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CHAPITRE y

le feu, juste au-dessus de la marmite, pour la débarrasser des poux dont elle était remplie.

Quoique Ali, pour raisons d^ économie, ne se lavât pas tons les jours les mains et le visage, il avait cependant des idées de propreté tout à fait inconnues chez les Ghâamba, et il estimait qu'il n^était pas nécessaire du tout qu^Abd-er-Rahman vînt encore ajouter sa vermine aux autres malpropretés que nous étions obligés de digérer tous les jours. En cela je fus complètement de son avis. Aussi, voyant que l'autre ne tenait aucun compte de ses observations, mais qu'au contraire il avait l'air de s'en rire, je saisis un bâton et je courus vers ce dégoûtant personnage, bien résolu à lui cingler les épaules ; mais il ne jugea pas prudent de m'attendre, et il se sauva, tenant à la main sa gandoura qu'il secoua ensuite tout à son aise sur du feu qu'il alla allumer plus loin.

Après souper, Rabah, voyant que je ne mettais rien dans son café, me dit qu'il n'était pas encore guéri, et pour preuve il se mit à tousser et à se plaindre de fortes douleurs dans le ventre. Je compris alors que mon gaillard avait pris goût à l'alcool de menthe et que chaque jour il ferait semblant d'être malade pour en avoir une dose, car les boissons alcooliques n'étant autorisées, chez les Musulmans, que comme remèdes, il profiterait de cette occasion pour se régaler tout à son aise d'un breuvage qui, il faut bien le reconnaître, est aussi agréable que bienfaisant. Je lui en versai quelques gouttes, mais en lui faisant observer que ma provision commençant à s'épuiser, il convenait de garder le reste pour les cas d'absolue nécessité.

Comme je prenais mes dispositions pour dormir, Ali vint me faire une confidence qui fut loin de me

réjouir : il craignait de manquer de couscoussi, et il ne nous restait plus de farine que pour quelques galettes ; c'était la conséquence forcée des deux journées perdues à Hassi Botthin. Heureusement, j'avais quelques pots, de tapioca et une assez grande provision de dattes ; faute de mieux, il faudrait bien s'en contenter.

Le mardi 9, nous fûmes debout à 4 h. 45 ; le ciel était couvert comme la veille, Iç vent soufflait toujours du sud-ouest, et le thermomètre indiquait ô degrés au-dessus de zéro.

Nous ne nous mîmes en marche qu'à 5 h. 45, parce que les chameaux étant allés assez loin chercher leur nourriture, il fallut du temps pour les réunir.

Nous nous engageâmes presque aussitôt dans la première Vallée de Helma^ et je pus me rendre compte alors que ce qui nous avait paru être des sillons régulièrement tracés en travers de la vallée, était de grosses veines, hautes de 15 à 25 m.^ dont les sommets étaient dépourvus de végétation. Entre ces veines et jusqu'à moitié de leur hauteur pousse la petite plante^ qui donne son nom à la vallée, et dont les feuilles, alors absolument sèches, avaient la couleur mate de l'argent ; lorsqu'il a plu, cette plante se couvre de feuilles dentées d'un vert tendre, beaucoup plus fortes que celles du pommier, et sur le sommet de la tige, haute de 30 centimètres environ, se développe alors un corymbe de petites fleurs à corolles polypétales rouges et jaunes. Il paraît que les chameaux qui paissent, en hiver, après une forte pluie, dans une plaine où le helma est abondant, peuvent demeurer jusqu'à ^eux mois sans boire.

^ C'est le Fagonia fruticans.

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