‹ Le SaharaChapitre 90 sur 194 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

couvre, an printemps, de petites flenrs blanches, semblables à celles de Faabépine dont elles ont la délicieuse odeur; il forme de loin en loin de petits bosquets sur les dunes peu élevées ; le merJeh (genista Saharœ), grand arbrisseau disposé en touffes épaisses et serrées, et couvert de fleurs jaunes, se rencontre surtout dans les régions humides ; le zimeran et le haéfftidj petits arbustes épineux, préfèrent aussi les parties basses et humides, où le sable est peu épais ; le hennat ed djemal fHenophyton deserti)^ gracieux arbustes à feuilles crénelées, très-fournies, très-épaisses et d'un vert sombre, orné déjà de jolies petites fleurs violettes^ à corolles polypétales, pousse de préférence dans les plaines sablonneuses, pourvu que ses longues racines puissent plonger dans la couche de pierres qui est au-dessous ; le retem (rétama rastamj et le tamarix ont disparu ; le çbettj belle variété d'alfa, le hdma (Plantago avataj^ au feuillage argenté et denté, poussent, un peu plus loin, dans les hautes dunes qui sont à l'est. Enfin le had (comulaca monacanthaj^ arbuste épineux gonflé de suc, dont la présence indique toujours l'eau à une faible profondeur, et qui est très-goûté des chameaux, qu'il rafraîchit et engraisse, couvre les vallées profondes et humides, auxquelles il donne une teinte sombre qui les fait ressembler de loin à des fleuves impétueux roulant la masse de leurs eaux entre des murailles de granit. La faune des dunes est représentée en première ligne par V antilope oryx dont les nombreux troupeaux, qui fuient au loin devant le chasseur avec la rapidité de l'éclair, broutent les sommités de l'alfa, le sfâr, les feuilles de l'alenda et l'âzel. La femelle de l'antilope (hegra ou vache) fait deux portées dans l'année et met bas, en juin et eh décembre, un petit chaque fois.

qui 7 est représenté par de rares sujets, et, au dire des Arabes, un grand serpent noir, appelé Çàban^ de la grosseur d^un canon de fusil et long de deux mètres environ, dont la morsure engendre toujours la mort au milieu d'horribles souffrances.

Les scorpions sont de trois sortes : le scorpion noir (scorpio afer) dont la piqûre est toujours dangereuse, mortelle même dans nombre de cas ; un autre, assez ressemblant au scorpion tunisien (scorpio tunetattts)^ mais qui est sensiblement plus gros et tout tacheté de points noirs, diffère encore du premier en ce que le peigne abdominal a plus de treize dents ; on le dit pour le moins aussi dangereux que le scorpion noir ; enfin, le scorpion jaune^ dont je n'ai rencontré que de très-petits sujets et qui est bien moins dangereux que les précédents. Peut-être les petits scorpions javnes que j'ai vus et dont j'ai rapportéquelques échantillons, sont-ils des arachnides de la seconde espèce qui venaient d'éclore ? On m'a encore parlé, aussi bien dans le Sahara qu'à Rhadamès, d'un gros scorpion noir à queue traînante^ dont la plus légère piqûre donne presque immédiatement la mort. Cette espèce est si nombreuse au Bernou, m'a-t-on raconté, elle pullule tellement dans certains lieux, que des villages entiers, envahis par c^s hôtes dangereux, ont été abandonnés par leurs habitants.

Les serpents et les scorpions se rencontrent trèsrarement sur le sable et ne montent jamais sur les dunes ; ils se tiennent dans les bas-fonds pierreu x ou dans les habitations humides ; ils n'attaquent jamais l'homme et ne blessent qu'à leur corps défendant, si l'on marche dessus ou si on les presse d'une autre facoïï ; 1^ scorpion est d'autant plus à redouter dans les lieux habités, qu'il grimpe la nuit dans les lits,

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86 glisse sous les couvertures, et pique le donneur si celui-ci le presse, en dormant^ de quelque partie de son corps.

Les lézards y sont nombreux et variés, mais les deux espèces les plus communes sont: le acincus offidnalis^ qui atteint souvent la longueur de 20 centimètres et qui se fait remarquer par sa tête effilée, soudée immédiatement à un corps très-souple, terminé par une queue courte, ronde et pointue ; son dos est orné de sept ou huit raies noires, transversales; il est tout couvert de petites écailles très-lisses d'où se détache^ lorsqu'il a séjourné dans Pesprit de vin, une matière gluante très-difficile à saisir, à laquelle il doit sans doute la faculté de s'enfoncer très-rapidement dans le sable et de traverser des veines de 8 à. 10 mètres d'épaisseur avec autant de rapidité que pour franchir la même distance sur le sol. Les Arabes soiit très-Mands de la chair de ce lézard, qu'ils mabgeiit grillée et dont le goût rappelle celui de PaUguille.

L'autre espèce est le pygmea, dont la tête est sensiblement plus grosse que le corps, lequel, ordinairement d'un jaune pâle, est terminé par une longue queue, annelée chez quelques sujets, lisse chez d'autres ; ces derniers, d'une couleur plus foncée, appartiennent peut-être à une autre espèce.

