CHAPITRE V
vrîr un jour de frais ombrages ces contrées aujourd'hui brûlées par le soleil.
Le râbia^ qui donne son nom à cette vallée, est une ^raniinée du genre sHpe. mais à balle beaucoup plus petite et i\ barbe beaucoup plus longue que le i^\ir. Cependant le helma domine partout.
De 7 b. 50 il 8 h., nous déjeunâmes prés d'une série do dunes plus élevées que les antres et appelées Outjhr'mif «*/ Herkha^ nom qui signiiîe fl/>refé, rudesse, et qui convient bien à l'aspect sauvage de ces lieux.
A î? b. 40, comme nous entrions dans un lieu appelé Kfftef es if\ir^ ou le Pintsaffe du sfdr^ parce que cette graminée s'y montre très-serrée, nous entendîmes un coup de fusil tiré à une faible distance. Surpris, nous fîmes halte et nous apprêtâmes nos armes ; mais nous fûmes bientôt rassurés en voyant le guide qui, selon son habitude, nous avait quittés pour aller en avant, se montrer sur une dune et nous faire signe d'aller vers lui. Je pensai qu'il avait entin tué une gazelle, et je ne me trompai pas. L'animal avait été atteint au défaut de l'épaule et à peine avait-il roulé sur le sable, que le chasseur s'était précipité sur lui, l'avait tourné face à l'orient et lui avait coupé la gorge en invoquant le nom de Dieu, selon les règles prescrites par le Coran :
€ Les animaux morts, le sang, la chair de porc, tout ce qui a été tué sous l'invocation d'un autre nom que celui de Dieu : les animaux sutiToqnés. assommés, tués par quelque chute ou d'un coup de corne ; ceux qui ont été entamés par un€ bête féroce, à moins que TOUS ne les ayez puritiés par une saignée : ce qui a été immolé aux autels des idoles ; tout cela vous est
S80 BSliXiàMB
A^rès «Toir dépouillé la çmselle, Bmbah FouTrit et retirm du corps de la panrre bêle, un ùlmi de demieroiasance qu'il ^plaça soignensemoit sur ime branche taiemda qn'Abd-er-Bahmaii aTail coupée, puis il retira Festomac ^ les intestins qu'il Tida sans les laver ; il entortilla le tont antoor dn £son et en fit nn gros paqnet qu'il mit dans un sac en cnir. H enrdoppa ensQÎte la gaxeUe dans sa peau et la suspendit par les pattes an bit d'an chameau:' Cette opération ne prit pas mrâis de 40 minutes, mais nous étions maintenant assurés de ne plus manquer de viande.
Nous continuâmes ensuite notre route k traTcrs le même pajs tourmenté, tournant toujours et grimpant aourent pénibl^nent sur des masses qui n avaient pas BKMns de 500 m. de hauteur au-dessus du fond de quelques ravins profonds, où le grès se montrait à nu sous f<H!me de petits gour coniques de 4 à 6 m. de
A 1 h. 15« mon guide me fit remarqua- un ghourd de forme carrée, haut de plus de^XIm^ sur le sommet plat duquel se montraient quelques vè^taux« et qu'il me dit s'appeler gkomrd ei Zem^mt^ tl Axtsxr. c'est-àdire le çkourd des plms hamtes Zhtt^ef,
A 2 h. 4CK Voira se montra en touàFes^ serrées à la place du çbéït qui disparut.
Je remarquai dans ces parafes ex a;i delà, des rognons, gros conune la moitié tiu poin^. de calcaire noir, bitumineux. polis« ^ placés par peùis las^ sur le sommet des dunes aussi bien queûans ies «répressions. Je crus d'abord qu'il s'agèsait de sàiraa^ix. cv^I3Mae les caravanes en font dans les déserts rK>:ar r>vo:inaî*ie leur route, mais Eabah m'assura qi:':! r>i: eiaiî rîeai.
• D Azx^ raa^Zxse ^ M. Brt». ji4i»rrtti^-è*a jk G-ot»* T>f ^
CHAPITRB y. 281
que ces tas de pierres noires se rencontraient dans tout le pays des grandes dunes, et que probablement c'était l'œuvre des génies, qui les plaçaient ainsi dans toutes les directions pour faire égarer les voyageurs inexpérimentés.
* L'antilope, la gazelle et le fenek pullulent dans ces parages et les fragments d'œufs d'autruches sont toujours très-nombreux sur le sable.
Nous établîmes notre bivouac, à 6 h. du soir, en un lieu appelé Oughroud d Berkhin,^ parce que les masses qui couvrent cette contrée et qui se touchent toutes par la base, sont maintenant de forme carrée avec leurs sommets aplatis. C'est une chose à remarquer que la forme des dunes varie de distance en distance.
' L'endroit où nous étions arrêtés est une petite plaine circulaire de 1500 m. de diamètre, entourée de tous côtés par ces dunes carrées, et dans laquelle je remarquai des touffes clair-semées à'aJfa et de sfar dans les parties sablonneuses, ainsi que le hdma et le had dans les endroits pierreux.
Selon notre habitude, nous prîmes d'abord le café ; puis, comme le sable s'était partout attaché aux parois de la marmite, Ali voulut la rincer^ mais Rabah qui surveillait l'emploi de l'eau avec un soin jaloux, s'y opposa vivement, en traitant mon serviteur de prodigue. Il y eut alors un moment de violente dispute et j'allais intervenir lorsque le guide, cédant enfin, tira d'un baril environ un quart de litre d'eau, qu'il donna à son adversaire en détournant la tête, tant il lui était pénible de consentir à ce qu'il appelait un gaspillage.
* Au singulier berkhj signifie littéralement : qui a U dos plat»
On fit cuire, avec le monton qui nous restait, tm morcean de la gazelle que je trouvai succulent.
Dès que la marmite fut retirée du feu, Abd-er- Rahman fit un grand trou dans le sable et le garnit de braise qu'il recouvrit d'une légère couche de cendre ; il tira ensuite du sac où on Tavait mis, le faon enveloppé de la panse et des intestins de la gazelle, ficela bien ce paquet sans le laver, le mit dans le trou, et le recouvrit de braise mêlée de cendre chaude, puis, ayant mis du sable par-dessus le tout, il vint prendre sa part du repas préparé par Ali.
Après souper le fils de Rabah retira, du trou où il cuisait, son dégoûtant rôti qui répandit aussitôt une odeur telle, que je fus obligé de changer de position pour n'en pas être incommodé ; il le partagea en deux parties égales et en remit une dans le sac malpropre d'où il Pavait tiré quelques instants auparavant ; puis il divisa l'autre en deux parts, en prit une dans ses mains dégoûtantes et vint me l'offrir sans plus de façon. Mon premier mouvement fut d'empoigner sa charogne et de la jeter au loin dans les dunes, mais je pus me contenir heureusement, et je le remerciai même assez poliment en lui disant qu'ayant mangé beaucoup de couscoussi et de chair de gazelle, il n'y avait plus place dans mon estomac pour ce qu'il m'offrait. Il n'insista pas et il se mit en dévoir de manger ce que j'avais refusé, pendant que son père mangeait l'autre morceau. Rabah me dit plus tard (dans la crainte que je ne lui en demandasse sans doute) que la moitié mise en réserve dans le sac était destinée à être offerte en présent au fils d'un de ses amis de Rhadamès, qui était très-friand de cette viande. Je pensai qu'à moins que les habitants de Rhadamès fussent aussi sales "que les Châamba, ils se garderaient bien