‹ Le SaharaChapitre 48 sur 194 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

A on signal donné, deux cavaliers s'ébranlent et partent rapides comme le vent, en soulevant d'épais nuages de sable sur leur passage ; on les voit, dans leur course vertigineuse, se dresser sur leurs étriers, armer leurs longs fusils, les porter à Pépaule, puis, arrivés en face de Pagba, lâcher [leurs coups, disparaître un moment dans un nuage de fomée et reparaître en brandissant leurs armes, aux applaudissements frénétiques de la foule et des you! you! stridents qui partent des terrasses.

Deux autres leur succèdent, collés Fun contre l'autre : ce sont les frères ben Driss, inséparables partout, dans la fantazia aussi bien que dans le combat ; leur course est si rapide qu'ils paraissent ne former qu'un seul cavalier; leurs deux coups de fusil n'en font qu'un, et l'on ne voit qu'une arme tournoyer rapidement au-dessus du nuage qui les enveloppe. Xies you ! you ! se font entendre plus stridents et plus prolongés, le peuple applaudit longtemps avec frénésie.

Deux autres viennent ensuite, puis deux autres, puis ceux qui avaient passé les premiers qui, après avoir laissé souffler un moment leurs coursiers, sont allés reprendre place à la suite de leurs compagnons.

Ce n'est qu'au bout d'une heure que les guerriers s'arrêtent enfin, fatigués et noirs de poudre.

Alors, deux nouveaux cavaliers entrent en lice ; à leur vue l'enthousiasme du peuple est sans bornes et une clameur immense s'élève des terrasses. Ce s deux cavaliers sont l'agha Si Mohammed ben Driss, et le cheikh de Touggourt, Sr Mohammed Salah ; ils vont se placer à une grande distance, bien au delà du point d'où sont partis ceux qui les ont précédés. D'autres chefs, entraînés par leur exemple, vont prendre place derrière eux.

132 PREHIÈRB PARTIE.

A un signal donné, les denx cavaliers s'ébranlent ; ils s'avancent avec une vitesse qui ne peut être comparée qu'à celle de la foudre, le sol tremble sous le» pas de leurs coursiers et le nuage de sable fin qu'il & soulèvent reste bien loin derrière eux ; les voilà en face de nous : un éclair jaillit, une seule mais formidable détonation ébranle l'air, et déjà ils sont loin,^ bien loin, brandissant au-dessus de leurs têtes leur» armes qui étincellent au soleil.

La foule semble . prise d'un véritable délire ; ce sont des trépignements et des cris insensés ; les porteurs de tremblons se roulent jusque sous les pieds des chevaux, et ce n'est pas sans peine qu'on les empêche de se faire écraser.

Les chefs qui ont suivi l'agha et le cheikh passent à leur tour et recueillent leur part d'applaudissements.

Tels sont les exercices auxquels se livrent avec ardeur les Arabes du Sahara, et certes nos courses officielles dans lesquelles on fait courir des chevaux de parade enrubannés, agréables à la vue mais inaptes à la guerre, montés par des jockeys étiques, doivent paraître bien pâles à ceux à qui il a été donné, comme à moi, d'assister aux courses guerrières des anciens maîtres de l'Espagne.

En cela, il nous serait assurément plus profitable d'imiter les Arabes que les Anglais ; les courses auraient un attrait de plus, et les applaudissements des jolies dames qui assistent à ces fêtes du haut de leurs tribunes enguirlandées, auraient un côté plus utile s'ils s'adressaient à des cavaliers jeunes et vigoureux, habiles à manier le fusil et capables de se servir un jour, sur les champs de bataille où ils pourront être appelés pour la défense de la patrie, de

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