CHAPITRE in
pic, plus élevé que les autres, s'appelle Owm (la Mère) Bethboul. Dans la plaine comprise entre ces <denx chaînes de dunes, j'aperçus de nombreux chameaux qui broutaient avec ardeur les hautes touffes -de rfâr dont elle était couverte.
Marchant ensuite vers le nord-ouest en longeant les -dunes à' El Maguetla^ nous découvrîmes, à 9 h.^ trois tentes dressées dans un petite dépression, au pied •d'un ghourd très-élevé : c'était la nezla de mon guide, À laquelle nous arrivâmes à 9 h. 15.
Une vieille femme, qui faisait sentinelle sur une veme, nous avait aperçus; elle se précipita de loin à notre rencontre en poussant des cris tellement aigus, que je les pris d'abord pour des cris de détresse; mais Je revins démon erreur en voyant la vieille femme serrer Ahmed entre ses bras et l'embrasser à plusieurs reprises : c'était l'aïeule maternelle du jeune garçon. Aux cris de la vieille, une troupe d'enfants des deux «exes se montrèrent tout à coup, paraissant sortir de -dessous terre ; ils nous entourèrent en faisant un tel vacarme, qu'il me fut impossible de saisir aucune des nombreuses questions qui s'entre-croisaient. Deux femmes parurent à leur tour, et enfin deux têtes d'hommes se montrèrent au-dessus d'un arbrisseau, -derrière lequel ces braves gens faisaient sans doute leur sieste, que notre arrivée venait d'interrompre.
Nous nous arrêtâmes à une vingtaine de pas des tentes, et je m'assis sur le sable en attendant que, les premiers transports calmés, on déchargeât nos chameaux. Les enfants m'entourèrent et me regardèrent avec la plus vive curiosité.
Au bout d'un instant, on m'apporta, dans un vase
signifie il a dormi la poitrine contre terre^ et botil (de hala\ il a •uriné. Baihhoul se traduit donc par : U a uriné en dormamt, '
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fait avec des tresses de feuilles de palmier, qu'une épiûsse couche de crasse achevait de rendre imperméable, du lait de chamelle que je bus avec plaisir^ malgré les poils et autres corps étrangers qui surnageaient à la surface ; on me servit aussi, sur un plat en paille d'alfa, une grosse boule sirupeuse que je pris, d'abord pour du miel ; mais Ali, qui partageait mon régal, me tira d'erreur en me disant que c'étaient des dattes d'Ouargla que l'on venait de sortir d'une peau de bouc dans laquelle elles avaient fermenté; je m'armai d'un nouveau courage pour manger ces dattes^ auxquelles se trouvaient mêlés des fragments de paille et de bois, ainsi que des fourmis d'une taille remarquable et du sable en quantité. Mon estomac ne se souleva pas et j'en augurai bien pour l'avenir.
Pendant que je mangeais, les femmes se mirent à me dresser une tente, ce qui fut l'affaire de quelques minutes, car la forme des tentes arabes est aussi primitive et aussi simple que le costume et les mœurs de ceux qui les habitent; elles consistent en une longue pièce de toile imperméable, tissée avec le poil des chameaux ; on fixe les deux extrémités et l'un des côtés à des piquets enfoncés dans le sol et l'on élève le milieu au moyen de deux bâtons fourchus, reliés par une petite traverse qui supporte la toile. A cause de sa grandeur et du peu d'inclinaison de la toile, cette tente n'est jamais bien tendue ainsi; pour achever de la faire tendre, on relève ses autres parties avec des bâtons de différentes longueurs, à la volonté de celui qui rhabite. L'un des côtés de la tente reste toujours ouvert, et c'est ordinairement en face de la partie la plus élevée de cette ouverture que l'on allume le feu, pour faire cuire les aliments et pour se chauffer ; à droite et à gauche, et à peine abrités par la toile, sont
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empilés les sellea, les barnacliements, le hoia et les provisions de tonte natnre. Les tentes des Ohftamba sont toujours dressées de façon à pouvoir être ouvertes A volonté du côté du sud, si le vent souffle du nord, ou du côté du nord, si le vent souffle du *6ud ou du «ud-est. Si, par exemple, l'ouverture a été ménagée -du côté du sud et que le simoum vienne à souffler^ on arrache les piquets du côté opposé, on recule la traverse du milieu jusqu'au bord de la tente, on plante les piquets du côté du sud et l'on j fixe Ifi toile.
Outre que les tentes en poil de chameau sont imperméables, elles jouissent encore de la propriété de ne point se laisser traverser par la chalwir : elles forment donc l'abri le plus solide, le plus sain et le plus facile à transporter qui convienne à un nomade.
