Reichsregiment
Sigismond : ses successeurs songèrent rarement à la renouveler, se contentant d'arriver à leurs lins en suscitant des factions parmi les grands seigneurs territoriaux, alin d'écarter ainsi les demandes de réforme importunes. Après nombre de tentatives sérieuses pour établir un système représentatif capable de combattre les tendances à l'indépendance locale et de guérir les maux d'une administration divisée , un espoir si souvent déçu finit par s'éteindre. Les forces se balançaient trop également : le souverain ne pouvait étendre son contrôle personnel, pas plus que le parti de la réforme ne pouvait le contenir par un conseil de gouvernement énergique, car une pareille mesure empiétait des deux façons sur l'indépendance des Etats. Ainsi finit le premier grand effort fait par l'Allemagne vers l'unité; il nous intéresse par ses rapports avec les événements et les aspirations de notre propre temps; il nous intéresse aussi en ce (juil nous fournit la preuve la plus convaincante du déclin de l'office impérial. Les projets de réforme ne se proposaient pas, en effet, d'atteindre leur but en restituant à Maximilien l'autorité dont ses prédécesseurs avaient été investis jadis, mais en instituant une assemblée qui ent ressemblé bien plus étroitement au sénat d'un Etat fédéral qu'au conseil administratif qui entoure un monarque. Le système existant se développa de plus en plus : délivrés de la pression extérieure, les princes devinrent plus despotiques sur leurs propres domaines : des codes particuliers furent rédigés et de nouveaux systèmes d'administration
introduits; les insurrections des paysans furent réprimées avec une vigueur plus confiante en ellemême. Des ligues entre les princes et entre les villes s'étaient déjà formées ' (celle de la Souabe était une des forces les plus redoutables de l'Allemagne et souvent le plus ferme appui du monarque) ; alors, on commença à contracter avec les puissances étrangères des alliances qui acquirent une redoutable importance par suite de la rivalité que les prétentions de Charles YIII et de Louis XII de France sur le royaume de Naples et le Milanais suscitèrent entre leur maison et celle d'Autriche. Ce n'était pas un médiocre avantage d'avoir des amis au cœur du pays ennemi, tels que les intrigues françaises en trouvèrent dans l'électeur palatin et le comte de Wurtemberg.
Néanmoins ce fut aussi le moment où la nationalité allemande, se distinguant de l'Empire, commença à avoir conscience d'elle-même. Resserrée de tous les côtés, ayant perdu sans retour l'Italie, les pays slaves et la Bourgogne, la TeutsclUand apprit à se séparer de la Velschland ^ L'Empire devint le symbole d'une unité nationale plus restreinte, mais plus réelle. Ce
1. Wenceslas encouragea les ligues des villes et encourut parla la haine des nobles.
1. Les Germains, appelaient Welsches les nations étrangères, c'est-à-dire non teutoniques ; non pas apparemment toutes ces nations, mais celles-là seulement qu'ils rattachaient par quelque endroit à l'empire romain, les Kynirys de la Bretagne romaine, les Celtes romanisés de la Gaule, les Italiens, les Roumains ou Valaques de la Transylvanie et les Principautés roumaines. Il ne semble pas que, soit les Magyars, soit aucun des Esclavons, aient été désignés par un qualificatif analogue. — Dans les écrits islandais, au xm"î siècle, la France (Francia occidentalis) est appelée « Valland ».
n'est pas l'effet d'un pur hasard si, à cette date, apparaissent plusieurs modifications notables dans les formules : « Nationis Teutonicœ » (Teutscher Nation) vient s'ajouter au simple « sacrum imperium Romanum ». Le titre d' « Imperator electus », que Maximilieu obtient du pape Jules II la permission de prendre \ tandis que les Vénitiens l'empêclient d'arriver jusqu'à sa capitale, marque l'instant où l'Allemagne se sépare nettement de Rome. xVucun des empereurs suivants ne reçut sa couronne dans l'ancienne capitale (Charles-Quint fut, il est vrai, couronné par le pape en personne, mais la cérémonie eut lieu à Bologne et fut, par conséquent, d'une validité au moins douteuse); chacun d'eux prit, après son couronnement en Allemagne \ le titre d'<( empereur élu » ^ et l'employa dans tous les documents promulgués en
1. Jules II fut fort aise de l'accorder, n'ayant aucune envie devoir Maximilien pénétrer en Italie.
2. La couronne d'Allemagne était reçue à Aix-la-Chapelle, l'ancienne capitale franque, où l'on peut voir encore, dans la galerie de la basilique, le trône de marbre sur lequel, depuis Charlemagne jusqu'à Ferdinand \", furent couronnés les empereurs. C'était sur ce siège qu'Otton III avait trouvé le corps de Charles, lorsqu'il fit ouvrir sa tombe en l'an 1001. Après Ferdinand l<'\ le couronnement, ainsi que l'élection, eurent lieu à Francfort. Gœthe a décrit ceUe cérémonie dans son Wahrheit und Dichlung. Aix-la-Chapelle, bien qu'elle soit restée et soit encore, il est vrai, une ville allemande, était située sur un point trop éloigné du centre du pays pour pouvoir lui servir de capitale; elle se trouvait, de plus, dans le dangereux voisinage des Franks de l'ouest, comme les vieux Allemands entêtés s'obstinent à les appeler. Dès 13o3, nous voyous déjà l'évêque Léopold de Bamberg se plaindre que les Français se soient arrogé l'honneur du nom de Franks et s'intitulent » reges Franciœ » au lieu de « reges Franciœ occidentalis ». — Lupoldus Bebenburgensis, apud Schardium, Sylloge Tractatuum.