Voir, à l'Appendice, la note G
3. Le pape Pie VII écrivait au PremierConsul : « Carissime inChristo Fili noster lam perspecla sunt nobis tuae voluntatis studia erga
différence, sans doute, était grande entre les sentiments dans lesquels Pic VII s'adressait à son « très cher fils en Jésus-Christ », et ceux qui avaient inspiré les rapports de Hadrien I" avec le fils de Pépin; autant était étrange le contraste entre les principes qui présidaient à la politique de Napoléon et cette vision d'une théocratie qui avait flotté dans le cerveau de Charlemagne. Ni l'une ni l'autre de ces comparaisons ne fait beaucoup d'honneur aux modernes; mais on pouvait pardonner à Pie YII de se saisir avec empressement de tout ce qui devait l'aider à sortir de sa détresse, et Napoléon trouvait que le protectorat de l'Eglise fortifiait sa position en France et lui donnait plus de dignité aux yeux de la chrétienté '.
Une rapide série de triomphes n'avait plus laissé qu'un seul obstacle à l'entière reconnaissance du soldat corse comme souverain de l'Europe occidentale; c'était l'existence du vieil empire romano-gcrmanique. Napoléon avait à peine pris son nouveau titre, qu'il commença à tracer une distinction entre « la France » et « l'Empire français ». La France,
nos, ut quotiescunque ope aliqua in rébus nostris indigemus, eam a te fidenter petere non dubitare debeamus. » — Cité par -Egidi.
\. Mettons en regard des lettres de Hadrien à Charlemagne, dans le Codex Carolinus, le préambule suivant du Concordat de 1801, entre le Premier Consul et le pape (que j'emprunte au Hullariwn. Romanum), et notons les changements produits par \n\ millier d'années : « Gubernium reipublicœ [Gallica-] recoguoscil religionem Galholicam, Apostolicam, Uomanam eam esse religionem quam longe maxima pars civium Gallicœ reipublica; profitetur. Sumnuis poiililex pari modo recognoscit eamdem religionem uiaximam utilitateni maximumque decus percepisse et hoc quoque lempore prœstolari ex Catholico cultu in Gallia constituto, nec non ex peculiari ejus professione quam faciunt reipublicœ consules. »
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depuis 1792, s'était avancée jusqu'au Rhin, et, par l'annexion du Piémont, avait dépassé les Alpes; l'Empire français comprenait, outre le royaume d'Italie, une quantité d'États dépendants, Naples, la Hollande, la Suisse, et bien des principautés allemandes, alliées de la France dans le même sens que les « socii populi Romani )> étaient alliés de Rome, Lorsque la dernière des coalitions de Pitt eut été détruite à Austerlitz et que F Autriche eut fait sa soumission par la paix de Presbourg, le conquérant sentit que son heure était venue. Il avait maintenant vaincu deux empereurs, celui d'Autriche et celui de Russie, qui prétendaient représenter respectivement l'ancienne et la nouvelle Rome, et en dix-huit mois créé plus de rois que les Césars germaniques en dixhuit siècles. Il était temps, selon lui, d'en finir avec ces prétentions surannées et de réclamer pour lui seul l'héritage de cet empire d'Occident, dont les titres et les cérémonies de sa cour oiTraient une grotesque imitation ^ Après tout ce qui venait de s'accomplir, c'était une tâche facile. Les guerres et les traités précédents avaient réparti de nouveau les territoires et transformé la constitution de l'Empire germanique de telle sorte, que c'est tout au plus si l'on pouvait dire qu'il existât encore autrement que
1. Il avait des arclii-clianceliers, des archi-trésoriers et ainsi de suite. La Légion d'honueur, dont Tiniportance parut assez grande pour qu'il en fût fait mention dans le serment du couronnement, devait être dans sa pensée quelque chose comme les ordres de chevalerie du moyen âge, dont nous avons déjà indiqué les relations avec l'Empire.
