‹ Le SaharaChapitre 5 sur 194 · V. Largeau · texte numérisé non relu

V. Largeau

J'ai Phonneur de soumettre à l'appréciation du public les résultats de mon premier voyage d'exploration dans les parties inconnues du Sahara, dans le bassin de l'Oued Igharghar, dans le Zemoul el Akbar et à Ehadamès.

Mais avant d'entamer la relation de ce voyage, je crois devoir faire connaître les personnes grâce à l'appui desquelles j'ai pu concevoir l'espoir de le mener à bonne fin.

Après m'être assuré de la haute protection de M. le général Chanzj, gouverneur général de l'Algérie, ce fut à M. Gustave Revilliod, le savant appréciateur de l'Orient, que je parlai le premier de mon projet d'explorer le Sahara et le Soudan au double point de vue scientifique et commercial ; c'est grâce à lui que j'ai pu obtenir l'appui si précieux de M. Bouthillier deBeaumont, président de la Société de Géographie de Genève, et des membres les plus distingués de cette société.

Ainsi ce sont les savants genevois qui, après M. le général Chanzy, ont été mes premiers patrons.

Grâce à eux, j'ai pu me présenter, en France, aux principaux membres de la Société de Géo^aphie de Paria : à il. Henri Duveyrier dont les sa^s conseils, dictés par une longue expérience et par une profonde connaissance des hommes et des choses du Sahara, m'ont été si utiles ; à M. Maunoir qui, après m'avoir franchement exposé les souifirances et les dangers qui m'attendaient dans les régions inhospitalières du Sud, n'a cessé depuis de porter le plus vif intérêt à mon entreprise, et eniin à il. Hertz, secrétaire général de la Commission de Géographie commerciale, dont l'appui moral et matériel ne m'a jamais manqué pendant les deux périodes de préparation et d'exécution de mon voyage.

Bien avant de me rendre à Paris, j*avais écrit à M. le général de Lacroix-Vaubois pour lui demander aussi son appui et ses conseils. Le général m'avait aussitôt honoré d'une répon;>e, m'assurant qu'il étadt tout disposé à map payer et à me donner tous les conseils et tous les reu;wigue mènes dont je pourrais avoir besoin. Je ne pus voir M. le général de Lacrvnx petidauc mou séjour dans îa capitale, mais il u^Vuv'.'^ a^ eu Algérie* une lettre pour Tagha de Tougg^urt* le priant de tairx' tous ce qtù sera;: hutuaittettiettî poss^Me pour racititer ui..i t^che.

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et à Ntor<* ttt;* \"ù'e uci;A.Ov Auj»i\'^ i«s's Uv'^v\:icfc:is> ^-c des sav*u:s^ et sU" uisi\> *Uv:i.<i'U3i. sOUi,^<,^*i,»it> i'.tryjL^s de^t'ïïtus îtte«i> Aïtt'.>^

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PBÉFACE. 3

modeste, Pargent que je recueillis dans cette tournée suffit à peine pour couvrir les frais du voyage.

Mais je ne perdis pas courage et, possesseur de ^000 fr. environ, je m'acheminai vers Marseille avec l'intention bien arrêtée de m'embarquer pour PAl- ^érie et d'entreprendre, à la rigueur, mon voyage Avec les moyens dont je disposais.

Arrivé dans la grande et riche cité marseillaise, je frappai inutilement à la porte de la Chambre de commerce. Cependant, grâce à la sollicitude constante de M. Hertz et aux lettres de recommandation qu'il m'avait données, je devais trouver, dans cette ville, un appui qui me fut des plus précieux.

Je suis heureux de pouvoir donner ici un témoignage de ma reconnaissance aux deux hommes éminents qui dirigent l'Ecole supérieure de commerce de Marseille : M. Eosier, directeur, et M. Bainier, sousdirecteur de cette école, me firent l'accueil le plus sympathique; ils voulurent intéresser leurs élèves à mon entreprise, et ils organisèrent, dans l'école même, une souscription qui produisit 350 fr. ; ils me présentèrent à leurs amis, me donnèrent et me firent donner plusieurs lettres qui me furent très-utiles en Algérie, et ils ne cessèrent, pendant plusieurs jours, de faire des démarches très-actives pour faire souscrire les Sociétés et les Cercles marseillais ; malheureusement ces démarches ne furent pas couronnées de succès : ils se heurtèrent contre l'indifférence générale. Cependant M. Armand, administrateur des Transports maritimes, m'honora d'une souscription ; MM. Touache et Valéry m'offrirent gracieusement de me faire profiter, à bord de leurs navires, des privilèges accordés aux employés de l'Etat.

