CHAPITRE V
de manger de leur cuisine, s'ils se doutaient de la façon dont elle est préparée.
A 7 h. 46 du soir, le thermomètre marquait 11®, le ciel était pur, il soufflait une faible brise du sud-est.
Comme mon pied m'avait fait passablement souffrir dans la journée et que Penflure allait toujours augmentant, je pris le parti de le frictionner ce soir-là avec de Palcool camphré ; j'entourai ensuite la cheville d'une compresse très-épaisse, fortement imbibée, et je me trouvai beaucoup mieux le lendemain matin ; mais comme il ne m'était pas possible de prendre le repos indispensable pour achever ma guérison, j'eus le regret de voir l'enflure revenir plus forte et là douleur augmenter chaque jour davantage.
Le jeudi 11, nous nous mîmes en marche à 6 h. du matin ; en traversant la petite vallée, large de 1200 m. environ, à l'entrée de laquelle nous avions campé la veille, je m'aperçus qu'elle se continuait du côté du nord et qu'elle paraissait même se prolonger très-loin dans cette direction.
Entre les oughroud carrés dont cette partie du désert est couverte, nous rencontrâmes, ce jour-là, plusieurs espaces libres de sable, s'étendant horizontalement sur des parcours variant entre un et deux kilomètres ; le grès qui se montre à nu dans ces espaces, est plutôt de l'albâtre poreux mêlé à une faible quantité de sable, mais dans un état de décomposition telle qu'en posant le pied sur des pierres qui ont conservé leur forme première, on enfonce tout à coup jusqu'à la cheville ; ainsi, de 8 h. 30 à 9. h., nous traversâmes un de ces espaces de forme circulaire qui a plus de 2000 m. de diamètre.
De 9 h. 10 à 9 h. 40, nous fîmes un maigre déjeuner près d'un ghourd plus élevé que les autres appelé
d Kherouf^ c'est-à-dire de V Agneau^ parce qu'on j trouva une fois un petit lerouy dont on mangea la chair. Ceci est une preuve que le lerouy^ ou mouflon h manchettes, s'égare quelquefois dans ces parages.
Nous continuâmes notre marche entre les oughroud plats^ et j'en arrivai bientôt à regretter les montées et les descentes, parce que les mille détours que nous étions obligés de faire entre ces masses, sur du sable très-fin et très-mouvant, par une chaleur excessive, nous fatiguaient énormément. A 1 h. 25, j'eus l'idée de m'arrêter un instant pour consulter mon thermomètre : il marquait cinquante-deux dégrés ! Que l'on juge de nos souffrances.
La partie du désert que nous parcourûmes depuis le ghourd d Kherouf jusqu'au soir, s'appelle El Khéït et TeskraA
A 2 h. 50, nous étouffions littéralement. Gomme le vent soufflait du sud-est, j'aperçus des nuages sombres qui se montraient au-dessus des oughroud, se dirigeant, à notre droite, vers le nord-ouest. Je venais de faire remarquer ces nuages à mes compagnons, lorsqu'un éclair sillonna la nue et un formidable coup de tonnere, presque aussitôt suivi de plusieurs autres, vint réveiller les échos endormis du désert.
Nous avions cependant bon espoir d'échapper à cet orage ; mais à 3 h. 10, le vent sautant brusquement au sud-ouest et soufflant ensuite de cette direction avec une force terrible, poussa vers nous les nuages sombres d'où sortaient le tonnerr^ et les éclairs ; à peine avions -nous eu le temps de nous couvrir d'un
* On appelle Khétt Cde khatta, tracer des raies) le petit passage que laissent entre elles les dunes qui se touchent par la base, et Teskray un gros chardon, très-aimé des chameaux, qui pousse abondamment dans ces parages.