CHAPITRE n
jonrs^ car je sais bien que je ne puis être le lien qui doit unir nos peuples, mais bien plutôt un nouveau sujet de discordes et de combats sanglants.
c Le cœur de ton père est large comme la plaine sans limites , tous les sentiments généreux y ont trouvé place, et il est p rêt à chasser loin de lui les souvenirs du passé ; mais le cœur de Mansour est étroit et il est rempli par la haine.
c Fuis-moi, ô Daoud, retourne vers les tiens ; promène tes regards sur les filles de ton peuple, tu trouveras parmi elles des beautés parfaites qui te feront oublier la triste Kheïra. >
Elle dit, et elle voulut s'enfuir à travers la plaine, mais il la retint et, saisissant ses mains, il lui dit :
— Tu m'aimes, dis-tu, ô Kheïra ! tu m'aimes, et cependant tu^eux me fuir; ton cœur s'est ouvert pour moi et tu ne veux pas être ma compagne. Si ce que tu dis est vrai, pourquoi me fuis- tu ? Réponds :
€ Comment, ayant refusé d'être à celui que tu aimes, pourras-tu partager la tente de l'un de ses ennemis ? >
Elle répondit au milieu de ses pleurs :
— Je t'aime, ô Daoud ! et voici mon serment: Je le jure sur la tombe de ma mère, si je ne puis être ta compagne^ jamais aucun autre ne partagera ma couche !
Puis, se dégageant vivement de l'étreinte du jeune homme, elle bondit à travers la plaine ; il voulut la poursuivre, mais des nuages sombres voilèrent le disque de la lune et elle disparut enveloppée dans les ombres de la nuit.
Daoud rentra tout soucieux sous sa tente ; son cœur était envahi tour à tour par la joie et par la tristesse.
Kheïra l'aimait et avait juré de n'être jamais à au-
cnn autre : cette pensée le ren^plissait d'un bonheur immense ; mais Kheïra était la fille de Mansour, Pétemel ennemi de sa race : alors le bonheur de Daoud s'envolait et un sombre découragement venait remplacer la joie qui avait un moment rempli son cœur. Le lendemain matin, on vint prévenir le vieux Moussa que son fils demandait à être introduit sous sa tente.
— Qu'il entre, fit le vieillard en poussant un profond soupir.
— O père vénéré ! fit Daoud après avoir donné au vénérable auteur de ses jours le baiser du matin; j'ai vu celle dont le souvenir remplit mes jours et mes nuits; je lui ai ouvert mon cœur et elle m'a ouvert le sien: le même amour les remplit O toi dont la vie a été consacrée toute entière au bonheur de ton peuple^ voici la prière de ton fils : Choisis parmi tes innombrables troupeaux un cheval de pure race, cinq chamelles blanches, cinquante génisses et cent brebis de celles qui donnent la laine la plus fine ; choisis, dans les coffres qui renferment tes richesses^ les armes les plus belles , les colliers de corail les plus riches, les perles les plus pures^ les parfums les plus exquis ; choisis les tapis les plus estimés, les étoffes les plus recherchées ; choisis, parmi tes nombreux esclaves, les jeunes gens les mieux faits et les plus robustes; choisis ensuite parmi tes serviteurs l'ambassadeur le le plus habile et dis-lui: « Voici les présents que je te charge d'aller offrir à Mansour, le chef des Oulad Quessouha qui habitent sur l'autre rive, et en lui offrant ces présents, tu lui tiendras ce discours : O chef vaillant et redouté! assez de sang a coulé entre les Musulmans; Daoud a jeté les yeux sur ta fille, veux-tu qu'elle soit le lien qui unisse nos