CHAPITRE in
crédulité des masses, est malheurensement difficile à détruire. ^
On nous a longtemps induits en erreur sur les Arabes et sur la religion qu'ils pratiquent, et c'est ainsi que, chez nous, arabe est devenu synonyme de bH" gtmd^ comme musuhrian est devenu synonyme de funaix^ue.
Il y a assurément, parmi eux, de fort mauvais garnements ; mais si Ton tient compte du genre de vie des Arabes sahariens, on ne peut s'étonner que d'une chose : c'est qu'il y ait si peu de brigands parmi eux. Les quelques détrousseurs qui parcourent en ce moment le Grand-Désert sont des gens qui, ayant été obligés de quitter leur pays à la suite de l'insurrection de 1871, ont juré une haine mortelle à ceux qu'ils considèrent comme leurs tyrans. Chassés de partout, ces gens-là sont obligés d'écumer pour vivre.
L'Arabe est l'homme de la nature par excellence ; il est capricieux comme un enfant, et il agit souvent sans se rendre compte de la portée de l'acte qu'il commet. Il y a en lui un singulier mélange de grandes qualités et de défauts mesquins : ainsi tel individu qui, aujourd'hui, exposera généreusement sa vie pour son maître, n'hésitera pas à lui soustraire, demain, une bagatelle de trente sous dont il ne pourra tirer aucun parti.
Le sentiment du juste est inné chez l'Arabe tout comme chez l'enfant, et il aime la vérité ; mais comme il est très-impressionnable, très-crédule et qu'il manque de jugement, il est souvent exploité par des gredins qui, au nom de Dieu et du Prophète, le poussent à des excès qu'il ne penserait jamais à commettre s'il était dirigé par des gens honnêtes, et ce sont ces excès que l'on est accoutumé de mettre sur le compte du fanatisme.
228 DEUXIÈME PABTIE.
Je crois que, si Ton y regarde bien, le fanatisme musulman n'a jamais eu de conséquences plus déplorâbles que le fanatisme inspiré, à différentes époques de notre histoire, par les apôtres de Tultramontanisme ; mais ce n'est point ici le lieu de me livrer à un semblable examen : le Christianisme, c'est* à-dire la sublime morale enseignée par Jésus, est bien an-dessus des immoralités, des turpitudes qu'enseigne aujourd'hui publiquement la seéte détestable des Jésuites. Je dirai seulement que ceux-là sont des misérables qui, abusant ainsi de l'ignorance et de la crédulité des peuples, les poussent à s'entre-détruire, dans des luttes fratricides, au nom de Dieu et de la religion.
Vers le coucher du soleil on apporta le repas du soir qui fut en tout semblable à celui du matin y puis, ayant savouré une bonne tasse de café, chacun prit ses dispositions pour se livrer au repos.
A ma grande stupéfaction, la vieille femme s'alla coucher, avec Ahmed, dans un coin de ma tente, et le grand neveu, ayant fait un trou dans le sable en face de l'entrée, s'y installa en chien de fusil. Quant aux autres, grands et petits, ils se retirèrent sous leurs tentes respectives. Ali s'étant lui-même allongé, la tête appuyée sur une valise, j'allumai une bougie, et je me mis à écrire jusque vers minuit ; je m'enveloppai ensuite dans ma couverture et je m'endormis à mon tour, en remettant au lendemain l'achèvement de ma correspondance.
Le lundi 1er février, je fus debout au lever du jour. Je vis, à ma grande satisfaction, que le ciel était couvert. N'ayant rien à redouter des ardeurs du soleil, je m'armai de ma carabine, d'un poignard et d'un revolver, et je me mis à faire l'ascension du ghourd