Ma tente une fois dressée, l'on y étendit ma couverture et l'on 7 transporta mes bagages ; je m'y installai avec d'autant plus de plaisir, qu'il faisait une chaleur excessive et qu'il était impossible de se pro- •curer d'autre ombrage dans ce désert
A peine étais-je installé que tout le personnel de la nezla vint s'asseoir en cercle à l'entrée de ma tente. Ce personnel se composait de deux familles : «elle de mon guide, comprenant sa belle-mère, vieille femme d'une soixantaine d'années ; son épouse, grande, belle et forte femme sur le retour de l'âge; un sien neveu, grand benêt de 18 à 20 ans, passablement laid et dont la physionomie était loin d'annoncer une grande dose d'intelligence; son fils aîné) Abd-er-Rahman, jeune homme de 16 à 17 ans, à mine intelligente mais sournoise ; Ahmed, celui qui nous avait accompagnés; un autre petit garçon de 8 à 10 ans, et deux mignonnes petites filles. L'autre famille se composait du mari, grand gaillard d'une
quarantaine d'années, à Pair plus que naïf; de sa. femme, assez jolie personne de 25 à 30 ans, et de leurs deux jeunes enfants, un garçon et une petite fille.
Les hommes étaient affublés d'une gandoura crasseuse, toute rapiécée et descendant à peine jusqu'à, mi-jambe, d'un court haïk en laine retenu autour de la chacbia par deux ou trois tours de corde en poil& de chameau, et d'un bernons qui avait dû servir k. trois ou quatre générations successives, car le tissu primitif avait disparu depuis longtemps pour faire place à une infinité de pièces attachées les unes aux autres par des cordes de toute nature et de toutes nuaftces; les pièces elles-mêmes variaient, suivant leur degré d'ancienneté, du blanc presque pur à la couleur bistrée que peut produire, sur un vêtement de laine, l'oubli de lavage pendant plus d'un demi> siècle. Comparés à ceux que j'avais sous les jeux, les vêtements de Rabah me parurent luxueux; il est vrai que mon guide était le chef de cette nezla.
Les femmes étaient vêtues d'une gandoura sans manches, un peu plus longue que celle des hommes^ et ouverte sur les côtés presque jusqu'à la hauteur des hanches ; ce vêtement, moins rapiécé mais non moins sale que celui des maris^ était serré autour de la taille par une large ceinture rouge. Ces dames portaient, enroulé autour de la tête^ une sorte de turban en soie ou en coton noir et rouge ; leurs cheveux noirs» épais et frisés, que le peigne n'avait jamais souillés de son contact , tombaient pêle-mêle sur des épaules dont la blancheur pouvait être dif^cilement comparée à celle de ralbttre. De leurs oreilles pendaient de largues et lourdes boucles en cuivre ou en ai^rent. d'un diamètre à peu près égal à la laxg>eur de la main
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ouverte; d^antres boucles, beaucoup plus larges et plus massives, étaient passées dans les cheveux, audessus des oreilles ; des morceaux de corail brut et des perles en verre formaient, autour de leur cou, des colliers qui retombaient jusque sur leurs seins ; des bracelets en corne, en cuivre et en argent ornaient des bras et des jambes qui, après un bon lessivage, eussent été capables de faire envie à plus d'une coquette civilisée; enfin sur leur visage aux traits réguliers et agréables, et autour de leur cou, quelques tatouages rouges et bleus, qui avaient sans doute la prétention de représenter des fleurs et des colliers ) donnaient à leur beauté un caractère sauvage tout à fait original.
Quant aux enfants, ils étaient encore plus légèrement vêtus que leurs parents; quelques-uns même étaient complètement nus ; aussi leur épiderme étaitil tellement brûlé par le soleil, qu'à la première vue on les aurait pris pour de petits négros. Tout le monde allait nu-pieds.
Je manifestai à mon guide mon intention de séjourner à sa nezla toute la journée du lendemain, afin d'écrire quelques lettres. Je lui demandai si quelqu'un consentirait à porter ces lettres à Ouargla, ville du Sahara algérien la plus rapprochée du point où je me trouvais. Il me proposa son grand neveu, qui accepta moyennant cinq douros (25 fr.).
Avant de prendre mes dispositions pour écrire, je résolus de faire à tout ce monde une petite distribution de cadeaux, espérant qu'ensuite ils me laisseraient seul à mes occupations.
Je commençai par Rabah, à qui je donnai une boîte de poudre de 500 grammes; j'en donnai de plus petites à son compagnon et à son neveu ; puis je don-
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nai AUX marifl des bracelets en corne et en faux corail, des colliers et des boucles d'oreilles pour leurs femmes; j'offris des babouches en cuir jaune à Abd-er- Babman et à Abmed ; des pétards aux petits garçons et des poupées aux petites filles. Mais il se passa alors une scène que je n'avais pas prévue : la pre' mière petite fille qui se présenta empoigna vivement la poupée, qui cria sous la pression ; aussitôt la joie de l'enfant disparut pour faire place à la firajeur; jetant la poupée, elle se sauva à toutes jambes en poussant des cris affreux. Ceux qui étaiçnt là, ne comprenant rien à la frayeur subite de l'enfant^ me regardaientavec le plus profond étonnement Comprenant combien il était urgent de les rassurer, je ramassai la poupée et j'expliquai comme je pus à mon guide ) yen renouvelant l'épreuve devant lui, comment se produisait le cri qui avait tant effrayé la petite.
