CHAPITRE IL
fflstoire de Daoad et de Kheifra.
Voici rhistoire de Daoad, fils de Moussa et de la
belle Elheïra, fille du géant Mansour, telle qu'elle
me fut racontée par Babah ben Amera, mon guide
chftambi :
Il fut un temps, dit-il, où, dans le lit aujourd'hui
desséché de Tlgharghar, coulait à pleins bords une eau limpide et douce, mais si rapide dans sa marche vers le nord que le voyageur entendait, à plusieurs journées de distance, ses mugissements saccadés, semblables au roulement d'un tonnerre lointain, répercuté par les échos du désert.
Si le voyageur approchait du fleuve, il voyait ses flots pressés se heurter contre les îles dont ils sapaient la base depuis de longs siècles ; puis, refoulés par la puissance des roches, se retirer blancs d'écume, pour reprendre leur course avec un gargouïllement ^ qu'ils n'interrompaient que pour se heurter contre un nouvel et invLQcîble obstacle.
' Le nom d^Igliargharf donné à cet ancien fleuYe, vient du yerl)e racine ghc^ghara, qnl signifie garga/ristr on faire entendre un bruU de gargarisation; d*où ghargharanf gargouiOementj et, en langue vulgaire, ghargha/r, il a gargouilUj qui fait igharghar à la 3* personne du présent de l'indicatif.
Les îles que tu vois aujourd'hui si nues étaient alors couvertes d'épaisses forêts de roseaux gigantesques ; les deux rives, sur lesquelles aucune plante ne peut plus vivre, étaient ombragées par de grands arbres, et partout aux alentours d'immenses et vertes prairies, parsemées de bosquets de palmiers, s'étendaient comme de moelleux tapis. Le Tell n'a jamais été plus fleuri que ne le furent autrefois ces déserts arides, lorsqu'ils étaient traversés par les eaux d& l'Igharghar et rafraîchis par la rosée qui s'élevait la nuit pour retomber, le matin, en gouttes brillantes dans le ealice entr'ouvert des fleurs.
Des troupeaux, si nombreux qu'il eût été impossible de les compter, paissaient sur les deux rives ; les brebis bondissaient d'aise sur la verdure, et les gazelles venaient sans crainte mêler leurs jeux à ceux des brebis, car les pasteurs, habitués à vivre au sein de l'abondance, n'avaient pas encore eu besoin de les chasser pour se nourrir de leur chair.
Dans ce tempë-là vivaient, sur les bords du fleuve,, deux chefs redoutés dont l'inimitié et les guerres qui en furent les conséquences avaient souvent ensanglanté la plaine ; le sang de leurs guerriers s'était plus d'une fois mêlé aux flots écumeux de l'Igharghar.
Ces deux chefs étaient Moussa^ flls de Tanga, dont les tentes s'élevaient du côté de l'orient, et Mansour, fils de Tarreg, qui campait vers l'occident.
Moussa, homme droit devant Dieu, avait de nombreux amis, car sa sagesse était connue au loin ; l'on venait des pajs les plus éloignés le consulter sur les querelles qui divisaient les hommes et les peuples, et ses conseils empêchèrent bien des guerres et bien des massacres.
Cependant lui-même avait soutenu, pendant de