CHAPITRE IV
— Dieu est le plus grand, lui répondis-je, et ce qu'il Teat, il le peut. »
Pendant le repas, l'agha loi expliqua que j'étais envoyé par le hakem (gouverneur) d'Alger pour décider les négociants de Rhadamès à venir faire du commerce chez nous, mais qu'en même temps les marabouts de Temacin me chargeaient de récolter des plantes, car j'étais un grand médecin, et depuis quelque temps ils étaient tous malades à la zaouïa. L'agha ajouta encore: < Il ne faudra pas t'étonner si de temps en temps tu lui vois examiner l'air et les eaux du désert, car c'est surtout lorsque les vents du sud-est soufflent que les marabouts sont malades, et il s'agit de savoir si ces vents ne traversent pas des contrées empoisonnées ; dans ce cas, il chercherait à désinfecter ces contrées. :»
L'agha dit cela par mesure de précaution, car les Châamba sont gens très-superstitieux : en me voyant faire mes observations météorologiques ou autres, ils auraient pu s'imaginer que je voulais ensorceler leur pays, et me faire un mauvais parti.
Ces paroles parurent produire sur Eabah un effet extraordinaire, car il fixa sur moi ses petits yeux et me regarda longtemps avec étonnement. Assurément, il ne s'était jamais figuré qu'il pût exister au monde un aussi grand savant, et il devait se trouver tout fier d'avoir à conduire un homme de mon importance.
Mais Tétonnement de mon guide augmenta encore lorsque, dépliant une carte de M. Henri Duveyrier, que Pagha m'avait prêtée, je lui montrai le cours supposé de l'oued Igharghar, en lui citant certains noms, tels que Bir el Achiya et Hassi Botthin, par où nous devions passer, et surtout lorsque je lui dis que nous
devions marcher dix jours sans trouver d^eau entre ce dernier puits et Ehadamès.
« — Mais comment sais-tu cela? me demanda-t-il vivement. Jusqu^à présent nous ne sommes que trois Châamba qui connaissons cette route et c'est moi qui Y ai passé le premier. Qui t'a conduit par là ?
— Personne ne m'y a conduit^ lui répondis-je ; mais ces noms sont écrits sur cette carte et je les cite.
— Oh! tu ne me feras pas croire, répliqua-t-il, qu'on peut écrire un pays sans l'avoir vu ; mais tu es libre de garder tes secrets. »
Assurément, M. Henri DuVeyrier n'avait pas passé par là ; il avait indiqué ces lieux approximativement^ à la suite des renseignements qu'il avait recueillis pendant son long et pénible voyage, de la bouche de ses guides ; mais il eût été difficile d'expliquer tout cela au brave Eabah, et je préférai le laisser dans son naïf étonnement.
L'agha ayant fait prévenir les marabouts de Temacin de la date de mon départ, ainsi que de mon intention de passer une nuit à la zaouïa, ceux-ci s'empressèrent de m'en voyer, dès le lendemain matin, les lettres qu'ils avaient préparées pour leurs amis du Sahara. Ces lettres étaient au nombre de six :
Trois de Si Mohammed el Aïd pour :
1^ El Hadj Khenoukhen et la djemâa des Azguer;
2o El Hadj Djabbour, des Azguer;
30 La djemâa de Rhadamès.
Trois de Si Mâammar pour les mêmes. Je ne donne copie que de deux de ces lettres, les autres étant conçues dans le même style. (Voir n^^ 8 et 9 de l'annexe.)
De son côté. Si Mohammed ben Driss me remit