‹ Le SaharaChapitre 64 sur 194 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

atteignent là une hauteur extraordinaire. A chaque pas, des lièvres partaient devant nous.

Je m'aperçus alors que le fleuve décrivait, vers Pôuest, une courbe immense ; mais je remarquai aussi que ses rives^ quoique très-accidentées et bordées de gaur^ nombreux, étaient moins élevées et surtout moins abruptes qu'à l'endroit où nous l'avions traversé.

Au bout d'une heure de marche, la végétation s'apr ' pauvrit tout à coup : le sol se montra couvert de cailloux de grès anguleux très-pointus, sur lesquels nous ne marchions qu'avec une extrême difficulté.

De 8 heures 20 à 8 heures 35, nous longeâmes une longue dune, appelée 8if Arif^ ^ qui s'étendait à

- ^ OowTj dont le singulier est garay désigne des masses de roches demeurées debout, isolées, au milieu d'un fleuve desséché ou d'une plaine de pierres décomposées, creusée par les vents. Ces gour indiquent l'ancien niveau des plaines ou des îles. Dans lés plaines usées, ils forment, le plus souvent, de longues murailles irrégulières recouvertes d'une calotte de grès fin, très-tenace, qui a résisté & la désagrégation ; cette calotte recouvre toujours des roches gypseuses : ces gour s'usent, cependant, mais lentement et par les flancs, le long desquels glissent successivement les pierres dures de la calotte. Les gour des anciens fleuves doivent, au contraire, leur existence à ce que ce sont leurs flancs qui ont résisté à l'impétuosité des courants ; ces gour s'usent maintenant par le sommet, en même temps que les plaines qui les entourent, parce que leur calotte est de même nature que ces plaines.

On donne encore, par extension, le nom de gour aux mamelons isolés d'une chaîne de collines ou de montagnes, dont les flancs ont été rendus abrupts par l'action des pluies et des vents.

^ Les dunes prennent différents noms selon la forme qu'elles affectent: une »ei*ne, oreg, est une dune longue, peu élevée, en forme de sillon; un sif, au pluriel siouf, est une dune allongée, mais assez élevée déjà et taillée en lame de sabre, forme à laquelle elle doit son nom ; un ghourdy au pluriel oughroudy est une montagne de

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une faible distance sur notre droite ; je ne tardai pas à m'apercevoir que cette dune s'élevait sur le bord même du fleuve qui, après avoir décrit sa courbe vers Pouest, se présenta devant nous à 8 heures 55.

Nous arrivâmes dans le lit desséché par une descente assez rapide, à travers des dunes peu élevées, formées du grès décomposé de ses rives. De Pendroit où nous opérâmes notre descente, je remarquai une ouverture au sud-est. Nous prîmes 40 minutes pour déjeuner, et nous continuâmes notre marche droit au sud. Cette fois, il nous fallut 50 minutes pour gagner la rive opposée.

Cette partie du fleuve ressemble à la première : le fond en est également accidenté ; les rives, dont la hauteur varie entre 50 et 100 mètres, sont souvent bordées de gcur dont les formes varient à Pinfini ; la rive sud, que nous gravîmes avec difficulté, n'est nullement sablonneuse.'

De 10 heures 25 à 11 heures, nous traversâmes une plaine de cailloux de grès qui mirent ma chaussure en lambeaux et me déchirèrent les pieds. J'aurais pu monter à chameau et mon guide m'y engageait avec instance ; mais alors comment aurais-je pu relever exactement, à l'aide de ma boussole, les nombreuses sinuosités du fleuve ? Ali et Ahmed, qui n'avaient pas les mêmes préoccupations, se dandinaient gravement entre les chouaris et j'avoue que leur quiétude me faisait envie ; mais je tins bon, malgré mes souffrances.

saUe le plas souvent de forme pyramidale, soutenue par des arêtes qui se prolongent en forme de reims: enfin on nomme xenela^ ou dune proprement dite, au pluriel zemomL une masse de i»able de forme ronde, comme une montage ordinaire.

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A 11 heures, autre descente par des dunes, dans une AÎnuosité que mon guide me dit s'appeler oued Ben ChentU. Chaque- partie du fleuve a ainsi un nom qui lui est propre, mais le nom général est celui à'Igharghar. Ici, fond mouvementé et pierreux, rives moins élevées et bordées de nombreux gour. Sortie à 11 heures Ôô pour marcher pendant un quart d'heure sur un terrain sablonneux, où la végétation est assez belle.

A midi et 10, nouvelle descente, encore par des dunes. A partir de là nous ne sortîmes du lit desséché de Fancien fleuve, qui porte en cet endroit le nom à' oued el Hachem^ que pour traverser deux grandes îles pierreuses dont la première, qui n'a pas moins de 90 kilomètres carrés, est traversée, dans toute sa longueur, par une longue veine que mon guide me dit s'appeler Areg en Ncerra. Nous allâmes camper, à 4 heures 10, à l'extrémité de la seconde île, dans un lieu à peu près dénué de végétation, quoique légèrement sablonneux.

A peine Ali eut-il étendu ma couverture que je me laissai tomber, brisé de fatigue ; mes chaussures en lambeaux étaient collées à mes pieds ensanglantés ; je me lavai avec du cognac étendu d'eau ; cela me causa d'abord une vive cuisson, qui fut bientôt remplacée par un bien-être relatif.

Nous soupâmes d'un plat de couscoussi au mouton et, comme la veille, j'additionnai en cachette mon café d'une bonne goutte de cognac ; j'en offris à Ali qui s'empressa d'accepter.

Le ciel s'était couvert de nuages sombres, le vent d'est soufflait avec violence et tourbillonnait avec des mugissements lugubres autour des gour dont le lit desséché du fleuve était parsemé ; les chameaux

«rment en tous sens avec une inquiétude visible ; c'était À peine si, de temps en temps, ils inclinaient leurs longs cous pour attraper les rares et maigres arbustes qui végètent en ces lieux maudits.

— Nous aurons peut-être de Forage, me dit mon guide; mais demain^ s'il plaît à Dieu, nous déjeunerons sur Veau et nous quitterons ces déserts de pierres.

Avec nos tdlis et nos ckouarïs^ nous formâmes une «orte de paravent, derrière lequel nous nous établîmes de notre mieux pour passer la nuit. Il ne plut pas. Dieu merci.

Le lendemain samedi 30, le thermomètre marquait, à 4 heures 35, 4^ 5' au-dessus de zéro ; le ciel était «ncore couvert à l'est, mais le vent soufflait avec moins de violence.

Comme nous nous disposions à partir Je remarquai que Rabah était chaussé de vieilles sandales dont la moitié de la semelle avait disparu, laissant ainsi ses pieds directement exposés aux pointes acérées des pierres de grès. J'en eus pitié et dis à Ali de lui donner une paire de souliers noirs, trop grands pour moi, que j'avais dû renoncer à porter en route; du reste, j'étais assez bien pourvu de ce côté. Kabah accepta ce présent avec une joie qu'il ne chercha pas à dissimuler ; mais, après m'avoir comblé de remerciements, il cacha précieusement les souliers au fond d'un vieux sac en cuir qui lui servait de malle de voyage, et continua de marcher avec les débris qu'il avait aux pieds.

Nous nous mîmes en marche à 5 heures 30, et cinq minutes après nous descendions péniblement à travers des dunes, pour marcher jusqu'à 6 heures 10 dans le lit tourmenté du fleuve. Ici, les rives abruptes, for-

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