do nom. Dans l'histoire de Franco, Napoléon apparaît comme le restaurateur de la paix, le reconstructeur de l'édifice social bouleversé, l'autour d'un code et d'un système administratif que les Bourbons, en le détrônant, furent heureux de pouvoir conserver. A l'étranger, il fut le véritable fils de la Révolution et ne conquit que pour détruire. Ce fut sa mission — mission dont les résultats ont été plus bienfaisants que les procédés * — de renverser en Allemagne et on Italie l'abominable système des petits États, do réveiller l'esprit du peuple, de balayer les débris d'une féodalité épuisée et de laisser le champ libre au développement des formes nouvelles et meilleures de la vie politique. Depuis 1797, où l'Autriche, à Campo-Formio, avait perfidement échangé les Pays-Bas pour la Vénétie, l'œuvre de destruction avait marché à grands pas. Tous les souverains allemands à l'ouest du Rhin avaient été dépossédés et leurs territoires incorporés à la France, pendant que le reste du pays était révolutionné par les dispositions de la paix de Lunéville et les « Indemnités » dictées par les Français à la Diète, en février 1803. De nouveaux royaumes furent érigés, des électorats créés et supprimés, les petits princes médiatisés, les villes libres occupées militairement et livrées aux potentats voisins. Plus que tout autre changement, la sécula-
1. On peut juger des sentiments de Napoléon à l'égard de l'Allemagne par ce mot qu'il prononça un jour: « Il faut dépayser l'Allemagne. » Et encore, dans une lettre à son frère Louis, il dit : « Vous devez savoir que l'annihilation de la nationalité allemande est nécessairement un des principes dirigeants de ma politique. »
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risation des terres des princes-évêques et des abbés proclama la chute de la vieille constitution, dont les principes avaient nécessité l'existence d'une aristocratie spirituelle à côté d'une aristocratie temporelle. L'empereur François II, soit qu'il présageât les événements qui se préparaient, soit qu'il voulût répondre à la prise de possession du nom impérial par Napoléon en ôtant à ce nom sa signification particulière, commença, en 1803, à se qualifier d' « Empereur héréditaire d'Autriche », tout en conservant cependant son premier titre ^ Dans l'acte suivant de ce drame, il nous est plus facile d'excuser l'ambition du conquérant étranger que la trahison intéressée des princes allemands , qui rompirent les liens d'amitié et de devoir les plus anciens pour venir ramper aux pieds de son trône. Par l'Acte de Confédération du Rhin -, signé à Paris, le 17 juillet 1806, la Bavière, le Wurtemberg-, Bade, et différents autres États, seize en tout, se retirèrent du corps et répudièrent les lois
1. Ainsi, dans les documents publiés par riCmpei'eur durant ces deux années, il s'intitule « Empereur romain élu, empereur héréditaire d'Autriche » (erwahlter Rômischer Kaiser, Erbkaiser von Oesterreich).
2. Cet Acte de Confédération du Rhin (Rheinbund) est imprimé dans les Traités de Koch (continués par Scholl), t. VIII, et dans le Corpus Juris Confœderationis Germanie^, de Meyer, t. I. 11 a toute l'apparence d'avoir été traduit du français et d'avoir été sans nul doute rédigé d'abord en cette langue. Napoléon y est appelé à un endroit : •< Der namliche Monarch, dessen Absichten sich stets mit den wahren Interessen Deutschlands ùbereinstimuiend gezeigt haben. » Le terme •< Empire romain - ne s'y trouve pas : nous n'y entendons parler que de « l'Empire allemand », du « Corps des États allemands " (StaatskiJrper). et ainsi de suite. Cette confédération du Rhin comprit définitivement tous les États de l'Allemagne, à l'exception de l'Autriche, de la Prusse, de l'Électorat de Hesse, et du Brunswick.
