CHAPITRE
plusieurs invités : c^ étaient deB notables dn pays ou bien des étrangers d& distinction venus d'Ouargla, du Touât ou des Béni M'zab. Nous avions donc toujours du nouveau à entendre et le temps se passait trèsagréablement
Le lecteur serait sans doute curieux de savoir comment se nourrit un grand seigneur arabe. Je dirai donc, pour lui complaire, que Tagha de Touggourt mange à la française des mets arabes délicieusement préparés par ses cuisiniers exotiques. Ainsi sur une table ronde, recouverte d'une nappe de fine toile, on apporte d'abord une sauce se rapprochant beaucoup de notre potage au tapioca^ mais qui est fortement pimentée et aromatisée; on sert ensuite un mouton ou un chevreau rôti, dont l'odeur mettrait en appétit l'estomac le plus rebelle; puis une pyramide de cous-" coussi de pure farine de froment^ surmontée d'une poule ou d'un quartier de mouton ; comme dessert, des dattes de l'espèce appelée Deglet Nour^ des oranges, des raisins secs et des fruits de la saison. Il y a loin de là aux plats sans saveur de notre cuisine raffinée.
On boit du vin à la table de l'agha, d'excellent vin, ma foi, transporté à grands frais et à grand'peine, dans des caisses et à dos de chameau, de Constantine à Touggourt; mais s'il se trouve au nombre des invités quelque musulman scrupuleux, il est libre de se contenter, de l'eau magnésienne et purgative qui coule abondamment dans les ruisseaux de l'oasis ; on sert aussi d'excellente galette, dont chacun mange à sa guise. Enfin, le repas se termine par une tasse de moka préparé à la mode arabe, c'est-à-dire avec une perfection qui n'a, je crois, jamais été atteinte par nos ménagères les plus expérimentées.
ITQ PREMIÈRE PARTIE.
Après le déjeuner, nous montions à cheval ponr aller faire une tournée dans l'oasis ou dans les parties du désert avoisinantes ; dans ces promenades, nous étions toujours escortés de sept ou huit cavaliers du maghsen, qui profitaient de Poccasion pour courir dans la plaine en faisant parler la poudre, exercice auquel se livrent toujours avec passion les Arabes sahariens.
Nous étions ordinairement de retour une heure avant le coucher du soleil, mais comme l'on ne se mettait à table qu'à l'entrée de la nuit, nous allions nous asseoir, en attendant, sur les dunes qui bordent les fossés à l'orient de la ville, et là, les jambes enfoncées dans le sable jusqu'aux genoux, nous prenions, à notre façon, un bain de pied d'une agréable fraîcheur, tout en regardant le soleil se coucher entre les groupes de palmiers dont cette partie de* la plaine est parsemée.
Dès que )e soleil avait disparu à l'horizon ondulé du désert, nous remettions nos chaussures et nous nous dirigions vers la casbah, où nous attendait le souper.
Tout en prenant la tasse de moka obligatoire^ nous causions de choses et d'autres, et après une petite promenade dans la cour du bordj ou sur la place du marché, nous nous quittions très-satisfaits de notre journée, pour aller nous livrer aa repos dans nos logements respectifs.
Cependant, l'agha avait fait prévenir les marabouts de Temacin de mon arrivée, et il leur avait annoncé que j'irais moi-même, dans l'après-midi du 14, leur remettre les lettres dont j'étais porteur.
Le jour dit, nous partîmes donc à cheval, après dîner; comme Tagha avait voulu profiter de cette