CHAPITRE IV. m
M. le marédbal^deB-IogiB Btiiscb et de ptaëîeiirs «pains. Mon guide^ son fils Ahmed et mon servhenr Ali étaient partis en avant avec les dbameanx.
A l'extrémité du cliott Bon Yron, nons rencontrâmes Si Mâammar qni venait an-devant de nons accompagné de plnsienrs marabouts. Là eut lien la séparation, et j'avoue que ce ne fht pas sans nne vive émotion que je dis adieu à mes bons amis, au milieu desqiiels j'avais passé quatorze jours des plus agréables de ma vie. L'agba m'embrassa à plusieurs reprises et il me dit en me quittant : c Si vous vous trouvez jamais en danger, faites partir de suite un mahari, et je vous enverrai 50 cavaliers. >
A partir de ce moment je devins l'hôte de Si Mâammar, avec qui j'arrivai à la zaouYa comme le soleil disparaissait à l'occident ; mes hommes, qui avaient marché moins vite que nous, arrivaient en même temps.
Après avoir franchi l'enceinte^ on me fit entrer, à gauche, dans une cour au milieu de laquelle une grande et belle tente était dressée. Dans le fond de la tente, une pile de tapis et de coussins indiquait la place que je devais occuper; mes gens s'établirent sur des nattes étendues près de l'entrée. Au bout d'un instant on me servit d'excellent café.
Si Mâammar, qui s'était d'abord retiré, revint bientôt après pour me dire que tout ce qui était dans la zaouïa m'appartenait et que je n'avais qu'à demander pour être servi. Puis il me laissa seul de nouveau.
On apporta le souper: on me présenta d'abord une sauce aux oignons avec une poule entière ; je trouvai ce plat succulent; puis ce fut un décalitre de couscoussi recouvert d'une couche de jujubes et couronné d'un quartier de mouton ; enfin de la galette et des
orangôs. Dès que j'eus fini, deux serviteurs s'appro* chèreut, l'un portant une aiguière, l'autre un bassin en cuivre, pour me laver les mains et me rincer la bouche ; après quoi on me servit encore du café.
Pendant ce temps, mes gens attaquaient avec courage et succès le décalitre de couscoussi, auquel je n'avais réussi à faire qu'une brèche à peine apparente. En homme bien élevé, Ali mangeait avec une cuiller en bois et Ahmed eut comme une velléité de l'imiter; mais le père Eabah, en philosophe austère qui rejette avec mépris tout luxe inutile, lui envoya un regard tel^ que' le pauvre Ahmed laissa tomber Tustensile de la civilisation dont il se disposait à faire usage pour la première fois de sa vie. Satisfait de l'obéissance de son fils et- voulant lui montrer^ sans doute, combien il était plus commode de se servir de ce que nous devons à la sollicitude du Créateur, Eabah prit du couscoussi autant que sa main put en contenir, le fit sauter un instant pour en former une boule qu'il voulut introduire dans sa bouche en la chassant avec le pouce ; mais cette fois le succès ne couronna pas ses efforts ; la boule, trop grosse, se partagea à l'entrée de la bouche et acheva de s'émietter en tombant sur la barbe, à travers laquelle elle laissa de nombreux débris. Mais le vieux Châambi ne se découragea pas pour si peu : de sa main droite il secoua sa barbe dans sa main gauche, récolta ce qu'il put sur sa crasseuse gandoura, ajouta un peu de sauce pour humecter, et refit sa boule qui, moins grosse cette fois^ passa sans encombre.
De l'effrayante quantité de couscoussi et de mouton qui m'avait été apportée, il ne resta pas une miette, et j'en suis encore à me demander comment ces gens, qui restent parfois des mois entiers ne man-