M. Bainier, Alsacien demeuré fidèle à la Patrie

malheureuse, est l'auteur d'une Géographie commerciale très-estimée, pour laquelle il a été couronné au Congrès international des sciences géographiques de Paris; c'est assurément le meilleur ouvrage sur la matière qui ait paru jusqu'à ce jour.

Je m'embarquai pour l'Algérie le 5 novembre 1874^ à bord du Cettoîs^ commandé par M. le capitaine Blondeau, auquel M. Touache m'avait chaleureusement recommandé et dont j'ai pu apprécier la parfaite urbanité pendant le temps que dura la traversée.

A Alger, M. le général Chanzy, gouverneur général, m'accueillit avec la plus parfaite bienveillance ; . il daigna m'exposer ses vues sur le commerce du Sud; il me donna des conseils que je n'oubliai jamais et que je ne cessai d'observer pendant le cours de mon voyage; enfin^ il m'entoura de sa haute protection, sans laquelle il m'eût été impossible de m'aventurer dans l'intérieur, et il me donna des lettres me recommandant de la façon la plus expresse aux chefs les plus influents du sud de l'Algérie.

M. le commandant Aublin, chef du Bureau politique, me témoigna combien il s'intéressait à mon entreprise, en me disant qu'il se mettait à ma disposition pour tous les renseignements nouveaux dont je pourrais avoir besoin. J'aurais usé plusieurs fois des bonnes dispositions de M. le commandant Aublin, si les circonstances m'eussent permis de correspondre avec quelque facilité.

Grâce toujours à M. Hertz, je reçus encore, à Alger, l'accueil le plus sympathique de M. Paul Blanc, membre du Conseil général, qui fit pour moi les mêmes démarches que MM. Bosier et Bai nier à Marseille ; il m'honora de sa souscription et me présenta à M. Des-

solier qui, outre Pappui de son estimable journal, la Vigie algérienne^ m'a encore aidé de son argent. M. le directeur de VAkhhar voulut bien aussi me consacrer un bon article et me promettre son appui pour l'avenir.

M. Paul Blanc me conseilla d'adresser une demande de subvention au Conseil général, me promettant son appui et celui de M. le colonel Fourchault, pour qui il me donna une lettre,* mais il m'engagea à ne faire ma demande que lorsque mon voyage étant commencé, j'aurais donné des preuves que je pouvais le continuer utilement; à cette condition, il pouvait y avoir des chances de succès.

Avant de quitter Alger, et toujours sur les conseils de M. Blanc, j'allai faire une visite à M. le docteur Wamier, député à l'Assemblée nationale, qui me reçut avec la plus parfaite bienveillance, me donna sur les hommes et les choses du Sud les renseignements les plus étendus, et me promit de demander pour moi une subvention à l'Assemblée dès que les circonstances le permettraient. Ce n'est pas sans une profonde douleur que j'ai appris, en rentrant à Touggourt, la mort de cet éminent patriote.

Prenant passage à bord d'un navire de la Compagnie Valéry, qui me fit profiter des mêmes avantages que la Compagnie Touache, j^ me rendis ensuite à Philippeville, où je me présentai chez M. Toutain, sous-préfet, à qui j'étais recommandé par M. Rosier, et chez M. Teissier, président de la Chambre de commerce, pour qui j'avais une lettre de M. Gigandet, de Marseille ; l'appui de ces Messieurs me fut aussitôt acquis. Je me présentai également chez M. Walet, alors maire de Philippeville, qui me promit d'être mon interprète auprès du Conseil municipal.

M. Henri Teissier était trop malade pour convoquer immédiatement la Chambre de commerce, mais il me donna une liste des membres, en tête de laquelle il s'inscrivit, après avoir écrit quelques lignes pour engager ses collègues à suivre son exemple. Le montant de cette souscription s'éleva à 440 fr.

De son côté, le Conseil municipal vota 200 fr. Je quittai Philippeville et arrivai à Constantine le 26 novembre.

M. Brunacbe, maire de Constantine, avec qui j'étais déjà en correspondance et qui m'avait envoyé, en France, plusieurs renseignements utiles, me promit son appui auprès du Conseil municipal, qui vota 300 fr.

M. le préfet Desclozeaux m'assura que mon projet ne manquerait pas d'intéresser le Conseil général. M. le président étant alors absent, j'adressai à M. le préfet une demande officielle que me promirent d'appuyer plusieurs membres du Conseil, et entre autres M. Stanislas Mercier, président de la Commission départementale, et M. Joly de Brésilien, conseiller général. Le Conseil général du département de Constantine vota 2000 fr.