de l'Empire, tandis que, le 1"' août, l'ambassadeur français à Ratisbonne annonçait à la Diète que son maître, qui consentait à devenir le protecteur des princes confédérés, ne reconnaissait plus désormais l'existence de l'Empire. François 11 résolut sur-lechamp de prévenir ce nouvel Odoacre, et, par une déclaration en date du 6 août 1806', il abdiqua l'autorité impériale. 11 expose dans cet instrument que, jugeant impossible dans les circonstances gravement modifiées où il se trouve de remplir les obligations que lui impose sa capitulation, il considère comme dissous les liens qui l'attachaient au Corps g-ermanique, relève de leur allégeance les Etats qui le formaient et se confine dans le gouvernement de ses domaines héréditaires sous le titre d' « Empereur d'Autriclie ». Le terme « Empire allemand » (Deutsches Reich) y est employé d'un bout à l'autre. Mais c'était la couronne d'Aug'uste, de Constantin, de Charlemagne, de Maximilien que déposait François de llapsbourg-, et la chute de sa plus vénérable institution ouvrait une ère nouvelle dans l'histoire du monde. Mille six ans après le couronnement du roi frank par le pape Léon, dix-huit cent cinquantehuit ans après que César en avait jeté les fondements
1. Histoire des Traités, t. VIII. On trouvera l'original clans Corpus Juris Confœderationis Germanicœ. t. I, p. 70. C'est, un document Tort peu remarquable, excepté en ce qu'il oITre une amusante ressemblance avec les ternies de la circulaire par laquelle un négociant, annonçant sa séparation d'avec un ancien associé, sollicite et espère par ses soins assidus mériter que ses pratiques voudront bien continuer leur patronage à ses affaires, qui se poursuivront dorénavant sous la raison sociale, etc.. etc.
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à Pliarsale, le Saint Empire romain venait de finir. Il y eut un temps où cet événement aurait été regardé comme le signe que le monde touchait à son dernier jour. Mais dans le tourbillon et dans l'ciTarement où l'on vivait depuis 1789, il passa presque inaperçu. Nul ne pouvait encore imaginer quelle serait l'issue des choses et la forme que prendait le nouvel ordre social au sortir du chaos. Lorsque la monarchie universelle de Napoléon se fut écroulée et que les anciennes bornes se dressèrent encore audessus des eaux qui rentraient dans leur lit, on supposa généralement que l'Empire serait rétabli sur sa base primitive '. Tel était, en effet, le vœu de bien des Etats et parmi eux du Hanovre, représentant la Grande-Bretagne ". Quoique une simple résurrection du vieil Empire romauo-germanique fût tout à fait hors de question, il leur semblait encore que l'Allemag^ne serait plus heureuse sous la suprématie d'un seul souverain, investi de l'antique mission de maintenir la paix parmi les membres de la Confédération. Mais les nouveaux royaumes , la Bavière surtout, étaient peu disposés à se donner un supérieur; la Prusse, enflée de la gloire qu'elle venait
1. Koch (Scholl), Histoire des Traites, t. XI, p. 257 et seq.; Deutsche Geschichte, t. IV.
2. La Grande-Bretagne s'était refusée, en 1806, à reconnaître la dissolution de lEmpire. Et on peut soutenir qu'au point de vue de la pure léjj;alité l'Empire ne s'est jamais éteint, mais survit encore de nos jours comme un esprit sans corps. Car il est bien clair que, rigoureusement parlant, l'abdication d'un souverain ne saurait détruire que ses propres droits et ne peut dissoudre TÉtal aux destinées duquel il présidait.
d'acquérir dans la guerre de l'indépendance, aurait disputé la couronne à l'Autriclie ; l'Autriche ellemême se souciait peu de reprendre une fonction dépouillée de presque toute sa dignité, avec des charges dont ses ressources no lui permettaient plus de s'acquitter. On se servit donc, dans le traité de paix de Paris, d'une expression qui parlait d'unir l'Allemagne par un lien fédératif *, et le congrès de Vienne se décida, d'après les vœux de TAutriche et par la difficulté d'amener les divers États à s'accorder sur toute autre solution, à établir une ligue fédérale. C'est ainsi que reçut le jour la Confédération germanique, une institution qui fut regardée presque dès sa naissance comme un expédient temporaire, comme un compromis peu satisfaisant entre la réalité des souverainetés locales et l'apparence de l'union nationale, et qui, après une existence ignominieuse et sans cesse menacée d'un demi-siècle, tomba sans laisser de regrets sur les champs de bataille de Sadowa et Langensalza.
1. " Les Étals d'Allemagne seront indépendants et unis par un lien fédcratif. » {Histoire des Traites, t. XI, p. 257.)