‹ Le SaharaChapitre 70 sur 194 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

peuples dans l'avenir ? C'est le vœu de Moussa, fils de Tanga, mon maître. »

A ces paroles de son fils, le vieux chef baissa ses regards vers la terre et réflécliit un instant. Daoud, debout, immobile devant lui, attendait anxieux. Enfin le vieillard répondit:

— Il sera fait selon tes désirs, ô Daoud ! Mais que Dieu ait pitié de mon peuple ! car je prévois que la paix ne sera plus de longue durée et que le bonheur va bientôt déserter nos tentes.

Le lendemain, l'ambassadeur partit bien avant le lever du soleil, mais il revint vers le milieu du jour avec les présents qu'il était chargé d'offîrir.

Voici ce qu'il dit à Moussa et à son fils Daoud et aux barbes blanches réunies sous la tente du chef:

— Le géant Mansour m'a chargé de vous faire cette réponse: Dans trois jours, Kheïra aura un maître.

Le soir de ce triste jour, l'on eût pu voir encore un« ombre errer sous les grands arbres qui bordaient la rive escarpée de l'Igharghar: cette ombre, c'était Daoud qui attendait sa bien-aimée; mais il attendit en vain, la fille de Mansour ne répondit pas^ ce soir-là, à l'appel de son cœur. Des nuages sombres voilaient le ciel, et les rayons de la lune ne vinrent point dissiper les ténèbres épaisses qui couvraient la terre ; la tristesse de la nature envahit le cœur de l'infortuné Daoud, qui longtemps encore erra sur le bord du fleuve et à travers la prairie; ce fut en vain qu'il appela Kheïra, sa voix fut couverte par les mugissements des flots irrités qui coulaient à ses pieds.

Le lendemain^ les serviteurs du jeune homme attendirent en vain son réveil. Quelqu'un vint dire qu'eZ Matotiq, son cheval favori, avait disparu pendant la nuit et que l' on n'avait point trouvé aux alentours lea

traces de ses pas. On pénétra alors sous la tente de Daoud^ elle était déserte ; sa selle, s es armes n'étaient plus suspendues au-dessus de sa couche abandonnée» On chercha Nouzî, son nègre favori, mais Nouzi n'était plus dans le douar.

Qu'était devenu Daoud ? On se le de manda longtemps chez les Oulad Sliman ; le vieux Moussa l'envoya demander à tous les peuples des alentours, mais les messagers revinrent sans réponse ; il envoya d'autres messagers jusque dans les villes du Tell qui s'élèvent sur les bords de la mer^ mais toutes les recherches furent vaines.

De longs jours s'écoulèrent , puis de longues années pendant lesquelles bien de s événements s'accomplirent.

Un soir d'une chaude journée d'été, quelques pasteurs, qui faisaient provision d'eau à une faible distance du lieu où nous nous trouvons , aperçurent avec étonnement, marchant en longue file sur le bord du fleuve, une nombreuse caravane pesamment chargée. En tête, un homme d'une beauté mâle, couvert d'armes étincelantes et monté sur un cheval superbe, richement harnaché, paraissait être le chef qui commandait à la troupe; il était suivi d'un nègre de belle taille, monté lui-même sur un cheval noir dont il avait peine à contenir l'ardeur.

Le chef était Daoud, monté sur el Matouq, son cheval favori; le nègre était Nouzi , son fidèle serviteur.

Qu'était devenu le fils de Moussa pendant ses longues années d'absence?

On dit qu'après être parti, la nuit, sans même avoir reçu la b^édiction de son père, tant il redoutait le désespoir du vieillard, il s*était dirigé vers le nord ;

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qu'il avait ensuite marché vers l'Orient, en suivant les bords de 1 a mer ; puis qu'arrivé dans le pays de Gham^ il y chercha en vain la mort en combattant contre les. in fidèles, qui disputaient alors aux Musulmans la possession de ce pays ; mais Daoud ne réussit qu'à se couvrir de gloire et à conquérir les richesses «ans égales que portaient ses noinbreux chameaux.

Ne pouvant mourir^ il voulut essayer d'oublier au moins celle qui ne pouvait être à lui, et il vit briller, dans son harem, les beautés les plus parfaites de l'Orient; mais l'image de Kheïra se présentait sans cesse à son esprit, et^ au lieu de Toubli qu'il cherchait, il voyait partout, le poursuivant comme un remords, le visage attristé de son amante ; une nuit même, il lui sembla ente ndre la voix de la jeune fille lui répétant •ce serment qu'il avait oublié dans les premiers transports de son désespoir:

— Je le jure sur la tombe de ma mère, si je ne puis être ta compagne, jamais aucun autre ne partagera ma couche.

— J'ai été un lâche, se dit-il; puisque je ne pouvais la posséder par la paix, j'aurais dû m'en emparer par la guerre. 0 Kheïra ! quoi qu'il te soit advenu pendant ma trop longue et trop coupable absence, si tu es encore de ce monde, tu seras à moi, je le jure sur la tête vénérable de mon père I

Daoud commença sur-le-champ ses préparatifs de départ, et trois jours après il se mettait en marche, se dirigeant vers T Occident. Après de longs jours de fatigue, il arriva enfin sur |les bords de l'Igharghar, non loin du lieu où se dressaient autrefois les tentes de son peuple.

La caravane s'arrêta sur un signe du chef, les chameaux furent déchargés, les tentes dressées et les feux allumés pour le repas du soir.

Dès que les ombres de la nuit se furent répandue» sur la terre^ Daoud, se glissant furtivement hors de sa tente, disparut entre les palmiers dont la plaine était couverte en cet endroit. Il se dirigea vers le site fleuri où se dressaient autrefois les tentes des Oulad Sliman, dans l'espoir de respirer à son aise Tair embaumé des lieux aimés où s'était écoulée son enfance, avant de se présenter aux regards étonnés et de se livrer aux chaleureuses accolades de ceux qui, pendant de longs jours, avaient dû pleurer son absence. Et son père! oh son père! quelle n'allait pas être sa joie en voyant revenir son fils bien-aimé tout couvert de gloire et de richesses conquises dans cent combats sur les ennemis de l'Islam. Mais son père.... il était bien vieux lorsqu'il le quitta, la nuit, sans lui demander sa bénédiction. Vivait-il encore ? Et Daoud tremblait en approchant des lieux où devait reposer, à cette heure avancée, l'auteur de ses jours.

Le guerrier avançait en tremblant dans le silence de la nuit, mais ses regards interrogeaient en vain l'espace. Quoique les étoiles brillassent au ciel de tout leur éclat, il n'aperçut rien au milieu de la prairie; il écouta, mais il n'entendit que les sourds mugissements du fleuve roulant toujours ses ondes irritées sous les grands arbres qui bordaient ses rives.

Daoud erra longtemps au milieu de cette prairie déserte, fouillant les moindres arbustes dans l'espoir d'y trouver un signe, un indice, qui pût lui faire découvrir les traces de ses frères ; il appela de toutes ses forces, mais Técho même ne répondit pas à ses appels désespérés.

— Oh ! dit-il enfin, ô toiMansour. fils de Tarreg, maudit entre les hommes ! tu me diras où reposent les cendres de mon père, car ta tête n'est pas assez

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