‹ Le SaharaChapitre 94 sur 194 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La marche était certainement plus difficile au fond de cette vallée qu'à travers les grandes dunes, car il nous fallait à tout instant monter et descendre, et s'il arrivait que le sommet d'une veine se trouvât à pic de notre côté, nous étions encore obligés de tracer un sentier pour faire passer les chameaux.

Parfois, entre deux veines très-espacées, le grès se montrait à nu dans un état de décomposition extrême «t, dans ces creux^ sa couleur variait du blanc de chaux au noir le plus foncé.

A 7 h., nous sortîmes de cette vallée pour marcher â travers les masses, ce qui était après tout moins pénible; le guide allait toujours en avant pour éclairer la route et, de temps en temps, nous le voyions paraître sur une pointe élevée, agitant son bernons pour attirer notre attention ; puis il disparaissait pour aller chercher un autre point de repère.

De 8 h. à 8 h. 35, nous traversâmes une autre petite vallée très-étroite, dont l'extrémité, de forme semicirculaire, lui a valu le nom d'JSZ Ldjemat^ c'est-àdire les Brides (du cheval). Là, nous prîmes 35 minutes pour déjeuner.

A 9 h. 45, j'aperçus à gauche, se dirigeant vers le nord et large de 1000 m. environ, une belle vallée, d'apparence très-unie ; mais je jugeai qu'elle ne devait pas aller bien loin, car je vis des masses sombreis se dessiner en avant, à une distance peu considérable.

A 10 h. 30, après avoir laissé à gauche un gros ghourd qui peut s'élever à 500 m. au-dessus des autres masses, et auquel l'on a donné le nom de ghourd et Thouil, à cause de sa forme allongée, nous entrâmes dans un enchevêtrement de ravins, d'entonnoirs, de gouffres, d'oughroud énormes qu'il est impossible de décrire ; c'est un véritable chaos, d'où

276 DEUXIÈME PABTIE.

nous eûmes tontes les peines dn monde de nous tirer.

Et cependant ces mont agnes de sable, dont quelques-unes n^ont pas moins de 1000 m. au-dessus du niveau de l'ancien sol, augmentent encore de volume ; les vents les alimentent en apportant des sables de Pest. La végétation est jeune dans cette partie du désert^ mais elle arrive bien près des sommets ; elle se compose des sujets précédemment observés, à Fexceptîon toutefois du henna^ qui a disparu depuis deux jours, et du hdma qui ne po usse que dans les vallées où le sable est peu épais.

Aipidi, nous passâmes près d'une pointe très-élevée à laquelle on a donné le nom de ghourd Ehet^ c'està-dire Camjpe^ parce que c'est là que mon guide et ses compagnons ont l'Habitude de coucher lorsqu'ils vont à Rhadamès.

De midi 25 à 1 b. 10, nous suivîmes encore une petite vallée dans le fondjde laquelle le grès est presque partout à nu en forme de petits gour de 2 à 3 m. de hauteur ; ces gour sont tantôt d'un blanc pur, tantôt d'un noir foncé, et souvent ces deux couleurs se marient dans les surfaces horizontales qui les séparent Le helma est la seule plante qui croisse au fond de cette vallée, qui porte, elle aussi, le nom d^Oued el Helma {Vallée de Hélma),

Ensuite, nous rentrâmes dans le chaos pour n'en sortir qu'à 3 h. 50, à l'entrée d'une autre petite vallée de forme semi-circulaire, appelée Oued er Râbia^ du nom de la plante qui j domine, et où nous nous arrêtâmes pour passer la nuit.

La journée avait été rude et nous étions brisés. M'étant aperçu que le sable me rongeait une paire de chaussettes en moins d'une journée et comme je

Page 1