‹ Le SaharaChapitre 88 sur 194 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

devenue sablonneuse, et à 2 h. 15 nous entrâmes dans un labyrinthe de petites dunes et de ^otif dont la surface mouvante rendait la marche lente et difficile ; sur ces dunes poussent de hautes touffes d'alfa^ du sfâr en abondance, du henna en fleurs, ainsi que de beaux pieds de retem.

A. 3 heures^ nous marchâmes dans une petite plaine libre au milieu des dunes, et à 3 h. 25, nous fîmes halte entre deux veines, au sud et à une faible distance des oughroud, entre lesquels est creusé le puits Hassî Botthïn et à l'entrée d'une belle plaine unie qui s'étendait au loin vers le sud-est, direction que nous n'avions cessé de suivre depuis notre départ d' Oughroud et Maguetla,

CHAPITEE IV.

Une rencontre. Mon guide malade. Séjour forcé. Les chasseurs d'antilopes. El Hassi Botthin. Les dunes. La flore et la faune. La chasse dans les dunes. Le Châambi et son chameau. Kechute de mon guide. Médecin et marabout Préparatifs de départ.

Nous nous installâmes sur un point élevé, où tout en étant abrités des vents du nord par une forte vdne^ nous pouvions explorer la plaine sans être aperçus. Cette précaution est toujours bonne à prendre dans le voisinage des puits, lesquels sont les rendez-vous ordinaires des Touareg et autres pillards qui y vont attendre les caravanes et même les pasteurs nomades, dans le but de rhazer^ leurs troupeaux.

Avant de lâcher les chameaux au pâturage, mon guide prit son fusil pour explorer les alentours et pour aller reconnaître le puits dont nous étions peu éloignés. Il revint au bout d'une demi-heure nous dire qu'il avait trouvé, installés près du puits, deux chasseurs d'antilopes, le père et le fils, qu'il connaissait depuis longtemps et dont nous n'avions absolument rien à craindre.

On lâcha alors les chameaux dans les dunes, où ils

* Nous disons rhazer^ du verbe-racine rhaza^ se porter tout droit sur guelqu^un à gui on en veut ; â*où : rhazia, expédition militairef et rhezi ou rhazouj armée expéditionnaire ; par extension : bande de pillards.

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allèrent se régaler de sfàr et de Ae»na, plantes dont ils sont très-friands. Ali alluma du feu pour préparer le café^ pendant qu'Abd-er-Sahman faisait dans la plaine une grande provision d'arbustes déracinés par les vents, pour préparer le repas du soir.

Après qu'il eut pris le café, mon guide se plaignit de fortes douleurs dans la poitrine et dans les reins ; il me demanda de passer là la journée du lendemain pour se reposer et faire à notre aise notre provision d'eau, car nous ne devions plus trouver de puits jus* qu'à Rhadamès, dont nous étions encore à dix ou douze journées de marche.

Je n'eus pas de peine à constater q^ue Rabab avait un refroidissement occasionné par la pluie de la nuit précédente. Il eût été très-imprudent de continuer • notre voyage dans de pareilles conditions, car il pouvait tomber très-sérieusement malade en route ; son fils, qui faisait le voyage pour la première fois, était incapable de nous guider et je me serais trouvé fort embarrassé s'il m'eût fallu errer au hasard dans les grandes dunes dont il m'avait fait, à plusieurs reprises, une description qui n'était rien moins que rassurante. Je lui répondis donc que nous resterions là jusqu'à ce que son état lui permît de continuer le voyage sans danger.

Je lui fis allumer un grand feu, près duquel il s'installa; en attendant mieux, je lui donnai quelques pastilles adoucissantes, et j'ordonnai à Ali de préparer de suite un bon plat de tapioca dont il mangea avec beaucoup de plaisir ; cela ne l'empêcha pas de participer^ comme à l'ordinaire et dans de respectables proportions^ au plat de couscoussi. Après le repas, je lui administrai du thé bien chaud additionné d'une forte dose d'alcool de menthe de Eiqlès ; ce cordial

acheva de le ranimer. Sachant qu'il avait, dans an sac en cuir, un bernons neuf destiné à être offert en cadeau à l'un de ses amis de Bhadamès, je l'engageai à s'en vêtir pour passer la nuit, mais il s'y refusa dans la crainte de le salir. Il se contenta de faire un trou dans le sable et il s'y établit, à la façon des chiens, la tête entre les jambes ; son fils prit les mêmes dispositions ; Ali s'allongea, roulé dans sa couverture, la tête sur une valise. Quant à moi, je fis aussi un trou dans le sable^ mais j'eus soin de le remplir de sfâr sec, très- abondant aux alentours ; m'étant ensuite étendu sur mon lit improvisé, je me couvris de ma couverture pliée en quatre^ je plaçai mon revolver de façon à l'avoir à portée de ma main, je pris ma carabine dans mes bras^ puis, ayant rabattu sur mes yeux les capuchons de mes deux bernons, je ne tardai pas à m'endormir profondément, car la marche à travers les dunes m'avait passablement fatigué.

A 4 h., j'avais observé au thermomètre 13 degrés au-dessus de zéro ; la hauteur barométrique était 754,9 ; il soufflait une faible brise du nord.

Le jeudi 4 février, j'étais debout comme les premiers feux de l'aurore se montraient à l'orient. A ma grande surprise, je constatai qu'une abondante rosée était tombée pendant la nuit et qu'il en était résulté une gelée blanche assez forte.

A 5 h., le thermomètre marquait 3<> 8 au-dessous de 0; la hauteur barométrique était de 753, 7; le ciel était pur, il faisait un calme absolu.

Je courus à un petit seau que nous avions laissé plein d'eau la veille au soir pour le café du matin ; j'y mesurai une croûte de glace de 0™ 008 d'épaisseur.

A 5 h. 50, au moment où le soleil commençait à

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