J'ai encore observé, dans les dunes^ quelques insectes carnassiers ; Varachnide appelé faucheur ; quelques myriapodes de la classe des milh-piédSj le cloporte j plusieurs espèces de l'ordre des coléoptères, tels que de gros scarabées noirs, très-nombreux sur les dunes ; des coccmelles de couleurs variées ; quelques orthoptères^ tels f\}iQ\vk sauter die émigrante août les nuages épais, qui viennent peut-être du Soudan^ s'abattent dans ces déserts chaque fois que le vent

du nord vient contrarier leur vol ; ^parmilea hémipthres^ je citerai une sorte de punaise roussâtre, petite, plate et très-dure qui, après s'être attachée aux bas à l'aide de deux mandibules semblables i celles, des insectes broyeurs^ les traverse de son long suçoir et cause de vives douleurs. J'ai encore observé quelques /ourmi^ rouges^ la mouche ordinaire et un petit papillon de nvit qui ne manquait jamais de venir, le soir, se brûler les ailes à ma chandelle.

Les Châamba commencent la chasse dès la fin de janvier ou les premiers jours de février; mais la meilleure saison est celle des chaleurs.^ S'en rapportant alors, pour la garde des troupeaux, à leurs femmes et à leurs enfants, ils se dirig ent, par groupes de trois ou quatre, du côté des grandes dunes où le gibier abonde. Chaque chasseur emmène trois ou quatre chameaux qu'il charge d'une provision de dattes, de farine pour faire de la rouina^ de munitions et d'outrés pleines d'eau. Ils s'établissent ordinairement dans le voisinage d'un puits, dont ils ne s'écartent guère au delà de deux ou trois journées de marche et où chacun va, à tour de rôle, renouveler la provision d'eau.

Les Châamba ne chassent que l'antilope, la gazelle, le fenek dont la chair leur fournit un supplément de nourriture, ainsi que l'autruche lorsque l'état de leurs rapports avec les Touareg leur permet d'aller plus au sud ou bien lorsque les pluies sont venues rafraîchir la végétation des dunes. Ils ne s'occupent nullement de la préparation des peaux : ils font sécher au soleil celles qui proviennent d'animaux tués dans la première période de la chasse et ils salent, pour les vendre vertes, celles des animaux tués dans la seconde

^ Cependant les Souafa chassent de préférence en hiver.

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période. La viande se conservant, dans ces contrées, plus de 8 jours sans se corrompre, ce n^est que tous les Ô ou 6 jours qu^îls détachent quelqu^in de leur bande pour aller vendre le gibier dans Poasis la plus ~ rapprochée.

A la fin de la saison, c'est-à-dire en automne, ils chargent sur leurs chameaux les peaux provenant de leurs chasses, pour aller les vendre à Ouargla, à Touggourt, chez les M'zab^ dans le Souf et jusqu'à Bhadamès.

Sans son chameau, le Châambi, si intrépide qu'il soit, ne pourrait jamais pénétrer dans ces affi*eux déserts et, du reste, l'homme et l'animal sont bien faits pour vivre ensemble ; l'un et l'autre ne font qu'un, pour ainsi dire : ils ont les mêmes mœurs, ils sont sobres autant l'un que l'autre, méprisent également les fatigues et les dangers qu'ils ne cessent de braver dans les déserts immenses à travers lesquels ils se complaisent. ^

Ils ne pourraient exister l'un sans l'autre : les puits sont clair-semés dans le Pays de la Soif, ils sont toujours espacés de plusieurs journées de marche et l'homme ne saurait essayer de franchir seul la distance qui les sépare, sans s'exposer à une mort certaine ; il faut donc, pour cela faire, qu'il ait recours à son inséparable compagnon qui^ chargé d'outrés pleines, le transporte d'un puits à un autre ; il le récompense alors de ses services en remplissant pour lui la petite auge que sa reconnaissance entretient à côté du puits.

Dans le jour, le chameau se contente de la maigre pâture qu'il broute en marchant ; le Châambi se contente également de quelques dattes qu'il mange sans s'arrêter. Lorsque le soir, au repos, le chameau

patt à l'aise quelques touffes de sfâr^ l'Arabe se régale d'une poignée de rouina.

Pendant les grandes chaleurs de l'été, le chameau peut rester de huit à dix jours sans boire ; mais si les pluies d'hiver viennent lui donner une nourriture plus fraîche, il reste sans peine un mois et quelquefois davantage sans voir d'eau ; de même le Châambi, en temps ordinaire^ peut marcher deux longues journées sans ressentir les ardeurs de la soif.

Preuves de la sagesse infinie du Souverain Créateur de toutes choses, dont la puissance et la prévoyance se manifestent surtout au milieu des plus épouvantables déserts.

Vers les 4 heures du soir, mon guide rentra bredouille et malade ; il toussait à se rompre la poitrine et se plaignait d'un grand mal de tête. Je lui fis observer que, s'il ne profitait de notre séjour près du puits pour se reposer, tous mes soins deviendraient inutiles.

— Que veux-tu ? me répondit-il ; j'étais jaloux de voir l'autre aller à la chasse, tandis que je restais ici à me plaindre comme une vieille femme.

Je lui fis préparer du tapioca et, après souper, je lui administrai, comme la veille, de l'alcool de menthe dans une tasse de thé ; je lui donnai encore quelques pastilles pour la nuit et j'ordonnai à son fils de le frictionner longtemps avec de l'alcool camphré, sur la poitrine et entre les épaules. C'était tout ce que je pouvais faire.

Le soir, à 7 h., le baromètre descendit à 752,7 ; le thermomètre ne marquait que 4^ au-dessus de zéro \ le ciel était pur, il soufflait une faible brise d'est.

Malgré une nuit très-fraîche, mon guide se trouva beaucoup mieux, le 5 février au matin ; mais je jugeai

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