CHAPITRE n
haut placée sur ton corps de géant pour que mon sabre ne puisse l'atteindre !
Et fou de douleur, il se dirigea en courant vers le camp des Oulad Quessouha.
Mais à peine, ayant franchi le lit de Plgharghar, se trouva-t-il sous les arbres qui bordaient la rive opposée, que la lune s'élevant radieuse au-dessus de l'horizon^ vint éclairer le site ombreux où son amante lui avait autrefois juré un étemel amour.
Ce soutenir, si cher à son cœur, suspendit la colère de Daoud et l'arrêta dans sa course ; il regarda autour de lui comme pour s'assurer qu'il n'était point le jouet d'un songe, et ayant reconnu le bosquet de lauriersroses au milieu duquel il avait attendu jadis avec tant d'anxiété la venue de la jeune fille, il s'y enfonça encore comme s'il eût espéré, dans son immense désespoir, que tout ce qui s'était passé depuis cette nuit d'angoisses, qui fut celle de sa fuite, n'était qu'un mauvais rêve.
De ce bosquet, les regards du guerrier plongèrent sous les grands arbres^ mais il ne vit rien sous leurs rameaux touffus ; il écouta, mais il n'entendit que le bruissement des feuilles, doucement remuées par la brise qui s'était levée sur le déclin du jour.
Ses regards interrogèrent ensuite la prairie .... 0 surprise ! sur le fond noir d'un groupe de palmiers, une forme blanche se détache, vague d'abord, puis distincte . . . c'est une femme, une femme au visage éblouissant de beauté . . .
Kheïra ! — Daoud !
Ces deux cris sortirent simultanément de leurs poitrines , et ils se tinrent longtemps embrassés sans qu'aucune autre parole pût s'échapper de leurs lèvres.
L'amant ^t le premier qui rompit le silence :
— O toi, dit -il, étoile de ma vie qui n'as cessé de briller à Phorîzon de mon ciel pour me ramener aux lieux aimés où s'écoula mon enfance, ô Kheïra, but unique de ma vie ! je le jure, tu seras ma compagne, et malheur cette fois, ô malheur à celui qui voudrait t'enlever à mon amour! J'ai trop souffert loin de toi, ô amante ! j'ai cherché la mort dans bien des combats sanglants, mais la mort m'a épargné. Non ! Dieu ne m'a pas protégé au milieu de tant de dangers pour prolonger ma vie dans la souffrance. Viens, non loin d'ici ma tente s'élève au milieu de celles de mes fidèles serviteurs ; je te ferai dresser, à côté de la mienne, une tente comme aucune reine d'Orient n'en a possédé pour reposer la nuit. Viens, demain, dès que l'aurore commencera à blanchir l'horizon, nous quitterons ces lieux et je te conduirai au milieu des femmes de mon peuple ,* tu seras la compagne de ma vie et la fiUe aimée de mon vieux père .... Oh! mon père! mes frères ! . . . que sont-ils devenus ?
Et Daoud, se dégageant vivement de l'étreinte de son amante, répéta encore avec un accent désespéré : Mon père ! mes frères ! . . .
Puis, sa colère dominant son amour à ce souvenir, il leva les bras vers le ciel et dit d'une voix terrible :
— J'en fais le serment, ô Dieu puissant ! je vengerai les miens jusque sur le dernier des mâles de la race maudite à laquelle appartient ma fiancée !
— Daoud ! dit la jeune fille d'une voix entrecoupée de larmes, suspends ta colère et écoute la voix de celle que tu as juré d'aimer : Moussa, fils de Tanga, est retourné vers ses pères sans que ses ennemis aient