CHAPITRE III
L'air qu'ils respirent est un air vierge qui n'a été pespiré par aucune autre poitrinç, qui n'a été corrompu par aucun des miasmes qui déciment en été les populations de l'Oued Eirh, qui n'a jamais été souillé par ces exhalaisons qui tendent à faire, des populations de nos grandes cités industrielles, des populations de pygmées.
La vraie richesse du nomade consiste en ses troupeaux : les chameaux lui donnent le poil qui sert à tisset sa tente, les brebis la laine avec laquelle il fabrique ses vêtements; les chamelles et les brebis lui donnent encore^ outre leur lait, qui constitue un délicieux breuvage, une chair succulente dont il se nourrit. Il possède, dans les oasis, des jardins de palmiers, qu'il fait cultiver par ses khammhs^ et il échange, contre la farine que lui apportent les gens du Tell, le superflu de ses laines et de la récolte de ses palmiers. Le nomade a peu de besoins, sa sobriété est proverbiale; grâce à cette sobriété, il arrive à un âge très-avancé et il conserve toutes ses facultés jusqu'à ce que, rassasié de vivre^ il s'endorme, au milieu de sa nombreuse famille réunie sous sa tente, du sommeil éternel.
Malheur à celui qui, chez ces peuples primitifs, manquerait de respect à une barbe blanche ; il serait chassé de la tribu et le mépris des siens le poursuivrait partout à travers les déserts, où il serait errant jusqu'à la fin de ses jours. L'homme peut vieillir sans regret dans ces contrées, car le respect et la sollicitude des jeunes gens augmentent, pour lui, à chaque poil de sa barbe qui blanchit.
C'est malheureusement le contraire qui se produit le plus souvent dans notre société civilisée, où les jeunes gens, imbus de théories subversives, cherchent
à s'affranchir, avant l'âge, de l'autorité paternelle ; où les jeunes muscadins, qui cependant ne rougissent pas d'étaler leur platitude devant des femmes galantes, se croiraient déshonorés en témoignant publiquement à un vieillard le respect qui lui est dû, et où l'on dirait que les prétendus moralisateurs du peuple ont pris à tâche de détruire la famille, en faisant l'apologie et en donnant eux-mêmes l'exemple du célibat et de tous les vices qui résultent de cet état de révolte contre toutes les lois divines et humaines. Le célibat est en mépris chez les enfants de la nature.
Le nomade est musulman ; mais en raison même de l'état d'isolement dans lequel il vit, il ne connaît aucune des subtilités au moyen desquelles des gens intéressés à celafaire dénaturent l'esprit d'une religion. Illettré le plus souvent, il ne connaît du Coran que les plus sains préceptes qu'il transmet à ses enfants. Debout dans le désert, le visage tourné vers l'Orient d'où nous viennent la lumière, la chaleur et la vie, il prie avec ferveur le Dieu unique, créateur et directeur des mondes, dont la présence et la puissance se manifestent plus particulièrement au milieu des solitudes qu'il habite.
Par leur simplicité, les croyances du nomade sont celles qui se rapprochent le plus de la Religion ; car la Eeligion plane au-dessus de toutes les religions ; elle est Une comme Dieu est Un ; les religions sont à la Eeligion ce que les dieux sont à Dieu.
Si le nomade est superstitieux, il le doit à ses rapports, si rares qu'ils soient, avec les habit-ants des villes ; là, il trouve des vendeurs des talismans qui abusent de sa simplicité. La vente des talismans se pratique dans tous les pays et ce genre de charlatanisme, toujours lucratif, grâce à l'ignorance et à la