‹ Le SaharaChapitre 79 sur 194 · CHAPITRE lU · texte numérisé non relu

CHAPITRE lU

l^érir les piqûres de scorpion, mais il faut que ta m'en donnes un antre ponr empêcher ces vilaines bêtes d'entrer sons ma tente. J'ai payé bien cher des heurom (sing. heurz, talisman) aux marabouts d'Onargla; je les ai pendus à l'entrée de ma tente après les avoir eoosos dans des sacs en cuir, et cependant à chaque instant je trouve des scorpions sous mes tapis. Donne-moi quelque chose pour les empêcher d'entrer.

Me doutant bien que tous les heurouz que je pourrais lui écrire ne produiraient pas plus d'effet que ceux des marabouts d'Ouargla, je répondis à ma naïve hôtesse :

— Dès que tu apercevras un scorpion à l'entrée de ta tente, jette-lui au visage quelques gouttes du liquide que je t'ai donné, et tu verras comme il se dépêchera de se sauver. Celui-là ne reviendra jamais.

Et elle s'éloigna satisfaite.

Vers midi, les femmes apportèrent le couscoussi, que l'on servit dans un plat monumental en bois, monté sur un pied élevé, antiquité respectable qui avait sans doute servi aux diffa des ancêtres de mon guide. La moitié d'un mouton couronnait la pyratnide de couscoussi ; des tranches de citrouille étaient méthodiquement rangées tout autour du plat Ces citrouilles sortaient d'un jardin que mon guide me dit posséder dans la petite oasis d'El ChoU^ à une faible distance d'Ouargla.

Lorsque ces dames placèrent le plat devant moi, je me gardai bien de lever les yeux dans la crainte d'apercevoir les mains qui avaient préparé mon dîner. La seule idée que je pouvais les entrevoir en mangeant me faisait frémir ; j'attendis donc que les cuisinières se fussent éloignées pour regarder en face le produit de leurs élucubrations culinaires. La cuiller

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étant un ustensile absolument inconnu chez les nomades Ghâamba, le prévoyant Ali tira les miennes du sac où elles étaient serrées, et nous mangeâmes de bon appétit, car ce couscoussi avait un goût agréable ; mais il était mêlé à une telle quantité de sable que je l'avalai presque sans le mâcher, tant je redoutais de l'entendre crier sous mes dents. De temps en temps, je portais les lèvres à une calebasse remplie de lait de chamelle que l'on avait placée à côté de moi ; malgré les corps étrangers qui se montraient à la surface, je buvais ce lait avec d'autant plus de plaisir que, pendant plusieurs jours, je n'avais eu à boire que de l'eau plus ou moins saturée de sel et de magnésie.

Notre repas achevé, nous prîmes le café pendant que les Châamba se régalaient à leur tour.

Sachant que le couscoussi est, pour ces nomades, un plat de luxe dont ils ne se régalent que dans les grandes occasions, et ne voulant pas, pendant mon séjour parmi eux, absorber la faible provision qu'ils en pouvaient avoir, je leur dis que le lendemain je ferais A mon tour les frais du déjeuner et du dîner* Cette proposition parut leur sourire.

J^avais espéré qu*après le repas on m'aurait laissé seul, mais je fus bientôt dètn>mpê« car à l'exception du grand neveu qui était allé, me dit-^n« faire la provision d*eatt avec un chameau* tous l^ets autres^ hommes, femmes et enfants^ vinrent s*as!>ev>ùr en cercle au beau milieu de ma tente. As;^urément. j*aarais pu écrire malgré leur pné^ence. tuais il me réj»ia^ïia£t d'ouvrir devant eux ma cab^ à p-a^ùcr^ iccLs laquelle se trouvaient de* pistv>lets et atitrvî?. v^bj^e^s^c^iiî n'auraient pas manqué d'exciter leur coitxvvù^isw. %^«« pjris donc le (Karti vl'atteuvIce^ipK^ttrcv^miifceiifccer wit* vv^etj^ndance,

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qtie, la nuit venne^ chacnn se fût retiré sons sa tente pour se livrer an sommeil. Je vonlus néanmoins mettre ce temps à profit et je commençai par demander anx Châamba à quels puits ils allaient faire leur prtmsion d'eau.

Us me répondirent qu'ils allaient à un puits nommé J9ir él Aehkya (Puits du soir), situé à un quart de journée de marche dans la direction d'Ouargla, c'est-àl dire vers le nord-ouest. Nous étions là à quatre journées de marche d'Ouargla, mais on pouvait faire le trajet en trois jours avec un chameau non chargé.

Bit d Achiya est creusé dans le lit desséché de Vl^iorghar^ au pied d'un ghourd très-élevé ; l'eau, douce et abondante^ est à deux brasses de prôfondenr ; elle est un peu plus fraîche que celle de Bïr d OhannamL Ce puits est un lieu très-dangereux, parce qu'il est le rendez-vous des pillards sahariens et notamment des Touareg qui y vont attendre les caravanes. Les Châamba et les Hoggaren s' j rencontrent fréquemment, et il est assez rare que ces rencontres n'aient pas pour conséquence la mort de quelques guerriers de l'un ou de l'autre parti.

Des autres renseignements que me donna mon guide et de ceux que je recueillis plus tard sur la route d'El Oued Souf, de la bouche des Hebâïa qui m'accompagnaient, il résulte :

Que Doumaux-Dupéré, suivant également le lit desséché d'un grand fleuve aussi appelé Igharghar, était arrivé, après quatre journées de marche depuis Temacin, à un puits appelé Ain él Quadra^ c'est-àdire la Source puissante ;

Que son guide, le Châambi Mohammed bel ]^eïr bon Rouzgui, afin de s'épargner quatre journées de marche vers le sud-ouest, lui fit prendre Ain d Quadra pour Bir d Achiya ;

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Que le chamelier du voyageur, le sonfi Nacer ben Kina, voulut le prévenir de la mauvaise foi du guide, mais que Bou Rouzgui le menaça de mort s'il disait un mot;

Que de notre dernier campement dans l'Igharghar il y a trois journées de marche vers le nord-est pour aller à Aïn d Quadra^ en suivant le lit du fleuve^ et quatre journées depuis Bir él Achiya.

Ensuite de ces renseignements, après avoir comparé mes relèvements à ceux de mon infortuné prédécesseur,^ et remarqué que l'oued Igharghar exploré par lui prend, au point où il Pa quitté^ une direction sud*ouest, m'appuyant encore sur ce fait qu'en marchant quatre jours vers le sud-ouest, toujours dans le lit du fleuve, il serait arrivé à Bir d Achiya^ je déduis :

Que la dépression dans laquelle nous avions campé la veille, et que j'avais supposée être un affluent, est en réalité une bifurcation sortant de la courbe que l'ancien fleuve décrit vers l'ouest, et qu'à cet endroit ses eaux se divisaient autrefois pour aller se réunir un peu au-dessus de Haasï Bey Çalah^ au point où l'itinéraire de Dournaux-Dupéré est coupé par celui de M. Henri Duveyrier, allant d'Ouargla à El Oued Souf, et où cet émiueut voyageur signale un affluent venant du sud-ouest ; or, ce prétendu affluent ne serait autre que la branche du fleuve découverte par moi, laquelle, au point où je l'ai rencontrée, prend justement cette direction derrière les collines de Koudiat d Archem,^

Je questionnai encore ces gens sur la formation et

^ ÈuUeUn de la Société de géographie du mois d'août 18 74. * Voir la carte à la fin du volume.

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