‹ Le SaharaChapitre 67 sur 194 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

longues aimées, une guerre acharnée contre Mansonr son Yoism ; mais Dieu, qui savait de quel côté était la justice, avait récompensé les vertus de son serviteur en lui donnant toujours la victoire.

Une sorte de trêve ayant été enfin conclue entre les deux rivaux, leurs querelles semblaient endormies à répoque où commence cette histoire.

Moussa était avancé en âge lorsque Zohra, son épouse chérie, lui donna un fils qu'il appela Daoud ; or, la barbe de Moussa était déjà blanche lorsque Daoud connnença à compter parmi les hommes.

Mais combien était grande la joie du vieux chef lorsqu'il voyait son fils, monté sur un cheval agile, s'exercer dans la prairie aux jeux de la guerre. Nul autre avant lui n'avait pu dompter l'ardent coursier qu'il avait choisi entre les plus beaux de ceux qui couraient librement dans la prairie.

Le coursier de Daoud était plus blanc que la neige qui tombe en hiver sur les montagnes du Tell, et le fils de Moussa était le premier qui eût pu diriger son ardeur, car la bouche à*El Matouq n'avait jamais connu le mors, et l'on disait qu'il/ avait attendu un maître digne de lui pour se laisser dompter.

Lors donc que le maître et le cheval s'exerçaient dans la prairie, chacun accourait pour les admirer. Ils passaient, plus rapides que le vent du sud qui amène l'orage ; rien n'était capable d'entraver leur ardeur ; les forêts les plus épaisses paraissaient s'otivrir'pour leur livrer passage, et les collines s'abaisser pour ne point ralentir leur course.

Les hommes de la guerre disaient : Dieu aime toujours ses serviteurs, car il leur destine un chef dont ils seront fiers.

Les barbes blanches disaient ensuite : Nous pou-

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vons retourner en paix vers nos pères^ puisque le fils de Moussa doit commander à nos jeunes gens. \

Et les jeunes filles disaient à leur tour: Bienheureuse sera celle qui attirera ses regards^ car il- est le roi de la beauté, de la force et de la vaillance.

Voili donc, ô Nacer, ce qui se passait chez les Oulad Sliman qui obéissaient à Moussa, fils de Tanga, et la tranquillité était parfaite chez eux.

Mansour, le chef de la* tribu rivale, était redouté au loin: de l'orient à Toccident, du sud au septentrion, son nom était devenu symbole de terreur.

Il était d'une taille ^gantesque, il égalait en hauteur les plus hauts arbres de la forêt, et il ne marchait qu'armé d'une redoutable massue taillée dans le tronc d'un palmier.

Malheur à quiconque attirait sur lui sa colère : les plaines les plus vastes, les montagnes les plus élevées, les ravins les plus profonds, les déserts les plus arides ne pouvaient le protéger contre la fureur du ifféant

Mais sa rage s'était toujours brisée contre la prudence- gjt la valeur du vieux Moussa. Un jour, les siens refusèrent de le suivre contre la tribu toujours victorieuse de son rival, et il s'était vu contraint de faire la paix avec celui qu'il n'avait pu vaincre. ^ Mais cette paix n'était pas sincère ; le géant nourrissait toujours, au fond de son cœur des projets de vengeance et il attendait, pour les exécuter, que la mort eût privé les Oulad Sliman des lumières de leur chef vénéré.

Mansour avait eu, de la triste Houbia, une fille qu'il nomma Kheïra ; or Kheïra était d'une beauté si parfaite qu'elle ne pouvait être comparée à aucune autre.

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Begwrde la lune qui brille au-dessus de nos têtes ; on dit que le visage de Elheïra était plus brillant lorsque, le ftoir, elle se montrait à Centrée de sa tente; on dit. que nulle cavale n'avait une crinière plus noire, Ifha ieiigne et plus soyeuse que sa ckevelure parfumée ; ses seins étaient deux collines jumelles couvertes dé fleurs blanches et couronnées de ceps garnis de raisins, murs ; sa taille, qui avait la souplesse du roseau, avait aussi la grâce majestueuse du palmier qui pousse librement dans la plaine ; la flûte du pasteur n'avait jamais rendu de sons plus doux que ceux qui sortaient de sa bouche lorsqu'elle parlait à ses compagnes.

£t cependant la gaîté n'avait jamais éclairé le visage de Kheïra : parfois ses longs cils voilaient son regard et des perles glissaient le long de ses joues.

La fille du géant pensait à sa mère, la triste Boubia, dont la douleur avait creusé la tombe ; elle pensait aussi aux nombreux ennemis de sa race et elle disait :

— Parmi tous ceux qui nous entourent qui donc voudra pour compagne la fllle du cruel Mansour ?

£t ses pleurs coulaient alors comme l'eau claire de la source qui s'échappe du flanc de la colline.

Dans ses accès de mélancolie la jeunOi fllle se rendait souvent, le soir, accompagnée de la seule esclave qui eût soigné son enfance, sur le bord du fleuve dont elle aimait à entendre la voix courroucée; c'était surtout lorsque la lune brillait de tout son éclat au milieu d'un ciel pur, qu'elle allait promener sa tristesse sous l'ombre épaisse que les grands arbres projetaient au loin sur la rive.

Un soir que Daoud se promenait sur la rive opposée, il aperçut une forme blanche glissant silen-

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ciensement sur Pherbe, qu'elle paraissait effleurer à peine.

Le jeune homme étonné s'arrêta pour admirer la gracieulse apparition, et il la suivit lentement du regard, se demandant si c'était bien une forme humaine, ou bien la forme vaporeuse de quelque esprit descendu du ciel, qu'il avait devant lui, car l'ombre des grands arbres donnait, à la robe blanche de la jeune fille, cette forme vague, propre aux êtres surnaturels qui descendent, la nuit, pour visiter la terre.

La fille de Mansour continuait toujoura sa promenade silencieuse, et son esclave fidèle la suivait à distance, afin de ne pas troubler sa rêverie.

Un rajon de la lune, se glissant furtivement entre les branches d'un arbre, vint tout à coup éclairer le visage de Kheïra qui parut briller dans la nuit à l'égal de l'astre lui-même. Au même instant deux larmes, suspendues à ses paupières, glissèrent sur ses joses en laissant après elles une traînée lumineuse, semblable à celles que laissent les étoiles qui se détachent, la nuit, de la voûte céleste, pour se perdre dans l'espace sans limites.

Daoud immobile contemplait toujours la céleste apparition, et son cœur battait avec force dans sa poitrine. Or, jusqu'alors, aucune femme n'avait encore attiré les regards du fils de Moussa, et l'amour n'avait jamais fait palpiter son cœur.

Bientôt la jeune fille, sortant de l'abri de verdure sous lequel elle avait promené sa tristesse, se dirigea lentement, à travers la prairie, du c5té des tentes de son peuple.

Daoud la suivit des yeux aussi longtemps qu'il put l'apercevoir ; mais un groupe de palmiers l'ayant enfin dérobée à sa vue, il voulut s'élancer sur ses traces

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