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CHAPITRE II

ô maître de ma vie^ que quelque malheur plane sur ta tête.

Daoud prît la main de son amante et les jeunes gens s'éloignèrent rapidement vers Pouest Bientôt ils aperçurent, à une faible distance, des formes humaines qui allaient et venaient autour de masses noires, immobiles sur le bord du fleuve. C'était la caravane de Daoud ; les serviteurs n'attendaient plus que l'arrivée du maître pour se mettre en marche.

Un blanc mahari s'agenouilla pour recevoir les amants, qui se tinrent embrassés sur le dos du docile animal ; puis la caravane se disposa en longue file pour suivre la rive escarpée du fleuve.

Mais à peine le mahari, qui marchait en tête, eûtil fait quelques pas qu'il s'arrêta court, comme si un obstacle se fût dressé devant lui, et tous les chameaux qui suivaient s'arrêtèrent successivement.

A ce moment même, le voile qui couvrait le ciel se déchira vers l'orient et la lune, s'élançant au-dessus de l'horizon, vint éclairer le dénouement de cette histoire.

Debout à côté du mahari, un géant d'une taille colossale brandissait une énorme massue.

Avant que les serviteurs de Daoud eussent pu faire un pas pour voler à son secours, avant que lui-même eût eu le temps de faire un geste pour protéger sa chère KheYra, la lourde massue s'abattit sur les amants qui tombèrent écrasés sous son poids, avec le mahari qui les portait. Au même instant, une troupe féroce, s'élançant des bosquets au milieu desquels elle se tenait cachée, se précipita sur les serviteurs qui furent massacrés jusqu'au dernier.

Effrayé du crime qu'il venait de commettre, le géant

Mansour, pour en faire disparaître les traces, ordonna à ses gens de précipiter dans le lit écumeux de PIgharghar les cadavres qui gisaient sanglants sur l'herbe de la prairie. Chose singulière et effrayante : en recevant les cadavres des deux amants, les flots cessèrent de bouillonner; ils suspendirent leur course impétueuse, comme pour épargner les restes précieux qu'ils venaient de recevoir. ^

A la vue de ce prodige, Mansour s'enfuit épouvanté. On dit que, pris d'une rage subite, sa colère s'abattit sur les siens qu'il massacra jusqu'au dernier, puis il s'enfuit au milieu des forêts poursuivi par les remords. Il erra ainsi toute la nuit, poussant des hurlements tels que tout ce qui avait vie fuyait devant lui. Dans sa frénésie, il arracha tous les arbres qui faisaient autrefois l'ornement de ces prairies, et ce pays fut transformé en un vaste désert. Errant ainsi à travers la plaine, il se trouva, au lever du jour, à l'endroit où il avait commis son crime. Alors, prodige inconcevable, il aperçut, dans le lit desséché du fleuve, une longue file de chameaux pesamment chargés, mais immobiles comme la mort. En tête, sur la croupe d'un léger mahari, Mansour reconnut ses deux victimes qui se tenaient embrassées dans un baiser sans fin..

Un hurlement épouvantable s'échappa de la poitrine du géant. D'un bond, il fut près du mahari immobile et, brandissant sa lourde massue, il s'apprêta à frapper encore ceux qu'il croyait vivants devant lui ; mais l'arme ne s'abattit pas, cette fois ; elle fut arrêtée en l'air par une force invisible, et l'assassin lui-même demeura debout, pétrifié en face de ses victimes.

Et maintenant tu les vois là, dans le lit desséché

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