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CHAPITRE III

grand besoin pour sécher nos effets mouillés, car les deux pauvres diables de Châamba grelottaient de froid, malgré la double tasse de café qu^Ali leur avait servie.

Eabah se mit en marche en invoquant, selon sa coutume, Sidi Abd-el-Kader : « 0 Sidi Abd-el-Kader mon Maître, disait-il, préserve-nous des accidents ! éloigne les mauvaises gens de notre route ! >

A 6 h. 30, mon guide, s^approchant de moi^ me fit signe de le suivre d^un air de mystère. Je pris ma carabine en mains et le suivis en faisant le moins de bruit possible^ pensant qu'il allait me faire tuer une gazelle ou une antilope dont nous avions aperçu la piste quelques instants auparavant^ ou bien qu'il allait peut-être me montrer le fameux serpent qui change Fhomme en pierre en le regardant fixement ; enfin, je me disais que le cas était grave, car ces allures mystérieuses n'étaient pas dans les habitudes de Eabah. Lorsque nous fûmes à une cinquantaine de pas en dehors de notre direction, nous gravîmes une petite dune ronde, haute de 10 mètres environ, et là^ m'ayant montré quelques tamarix de deux mètres de hauteur qui entouraient la dune, il me dit d'un air de triomphe : t Voilà les tamarins d'Ibrahim; écris-les bien tous^ car tu n'en trouveras pas d'autres dans ces contrées. » Je comptai en effet les tamarix et je les écrivis^ au nombre de huit, selon le désir de Habah.

Nous continuâmes ensuite de marcher dans la plaine graveleuse, ayant à notre droite, à 200 m. environ, une chaîne à^oughroud hauts de 250 m. et rapprochés les uns des autres de 1000 m. en moyenne, lesquels portent le nom d' Oughroud et Tharfeian Ibrahim ; à gauche une longue vrnie^ également parallèle à

notre route, mais éloignée de 2 kilom., allait aboutir à deux grosses dunes non loin desquelles nous passâmes à 8 h.

Déjà, à 7 h., nous avions quitté la plaine de graviers pour entrer dans une antre plaine couverte de blocs de grès moucheté de rose, dont la décomposition était très-avancée ,* à 8 b. 30, nous traversâmes une dépression (Jhoud) assez profonde, dont le fond est formé de grès tellement décomposé qu'il se transformait en sable sous nos souliers ; en face, à droite, les ou^rotM^ s'éloignent pour former un demi-cercle de 3000 m. de profondeur ; à gaucbe, une autre grosse veine relie les deux dunes dont il a déjà été parlé à deux autres^ hautes de 250 m., en face desquelles nous nous trouvâmes à 11 h. 40. De même que précédemment, les otighroud de droite s'éloignent encore pour former un demi-cercle bien plus vaste que le premier et profond de 6000 m. environ. La plaine, profondément déprimée, s'appelle en cet endroit Afret ez Zimeran^^ parce que cet arbuste y pousse abondamment.

A partir du gros ghourd el Aghrah^ ou du Scorpion^ ainsi appelé parce qu'un homme, qui fut une fois piqué au pied par une de ces dangereuses bêtes, alla mourir tout près, la chaîne des oughroud de droite se continue jusqu'au soir, à une distance moyenne de 1500 m., tandis qu'à gauche une autre veine relie les grosses dunes, en face desquelles nous étions à 11 h. 40, aux oughroud elHassiBotthin^'pr^s desquels nous devions camper le soir.

A partir d'une heure, nous marchâmes à travers une abondante végétation desfâr que nourrit la plaine

* Afra (d'afarajf pousHère grise, et eimeran, nom d'une plante.

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