CHAPITRE IV
l'adresse et de l'expérience ainsi acquises dans ces <^oarses guerrières.
Après la fantasia, le cortège se reforma et l'on se dirigea sur la place du marché, où eut lieu la séparalion.
Vers midi, nous prîmes place autour d'une table abondamment et luxueusement servie. Les invités «étaient nombreux et parmi eux se distinguaient les héros de la fête, le cheikh et le cadi de Touggourt, ■ainsi qu'un chef Châambi, arrivé le matin d'Ouargla. ihe cadi d'El Oued S ouf était parti depuis deux Jours pour se rendre à son poste.) Nous ne sortîmes de table que vers 3 heures, car l'appétit avait été ^and et la conversation des plus attrayantes.
Le peuple passa toute la journée en divertissements, et jusqu'au soir l'on ne cessa d'entendre des chants et des coups de fusil^ mais je dois ajouter avec regret que l'absinthe et le kif troublèrent plus d'une cervelle, et que plus d'un vieux musulman fut ce jour-là scandalisé à la vue des ivrognes allongés tout autour de la place dans les postures les plus diverses ; très-peu de buveurs d'absinthe portent des culottes et ceux qui les regardaient en passant se trouvaient ^loublement scandalisés.
Le surlendemain, c'est-à-dire le 20, nous partîmes, vers 1 heure après midi, pour aller faire une excursion sur les bords d'un lac salé que les indigènes appellent Bahar-ed-Djadjat ou la Mer des Poules.
Nous prîmes d'abord la route de Temacin, que nous suivîmes jusqu'à l'entrée du chott Bon Yrou; à partir de là nous longeâmes la rive gauche du chott pendant un quart d'heure environ; puis, ayant ^ravi les collines au pied desquelles sont creusés les puits artésiens dont j'ai déjà parlé, nous marchâmes
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vers le Bud-est à travers une plaine sablonneuse passablement accidentée.
Après avoir parcouru une distance de 10 kilom^ environ depuis Touggourt, nous arrivâmes près du lac qu'une épaisse ceinture de grands roseaux cachait à notre vue. Ce lac, ou cette mer,! ainsi que '^Pappellent les Arabes, peut avoir 800 mètres de long sur 100 de large ; ses eaux sont claires, mais salées comme celles de la mer ; de nombreuses bandes de canards, rassurés par l'isolement du lieu, ont fait élection de domicile dans les roseaux qui Pentourent et trouvent dans ses ondes tranquilles une nourriture abondante^ car le lac est, dit-on, très-poissonneux.
Comme il faisait très-chaud ce jour-là, nous nous établîmes à Tombre des hautes touffes de tamarix qui poussent aux alentours, sur des nattes et des tapis que Pagha avait eu soin de faire apporter, et nous fîmes une sieste d'une heure environ.
Après la sieste, nous nous assîmes en cercle autour d'un chevreau r5ti, que les serviteurs avaient placé sur un lit composé de branches de tamarix et d'autres arbrisseaux, en guise de plat, et ma foi nous fîmes honneur à ce goûter; on nous servit encore différentes friandises et nous vidâmes pas mal de bouteilles. Le café ne fut pas oublié, car il serait difficile aux Arabes de s'en passer, et j'avoue que, sur ce point, je partage entièrement leurs goûts.
Après le repas, je pris mon fusil pour faire le tour du lac et essayer d'abattre quelques canards ; mais les malins volatiles étaient tenus en éveil par notre présence et je ne pus les tirer qu'à de très-grandes distances. J'en abattis un cependant, mais comme il alla tomber au milieu du lac, il me fut imp ossible de l'avoir.