggourt; M. Britscb, marécbal des logis de spabis, son secrétaire français et votre serviteur; mais presque toujours il y avait aussi