‹ Le SaharaChapitre 91 sur 194 · CHAPITRE ly · texte numérisé non relu

CHAPITRE ly

prudent d^attendre au lendemain pour nous remettre •en marche.

A 5 h., .le thermomètre était descendu à 2o au-dessous 'de zéro et le baromètre à 751,5. Le ciel était pur, il faisait un calme absolu; je remarquai une légère gelée blanche sur les arbustes, et je mesurai, dans le «eau, une croûte de glace de 0,002 m.

A 5 h. 45, comme le soleil commençait à poindre, j'observai d^ au-dessous de zéro. A 6 h. 30, le thermomètre était déjà monté à 15o,5, mais le baromètre était descendu à 750,9 ; il venait de s'élever un faible Tent du sud-ouest ; à 11 h., il remonta à 753,1, tandis ^ue le thermomètre marquait 3lo,8 ; le ciel était toujours pur, il ventait assez fortement du sud-oùest.

Vers les 6 h., le chasseur Oumer vint nous faire une visite ; le sort ne Pavait guère favorisé non plus, •car il n'avait rien tué le veille. Pour le consoler, je lui offris une tasse de café.

Comme je me promenais le long d'une dune (car il faisait froid), je l'entendis qui interrogeait mon guide.

— Quel est donc ce Sidi ? demanda-t-il.

— C'est un fa^& (savant)^ répondit fièrementEabah.

— Comment s'appelle-t-il ?

— Bouy Nacer^ et c'est aussi un grand médecin.

— Bouy Nacer (mon père Nacer), me dit Oumer en se tournant vers moi, lorsqu'un taleb rencontre un chasseur, il est d'usage qu'il lui écrive un livre pour lui porter bonheur.

Je compris alors que ce grand gaillard, qui avait pourtant l'air intelligent, était aussi simple que la pauvre femme qui m'avait demandé un remède pour empêcher les scorpions d'entrer sous sa tente, et qui voulait un heurz (talisman) dans le genre de ceux que leurs bons marabouts leur font payer si cher;

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mais comme il ne faisait pas encore assea chaad pour me mettre à écrire sur Pheure, je loi répondis qu^assuarément je lin écrirais un Uvre^ mais qne^ pour que ce livre produisît Feffet voulu, il fallait attendre que le soleil fùt plus élevé au-dessus de Thorison.

Vers les 8 11, conme le soleil commençait à nous réchauffer de ses rayons, je coupai un morceau de papier de 0,20 c de long et 0^15 de large environ, je le pliai en deux et, sur le premier recto, j'écrivis en arabe et à Tencre rouge quelques préceptes du Coran.

Je présentai ensuite le livre au chasseur, qui me pria de le lui plier bien petit. Je le pliai en huit ; puis l'ayant enveloppé dans un antre morceau de papiw, je le lui remis en lui recommandant bien de le coudre dans un petit sac en peau de gaselle, ce qu'il me promit de faire. D partit ensuite tout joyeux, en me disant :

— Je vais chasser en avant sur votre route, et si demain, lorsque vous passerez, j'ai tué une gaaelle, je te la donnerai.

Je lui répondis : c Va avec le salut ! (emchi bi es selama. >

A peine Oumer était-il parti que Rabah s'approcha aussi pour me demander un livre, mais meilleur que celui que j'avais donné à l'autre. Vrai, jusqu'alors j'avais eu meilleure opinion de mon guide.

Je me mis en devoir d'écrire pour lui un livre, à l'encre rouge, sur un joli morceau de papier vert que je déchirai de la dernière lettre que j'avais reçue, à Touggourt, de mon excellent collègue, M. Hertz, secrétaire général de la Commision de Gréographie commerciale.

Je pliai ensuite ce livre avec le plus grand soin,

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et^ afin de pronrer à mon guide tonte ma s^lUeitode, je lui reeommandai de le pla<5er dâsis im petit sac en pean d'antilope.

Vous me pardonnerez, ami lecteur, de xû^êti^e fait }e serviteur complaîdant de la superstition, car mallieureusement il n'était point en thon pouvoir de la détruire ; en me moquant de ces bonnes gens^ je lés aurais profondément blessés, sans profit, et en leur reftisant tout simplement ce qu'ils me demandaient, j'aurais passé pour un homme peu généi^uz.

Ceux-là seuls en sont responsables devant t)ieu qui profitent du caractère dont ils revêtu#poi3tf entretenir les peuples dans l'ignorance et pour expioUer ensuite cette ignorance. Ce n'est, pas seulemettt ^en Afrique que ces choses se pratiquent, mais bien: dans tous les pays, et surtout dans ceux qui n'ont pas encore secoué résolument le joug hébêtant de hi théocratie.

. On ne cesse de répéter partout: Dieu est juste! Dieu est parfait !

Si Ton croit que Dieu est juste, comment peut-on espérer se le rendre favorable en se procurant, moyennant finance, un morceau de papier sur lequel il aura plu à un autre homme d'écrire ou de faire imprimer une phrase ou une image quelconque.

Si tu croîs que Dieu est parfait, tu dois te douter qu'il lit dans ton cœur, ô mortel ! Si ton cœur est souillé par le vice, ce n'est pas en achetant des talismans que tu pourras le blanchir et le rendre agréable à Dieu ; mais si, au contraire, tu possèdes un cœur pur, tu n'as pas besoin d'autre talisman, celui-là te suffit.

L'instruction est la seule barrière que l'on puisse opposer à l'envahissement de l'ignorance et de la

■apeistitioii; Biais pour q«e nous pûnoBt fiûre profiter ees peaples das biens qu nous omk été donnés, il Huit les attirer k noii&, e^ ponr les attirer à nons, îL lant d'abord s*en fiùre des amis.

Yen le soir, Babah se troaTant beaneonp mieaXy. nons primes nos dispositions ponr partir le lendemain malin» el nons eomplêtfimes notre proTisioa d'ean.

Ce jonr-là, arant le sonper, je tîs mon gndib et son fils se laver les mains ponr la première Coia, mais ib s'jpiirent d'nne drdle de façon: ils teiatienl, dan» nn petit sean en fer, environ nn demi-litre d'eaUf ils 7 plongèrent avec préeaation leus doigts renais par lems extrémités» pnis ils les liins?fent ainsi sédier» n ne valait vraiment pas la peine de £ûre nm pareil effort et de gaspiller nn demi4itre d*eanponr arrifcr à nn anasi piètre résnltat.

A 7 lu le tbennomèire marinait- lO"^ an-demns de xéro, et le baromètre était descendn k 749,S ; le Tont sonfBait toujours du sud-ouest* mais le ciel était pnr»

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