‹ Le SaharaChapitre 80 sur 194 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

CHAPITRE in

sur la marclie des dunes dans ces contrées. Ils me répondirent que les oughroud au pied desquels nous étions campés commençaient à peine à se former lorsqu'ils étaient enfants, mais que depuis ils avaient grossi peu à peu jusqu'au point où je les voyais actuellement; ils me dirent que ces dunes n^étaient point mouvantes et qu'à leur connaissance, il n'en existait point dans le Sahara qui changeassent de place ; pour preuve de ce qu'ils me disaient, ils me ûrent remarquer quelques arbustes et des touffes d'alfa qui poussaient jusque sur le sommet des ow ghroud. Les vents d'est, me dirent-ils, et surtout ceux du sud-est, apportent beaucoup de sable, mais comme les dunes ne grossissent que peu à peu, la végétation se renouvelle au fur et à mesure et ne disparaît jamais complètement. Ils ajoutèrent qu'il pleuvait rarement dans ces contrées et qu'ils étaient restés souvent deux années sans voir tomber une goutte d'eau, mais qu'alors les orages étaient presque toujours d'une violence extrême et que la pluie tombait par torrents.

L.e neveu de mon guide revint vers le soir avec son chameau chargé de quatre peaux de bouc remplies d'eau; j'en goûtai et elle, me parut, en effet, assez douce.

Je demandai aux Châamba pourquoi, au lieu d'aller ainsi chercher de l'eau aune aussi grande distance, ils ne creusaient pas des puits dans tous les endroits où ils campent habituellement

Us me répondirent qu'outre que le creusement des puits leur donne beaucoup de peine, à cause de l'imperfection de l'outillage dont ils disposent, il survient presque toujours des éboulements qui réduisent leur travail à néant.

âUâ DIlUXliME PABTIE.

Ces bonnes gens n'ignorent sans doute pas qu^à l'aide d'un coffrage on préserve les puits des éboulementB^ 4a moins pendant de longues années; mais pour faire un coffrage solide et durable, il faut des briques, surtout lorsque le bois manque, et la fabrication des briques demande une somme de travail que les Châamba ne sont pas habitués de fournir.

En somme, quel peuple au monde peut se dire plus réellement heureux que ces nomades ? Eux seuls connaissent la vraie liberté, celle qu'aucune loi ou ordonnance ne vient entraver, car chez une nation^ l'abondance des lois, si sages et si prévoyantes qu'elles soient, n'est pas une preuve de la sagesse et de la moralité de cette nation, mais seulement une preuve qu'elle a besoin de lois.

Les nomades n'ont jamais connu la tyrannie : l'autorité appartient au chef de famille et, si plusieurs familles sont réunies, au plus ancien, qui prend alors le titre de dieUch^ c'est-à-dire vénérable. Si un tyran se montre, ils le tuent ; s'ils ne peuvent le tuer, ils le fuient.

L'espace sans limites leur appartient : il s'étend autour d'eux, de l'est à l'ouest, du nord au sud. Dès que les pâturages sont épuisés sur un point du désert, ou s'ils sont seulement poussés par un simple caprice, ils plient leurs tentes^ les chargent sur leurs chameaux les plus robustes avec leurs provisions et leurs bagages, puis ils s'en vont à l'aventure, à la recherche d'un site plus agréable et plus fertile que celui qu'ils occupaient auparavant.

Les contrées au milieu desquelles ils errent sont des plus sa1ubres;les maladies épîdémiques, qui sévissent au milieu des grandes agglomérations d'hommes, sont inconnues parmi eux.

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