£abab, qui tenait surtout à montrer sa supériorité sur ses concitoyens, leur expliqua longuement qu'il n'y avait là aucun sortilège, et que l'effet se produisait tout simplement en pressant, avec le pouce^ une petite vessie d'oiseau cachée dans le corps de la poupée.
Satisfaits de ces explicatiolis, mes Châamba ne manifestèrent plus aucune crainte, et les petites filles se familiarisèrent bien vite avec ces jouets si nouveaux pour elles.
J'éprouvais un Véritable plaisir à voir ces jeunes enfants manifester leur joie naïve à la vue de ces jouets, dont ils n'avaient certainement jamais soupçonné l'existence et qui étaient pour eux de véritables trésors; je les attirai vers moi pour leur apprendre à s'en servir et en même temps pour les faire causer, afin de juger du degré de développement de
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hure petites intelligences; mais je dus renoncer à cet i|gi4able passe-temps, lorsque je râ mon gnide lever <sa main droite «t diriger ses cinq doigts allongés dans la direction de mes yeux. Ce moarement voulait <lire: c Que mes doigts te crèvent les yeux. >
Les Arabes et particulièrement les Châamba croient/ en eiFet, que Pétranger qui s'occupe trop de leurs enfants leur jette le mauvais oàl^ c'est-à-dire qu'il leur porte malheur. Lorsque l'hôte pénètre sous la tente et que le père de famille lui présente ses enfants, il doit se contenter de dire : < Qu'ils soient bénis I > et ne plus s'en occuper autrement
Je cessai donc de jouer avec les enfants eti je me disposais à écrire mes lettres, lorsque Madame Babah, qui s'était absentée un moment avec ses compagnes, pénétra sous ma tente en me disant :
— Mon mari m'a dît que tu étais médecin ; je viens te demander un remède pour guérir les piqûres de scorpion, car ce matin encore j'ai failli être piquée en arrachant du bois.
Je sortis d'une caisse une petite fiole dans laquelle je versai quelques gouttes d'ammoniaque et j'expliquai à la brave femme la façon de s'en servir. Elle partit enchantée.
Au bout d'un instant, l'aïeule arriva toute essoufEée pour me faire la même demande. Je la satisfis comme j'avais satisfait sa fille.
Puis ce fut le tour de l'autre mère de famille. N'ayant plus de fioles vides, je versai le contenu d'une petite boîte à poudre dans nos poudrières, j'introduisis dans cette boîte quelque peu d'ammoniaque et je la fermai avec un bouchon de liège que j'ajustai de mon mieux.
Comme cette femme s'éloignait toute joyeuse, le
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grand neveu, de mon guide vint s'asseoir tout à côté de moi, pour me confier tout bas que depuis quelque temps il souffrait de fortes douleurs dans le ventre et dans la tête et qu'il se ferait tuer pour moi si je voulais le guérir.
Je compris bien vite que, du train où les choses marchaient, j'allais me voir dans Fobligation de médicamenter tous les gens delà nezla, grands et petits, et qu'il fallait essayer de couper court à cette manie.
Dans une timbale k moitié remplie d'eau, je versai une asses forte quantité de bitter de Hollande, et je dis à mon malade d'avaler d'un trait L'amertume de ce bravrage lui fit faire une grimace qui ajouta considérablement à sa laideur; ensuite, je lui plaçai sous le nea un flacon d'ammoniaque, en lui disant d'aspirer légèrement. Pour le coup, il se leva d'un bond et se mit à trépigner en poussant des huriements épouvantables.
— Penses-tu, lui dis-je apiéa que son émotion se fut un peu calmée, qu'il y ait maléfice ou maladie capable de résister à des remèdes aussi énergiques ? Si tes douleurs reviennent jamais, n'hésite pas à m"en prévenir, je te ferai respin?r quelque chose de si fort que le diable lui-même nV pourrait rés^ister. sll s'était introduit dans ta tète.
Pour le coup, mon malade se déclin radicalement guéri, et les témoins de ccîte cuje raerveîlle^ise renoncèrent à se demander plus loBurteatr^ -a^elîes maladies ils pourraient bien déclarer. T?o^ir essdkver la vertu de Baes n?mèdes^
Et pourtant, tout u*écaîî p^ts iii I.Vatocfoa du ^rand dadais uVcait pjts eaivvre cA!'3î^^fw ^^« Miiame Kab^ se présenta ok 3x^:tvxf»fc:t i IVacree «i? hjl ^ntte.
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