CHAPITRE III
Ali d'aller, avec Abd-er-Rahman, choisir le plus gras, ce qui fut fait en un instant ; je lui demandai ensuite quelle était la valeur d'un beau mouton dans son pays, et je donnai à Eabah le double de ce qu'il me dit, c'est-à-dire 15 francs. Le Châambi loua fort ma générosité, et il ajouta que Dieu ne pouvait manquer d'augmenter le bien d'un homme aussi généreux.
Gomme Ali et Abd-er-Hahman étaient occupés à dépecer le mouton, Kabah s'approcha de moi pour me faire une question à laquelle je ne m'attendais certainement pas. Il me demanda ce que je voulais faire de toute la farine que j'emportais. Je lui répondis qu'elle servirait à nous faire des galettes pour le repas du matin.
— Je sais bien, dit-il, que c'est pour faire des galettes, mais tu en as beaucoup trop. La route est longue et difficile et je crains que les chameaux, trop chargés, ne nous laissent en route.
Décidément, ma belle farine blanche faisait envie à mon guide ! Voulant le satisfaire dans les limites du possible, je dis à Ali de prendre ce qu'il jugerait nécessaire pour le reste du voyage et de donner le surplus à Eabah. Il obéit, mais en faisant la grimace.
A 4 heures du soir, le vent soufflant avec moins de force que dans la journée, il commença de pleuvoir avec une certaine violence, et il plut jusqu'à une heure très-avancée de la nuit, ce qui n'empêcha pas mon messager de partir, monté sur un léger màharï.
Le mardi 2 février, tout le monde était debout à 5 h. du matin. Le vent soufflait toujours du nord-est avec assez de violence, mais le ciel s'était un peu éclairci ; les deux thermomètres marquaient 7 degrés et le baromètre était remonté de 745 à 746,2
Après avoir pris le café, on commença les prépara-
232 DEUXIÈME PABTIE.
tifs dn départ. On choisit dans le troupeau un fort chameau, destiné à porter mes bagages et une partie des vivres, un grand maharî pour le transport de Peau, dont nous ne prîmes là qu'une provision de deux jours, et un jeune chamelet qui se mit à bringuer de la plus belle façon lorsqu'on voulut le charger des chouaris renfermant la batterie de cuisine et les provisions dont nous pouvions avoir le plus souvent besoin, ainsi que des deux tonneaux vides que nous devions remplir au puits appelé Hassi Botthin, situé à deux journées de marche.
Gomme chamelier, Abd-er-Eahman devait remplacer Ahmed que le père jugea trop jeune pour supporter les fatigues du voyage.
A 8 heures, nous nous mîmes en marche sur le sable durci par la pluie.
A mon grand étonnement, je m'aperçus que Rabah partait sans embrasser sa femme et ses enfants, qui nous suivaient de loin en nous souhaitant un heureux voyage ; il paraissait même accélérer la marche pour ne pas entendre leurs adieux. Au bout d'un instant, nous n'entendîmes plus que la voix aiguë de l'aïeule qui nous suivait toujours, invoquant de toutes ses forces Sidi Abd-el-Kader ed Djilani, le priant d'éloigner les mauvaises gens de notre route et de nous préserver de tous les accidents. Elle nous suivit ainsi pendant plus d'un quart d'heure.
Je sus ensuite qu'un Arabe qui se met en marche pour faire un long voyage doit partir sans regarder les siens, car la vue des larmes de sa femme lui porterait malheur; il ne doit pas non plus se retourner aussi longtemps qu'il pourrait les apercevoir.
Nous dirigeant vers le sud-est, nous descendîmes, à S h. 40, dans le lit de Tlgharghar qui, après avoir