Je me présentai à l'hôtel de la division, où M. le général Liébert me reçut avec la bienveillance qui le distingue : il m'exposa aussi ses vues sur le commerce du Sud, acheva de me renseigner sur l'état du Sahara et du pays des Touareg, et me donna des conseils qui m'évitèrent bien des tâtonnements et me préservèrent de bien des dangers. Il me donna, en outre, une excellente lettre pour Si Mâammar, chef politique de la zaouïa de Temacin et frère de Si Mohammed El Aïd.

La sollicitude de M. le général Liébert ne s'arrêta

pas là, car plus tard, en rentrant de mon voyage, je trouvai à El Oued une lettre de lui me prévenant que je ne pouvais m'aventurer trop au Sud sans courir les plus grands dangers, parce que le pays des Touareg était de plus en plu? agité.

M. le colonel Fourchault, outre les renseignements qu'il me donna aussi, me promit encore d'appuyer chaleureusement la demande de subvention que je me proposais d'adresser au Conseil général d'Alger.

Encouragé par mes succès dans la province de Constantine, voyant que la saison était déjà très-avancée et voulant profiter de la réunion des Conseils généraux qui avait lieu à cette époque, je résolus d'adresser, sans plus de retard, des demandes de subventions à MM. les présidents d'Alger et d'Oran. Le résultat de ces démarches fut le suivant : vote négatif du Conseil général d'Alger, malgré les efforts de M. Paul Blanc et de M. le colonel Fourchault; allocation de 1000 fr. votée par celui d'Oran.

Je quittai Constantine le 8 décembre pour an-iver le 11 à Biskra, où je devais passer 27 jours à attendre soit des envois de fonds, soit des marchandises destinées à être offertes en cadeau aux personnages les plus influents des contrées que je devais traverser.

Je fus très-bien accueilli dans cette ville par M. Crouzet, commandant supérieur du cercle, qui déjà, dans une lettre qu'il m'avait écrite à Genève, avait bien voulu m' assurer que je pouvais compter sur lui pour tous les renseignements dont je pourrais avoir besoin, et qui s'était obligeamment offert à me procurer des guides de confiance choisis parmi les Souafa de son commandement.

Je remercie aussi M. le capitaine Lefroid, chef du bureau arabe, ainsi que le caïd Si Mohammed Serhir

ben Gana^ et tous ceux de sa famille, mais particulièrement Si Mohammed, cheikh de Sidi Okba, dont Tobligeance ne s'est jamais démentie.

Les sommes recueillies pour ce voyage s'élèvent à 7475 fr., dont il faut déduire 1000 fr. dépensés en voyages en France, en fausses démarches et en attentes inutiles, et les 1000 fr. votés par le Conseil général d'Oran que je ne pus toucher qu'à mon retour. C'est donc avec la modeste somme de 5475 fr., sur laquelle 3000 fr. au moins furent consacrés en achats d'instruments, de costumes et de cadeaux, que j'ai dû effectuer mon voyage.

On comprendra sans peine que mon outillage était très-défectueux. Je manquais notamment de moyens d'emballage et mes collections de plantes se perdirent en route; j'étais obligé de loger mes échantillons de minéralogie au fond des chouaris (paniers) dans lesquels se trouvaient les vivres et la batterie de cuisine ; comme zoologie, je dus me borner à quelques sujets peu susceptibles de se détériorer; enfin, mes moyens ne me permettant pas de payer mes chameliers à la journée, mais seulement à prix fait pour aller d'un lieu à un autre, je ne pus m'arrêter partout où j'aurais pu faire des observations ou des études intéressantes.

Je n'ai point la prétention d'offrir au public une œuvre de littérature et encore moins un livre de science, car en visant trop haut je manquerais certainement mon but. Je me borne à faire purement et simplenvent le récit de mon voyage, en m' efforçant de donner une description aussi rigoureusement exacte que possible des lieux que j'ai traversés, et en notant avec le plus grand soin tout ce qui peut être de nature à intéresser mes lecteiirs. S'il m' arrive par-

fois de faire quelques commentaires, c'est surtout dans le but de démontrer que, quel que soit le milieu dans lequel il vit, Phomme est partout l'esclave des mêmes passions et que quiconque, se croyant meilleur que son frère, se rit de ses faiblesses, obéit souvent, sans s'en douter, à des préjugés tout aussi ridicules.

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