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occasion pour faire sortir les spahis et tous les cavaliers de son makhsen^ nous étions suivis d'une troupe nombreuse.
Un quart d'heure après notre départ, nous nous engageâmes dans le bassin du chott Bou Yrou, qui s'étend vers le sud jusque près de Temacin, à 12 kilomètres de Touggourt.
Le fond uni et desséché du chott, absolument vierge de végétation, se prêtait trop bien aux courses de fantazia pour que les cavaliers n'en profitassent pas. Us préludèrent par quelques coups de fusil, tirés en caracolant à droite et à gauche, comme pour exciter progressivement l'ardeur de leurs chevaux, lesquels paraissent prendre à ces jeux autant de goût que ceux qui les montent.
Enfin, une troupe partit en avant et ne s'arrêta que lorsqu'elle eut gagné sur nous la distance d'un kilomètre environ ; elle fit alors volte face et se partagea en deux groupes de cavaliers, qui s'ébranlèrent à un signal donné et se dirigèrent vers nous au grand galop de leurs légers coursiers ; ils passèrent à droite et à gauche de notre troupe avec une rapidité vertigineuse, en lâchant leurs coups de fusil, puis, brandissant leurs armes, ils se laissèrent encore emporter par leurs chevaux jusqu'à une centaine de mètres et revinrent prendre leurs places dans les rangs, tandis que d'autres cavaliers, entraînés par l'exemple des premiers, partaient aussi en avant pour se livrer au même exercice.
Ces courses durèrent jusqu'à ce que, arrivés non loin de l'extrémité sud du chott, nous aperçûmes plusieurs personnages qui se dirigeaient gravement vers nous, m jntés sur des mules richement caparaçonnées ; 00 me dit que c'était Si Mâammar, cheikh
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de la zaoaïa de Tamellalit, frère da grand marabout Si Mohammed el Aïd et marabout lui-même, qui venait à notre rencontre, accompagné de plusieurs personnages de la zaouïa. Alors deux cavaliers partirent au galop pour aller le saluer avec la poudre, deux autres partirent ensuite, puis tous les cavaliers successivement, de sorte qu'il y eut là comme une nouvelle fantazia.
Lorsqu'il fut près de nous. Si Mâammar nous souhaita la bienvenue et s'informa de l'état de notre santé. Après les salamaleks usités en semblable circonstance, l'agha me présenta au cheikh, qui me fit force compliments, m'assura qu'il ferait tout son possible pour que je pusse trouver, dans le cours de mon voyage, Taide et la protection nécessaires, et me promit de me donner des lettres pour tous ses amis répandus dans les contrées que je devais traverser. Nous cheminâmes ensuite plus lentement, car nous fûmes ^obligés de régler les pas de nos chevaux sur ceux des mules, lesquelles marchaient avec une lenteur désespérante, comme si elles eussent été pénétrées de l'importance et de la gravité des personnages qui les montaient.
Tout en cheminant ainsi, je me mis à observer Si Mâammar.
C'est un homme d'une cinquantaine d'années, gros, court, d'un embonpoint très-prononcé et dont les traits ne répondent guère à l'idée que nous nous faisons en Europe de la beauté la plus modeste; sa petite tête ronde disparaît presque entre ses larges épaules; son teint est d'une couleur olivâtre trèsaccentuée ; son front est bas et fuyant ; au milieu de sa face ravagée par la petite vérole, un nez difforme se dessine; lies gros yeux rouges semblent vouloir
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«ortir de leurs orbites ; sa large bouche est encadrée de lèvres épaisses ; sa barbe est peu fournie ; mais tous ces désavantages physiques sont largement compensés par une intelligence supérieure, à laquelle Si Mâammar doit d'être le véritable chef de la zaouïa et le directeur de fait de l'ordre religieux auquel il appartient.
Nous traversâmes la petite ville de Temacin, qui s'élève sur un mamelon autour duquel on a creusé un large fossé, que je vis à moitié rempli d'une eau corrompue dont les miasmes produisent en été les fièvres terribles connues sous le nom de tham^ dont j'ai déjà parlé ; un mur d'enceinte à moitié écroulé entoure la ville de l'autre côté du fossé.
Il y avait grande affluence ce jour-là à Temacin, et nous eûmes passablement de peine à nous frayer un passage au milieu de la foule compacte qui remplissait les rues.
C'était vraiment chose curieuse que de voir tout ce monde accourir et se presser autour de nous, au risque de se faire écraser par nos chevaux. Nègres, mulâtres et blancs, hommes, femmes, enfants, fai* saient des efforts surhumains pourbaisersoitlamain, soit les genoux, soit un pan du bernous du marabout ; l'empressement n'était pas moins grand autour de l'agha, et enfin, se trompant assurément, ces bonnes gens faillirent aussi me renverser de cheval en me tirant par les mains et par mes vêtements, sur lesquels ils déposaient force pieux baisers ; une brave femme, soulevant avec peine un marmot passablement malpropre, lui colla le visage sur mon genou,^ où il laissa l'empreinte de ses lèvres ; ellemême finit par attraper une de mes mains qu'elle baisa à plusieurs reprises.
J'étais fort embarrassé, car je craignais que ces bonnes gens, s'apercevant enfin de leur méprise, n& tombassent dans une profonde désillusion et ne m'accablassent de malédictions.
Nous parvînmes cependant à nous dégager delà foule et nous pressâmes le pas de nos montures^ malgré quelques retardataires qui accouraient en criant de toutes leurs forces pour avoir aussi leur part des bénédictions du marabout.
Nous arrivâmes bientôt devant la zaouïa, qui me parut être un grand village carré entouré d'un mur d'enceinte en terre très-régulièrement construit, bastienne aux angles et percé de meurtrières si petites qu'on y pourrait à peine introduire le canon d'un fusil ; sur ce mur sont placés, de distance en distance, des ossements humains, destinés sans doute à rappeler aux croyants le néant des choses d'ici-bas.
Ayant franchi cette enceinte, nous fhnes notre entrée dans la zaouïa au milieu d'une grande affiuence de gens de toutes sortes, serviteurs des marabouts ou indigents qui vivent de leur générosité. La population d'une zaouïa est toujours très-mêlée, car ces sortes de couvents jouissent du droit d'asile, c'est-à-dire que les malfaiteurs y trouvent un refuge inviolable.
Nous mîmes pied à terre à l'entrée d'un couloir voûté, par lequel on arrive à la mosquée située dans une cour séparée, et nous nous assîmes dans le couloir même sur tm divan en briques recouvert de nattes, en attendant l'arrivée de Si Mohammed el Aïd que son frère avait fait prévenir. Pendant l'attente qui dura environ dix minutes, je remarquai que Si Mâammar faisait des gestes d'impatience et il s'était levé pour aller lui-même chercher son frère, lorsque celui-ci parut enfin.